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ECONOMIE

Banques participatives : 5,7 milliards de DH de crédits non assurés

Le retard dans la mise en place de l’assurance Takaful fait peser de grands risques sur les banques participatives et leurs clients. Selon nos sources, au moins 3 décès d’emprunteurs ont eu lieu. Des situations gérées difficilement. Takaful est espérée au mieux début 2020.

Banques participatives : 5,7 milliards de DH de crédits non assurés
S.N.
Le 27 mai 2019 à 16h48 | Modifié 11 avril 2021 à 2h42

Après l’euphorie du démarrage, les banques participatives font face à plusieurs problématiques majeures, dont principalement, le retard dans la mise en place de l’assurance Takaful.

Depuis leur démarrage effectif au quatrième trimestre 2017, les banques participatives ont distribué quelque 5,7 milliards de DH de financements Mourabaha, dont 5,1 milliards de DH de Mourabaha immobilière.

« Les 5,7 milliards de DH ne sont couverts par aucune assurance décès emprunteur. Certaines banques se retrouvent devant des situations sociales difficiles à gérer », alerte Said Amaghdir, président de l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative.

Selon nos informations, au moins 3 décès d’emprunteurs ont eu lieu. Les banques ne pouvant abandonner les créances ou mettre les familles dans la rue, elles essayent de trouver avec elles des solutions alternatives de remboursement.

Le chantier Takaful a pris beaucoup de retard

Cette situation fait courir de grands risques à ces banques qui démarrent à peine leur activité ainsi qu’à leurs clients.

Elle est due à l’absence de l’assurance Takaful. Le chantier a pris beaucoup de retard. En attendant son achèvement, les clients qui contractent un produit Mourabaha signent un document où ils s’engagent à souscrire à une assurance Takaful une fois qu’elle sera disponible sur le marché. Or ce document ne protège aucune des deux parties.

L’absence de couverture freine également les banques dans leur développement. Celles-ci auraient pu dépasser les 5,7 milliards de DH de Mourabaha si elles pouvaient accorder des financements plus sereinement. Car la demande de la clientèle est forte.

Le projet de loi modifiant le Code des assurances pour introduire le Takaful n’a été adopté en Conseil de gouvernement qu’en octobre 2018, soit un an après le démarrage des banques participatives.

Il est toujours dans le circuit législatif. Actuellement, il est à la Chambre des conseillers après son adoption en première lecture au Parlement.

Même si le texte est voté et publié au Bulletin officiel rapidement, ce produit d’assurance participative mettra du temps pour être sur le marché. Car il faudra aussi que l’arrêté du ministère des Finances, la circulaire de l’ACAPS et le contrat-type Takaful soient validés par le Conseil supérieur des oulémas, que les compagnies d’assurance décrochent leurs agréments et qu’elles entament la commercialisation de leurs produits.

« En attendant la promulgation de la loi, les parties prenantes ont pris de l’avance dans l’élaboration des autres textes. La tutelle espère un démarrage de Takaful au quatrième trimestre 2019 », ajoute M. Amaghdir.

Youssef El Baghdadi, DG de Bank Assafaa, s’attend, lui, à un lancement au 1er trimestre 2020. Mais le chantier risque de durer plus longtemps.

Faiblesse des ressources: problème de perception chez la clientèle

Pour le patron de la plus grande banque du secteur, à cette absence d’assurance participative s’ajoute une autre problématique de taille, celle de la perception qu’a la clientèle des établissements participatifs, considérés comme des banques de financement et non comme des banques universelles.

Constat partagé par Said Amaghdir. La preuve, à peine 2 milliards de DH de dépôts collectés, soit près du tiers des financements accordés.

Les banques participatives ont ouvert plus de 100 agences et recruté plus de 62.000 clients. Soit en moyenne 570 clients par agence et plus de 30.000 DH de dépôt par client.

Selon les professionnels sondés, les clients sollicitent surtout les banques participatives pour contracter des produits Mourabaha, encore insuffisamment pour ouvrir un simple compte courant avec des produits monétiques.

Cette situation pose un problème de refinancement pour les opérateurs, d’où leur recours aux partenariats sous la forme de « wakalat al istitmar », validés par les CSO et consistant à emprunter auprès des banques mères moyennant des commissions.

Des augmentations de capital sont également prévues, surtout pour maintenir conformes à la réglementation les fonds propres, entamés par les premières pertes d'exploitations.

Pourquoi ne pas lancer des Sukuk pour se refinancer, sachant que l'Etat a déjà émis une référence ? Il s'agit d'opérations qui prennent du temps pour être structurées et validées par le CSO, précisent nos sources qui nous apprennent que certaines banques planchent malgré tout sur certaines émissions.

La solution structurelle est de séduire davantage la clientèle. Certaines banques participatives n’hésitent pas à offrir la gratuité des retraits auprès des GAB confrères ou ceux de la maison mère, pour installer leur image de banques conventionnelles.

Surtout, elles tablent sur le lancement imminent du produit « dépôt d’investissement » pour attirer les clients. Le contrat-type de ce produit, qui s’apparente au compte sur carnet ou au dépôt à terme dans le système conventionnel, a été validé par le CSO et BAM il y a deux mois.

Selon nos sources, les banques participatives sont en train d’adapter leurs systèmes d’information pour un lancement dans les prochaines semaines.

>>Lire aussi: Banques participatives: un bilan encourageant, malgré les énormes lacunes du système

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S.N.
Le 27 mai 2019 à 16h48

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