OCP: comment l'année 2018 a conforté la stratégie du groupe
La stratégie d’OCP vise à gagner davantage de parts de marché tout en améliorant sa rentabilité. Les résultats de l’année 2018 sont encourageants. Les investissements se poursuivront dans l’augmentation de la capacité et l’optimisation des coûts. Le groupe parie fortement sur l’avenir.
Il y a un an, des questions se posaient sur la pertinence de la stratégie d’OCP, coûteuse en termes d’investissements, dans un contexte de baisse des cours et de la rentabilité, et alors que des voix appelaient à une meilleure contribution de cette entreprise publique dans le budget tendu de l’Etat.
Le management du groupe phosphatier était et reste convaincu que sa stratégie sera payante, pariant sur l’augmentation de la demande mondiale, le redressement des cours et l’optimisation de ses coûts opérationnels.
Les premiers indicateurs d’activité et de rentabilité de l’année 2018, publiés le lendemain du conseil d’administration tenu mardi 19 mars, sont encourageants. Les résultats détaillés seront rendus publics lundi 25 mars.
Capacité de production, agilité commerciale et optimisation des coûts
Le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 15% grâce à un double effet prix et volume. L’excédent brut d’exploitation a bondi de 34%, ramenant la marge d’Ebitda à son niveau de 2016 (plus de 30%) après la baisse de 2017 causée par la baisse des cours.
Le résultat net a, lui, augmenté de 19%, à 5,4 milliards de DH, tenant compte du coût des couvertures de change contractées par OCP.
Pour rappel, le groupe commercialise trois produits : la roche de phosphate brute, l’acide phosphorique (demi-produit) et les engrais (produit fini).
Son management tablait début 2018 sur un rééquilibrage de l’offre et de la demande mondiales (baisse de la production chinoise et fermeture d’unités de fertilisants aux USA), et donc sur la fin du cycle baissier des cours.
Cette prévision s’est concrétisée : les cours du phosphate brut ont repris le chemin de la croissance, s’établissant à près de 100 dollars la tonne en décembre dernier contre 80 dollars en début d’année 2018 (source: Index Mundi).
La hausse s’explique par l’augmentation de la demande (entre 2% et 3% par an, son rythme normal), la baisse de l’offre mais aussi par le renchérissement de certains intrants comme l’acide sulfurique et l’azote.
A cet effet prix s’ajoute l’évolution de la production et des ventes (les détails des comptes ne sont pas encore disponibles).
Avec l’augmentation des cours et des volumes, et malgré le coût plus élevé des intrants, OCP a amélioré sa rentabilité opérationnelle de 34%.
Cette amélioration est certes due à l’effet prix. Mais les cours n’ont pas augmenté de manière sensible comme en 2010-2011.
Ce qui fait dire au management d’OCP que deux autres facteurs expliquent le redressement de la rentabilité : l’agilité commerciale et l’optimisation des process.
L’agilité commerciale consiste en la capacité à faire des arbitrages sur le type de produit à mettre le plus sur le marché en fonction des prix et de la demande : la roche, l’acide, les engrais.
Elle consiste aussi, pour le produit fini qu’est l’engrais, à proposer sur le marché une large variété répondant aux diverses spécificités des cultures et des sols.
En ce qui concerne l’optimisation des process, la première vague du plan d’investissement du groupe, qui s’est étalée de 2008 à 2018 et qui a coûté près de 75 milliards de DH, a non seulement servi à augmenter la capacité de production mais aussi à réduire les coûts opérationnels (pipeline pour le transport de la roche, process maîtrisés de construction des usines de transformation…).
S’ajoutent à cela les économies d’échelle induites par l’amélioration de la productivité de l’outil industriel et des ressources humaines (à capacité constante, traitement d’un plus grand volume).
« Le trend vertueux d’amélioration des marges quel que soit le niveau des prix est bien enclenché », affirme le management qui assure qu’OCP a les coûts de revient parmi les plus bas au monde et une marge d’Ebitda deux fois plus élevée que la moyenne mondiale.
Autre fait à relever, le poids des amortissements induits par le lourd programme d’investissements du groupe n’a pas pénalisé la rentabilité opérationnelle au sens large. Le résultat d’exploitation a même bondi de 71%, à 11,3 milliards de DH.
La transmission de cette croissance au résultat net, qui n’a crû que de 19%, a été atténuée, entre autres, par le coût des couvertures de change contractées pour couvrir notamment la dette en devises.
Une part de marché cible de plus de 40% pour les engrais
Les investissements menés jusqu’ici par OCP ont permis, outre la construction du pipeline et le développement du port de Jorf Lasfar, de :
- Tripler la capacité de production d’engrais, passant de 4 à 12 millions de tonnes.
- Porter la capacité minière à 44 millions de tonnes contre 30 auparavant.
La deuxième vague du plan d’investissement (2018-2027, près de 100 milliards de DH) est en cours de déploiement. En fait, le management ne parle plus de vagues mais d’investissements continus :
- Une capacité additionnelle de 3 millions de tonnes de fertilisants est en cours de construction dans l’axe nord (Khouribga-Jorf Lasfar). Elle sera livrée en 2021.
- Une autre capacité de 3 millions de tonnes est prévue dans l’axe centre (Benguerir, Youssoufia, Safi). Elle sera achevée plus tard, probablement en 2023-2024.
- Une usine d’engrais de 1 million de tonnes dans l’axe sud (Laâyoune)
- Les capacités en Afrique subsaharienne (Nigeria, Ethiopie).
OCP veut atteindre une capacité de production d’engrais de 25 millions de tonnes en 2027. Objectif, capter 50% de la croissance du marché mondial d’ici 2030 et porter sa part de marché dans le segment engrais à plus de 40%, soit le même niveau que dans le segment Roche et Acide.
« Il est anormal que le pays qui concentre plus de 60% des réserves mondiales de phosphates se contente d’une part de marché de 20% dans les engrais », estime le management d’OCP.
Cette croissance mondiale de la demande, le groupe veut la capter en Afrique et en Amérique latine où le potentiel d’utilisation des fertilisants demeure important.
Les 20 milliards de DH de crédit TVA, une bouffée d'oxygène
OCP a-t-il les moyens d’atteindre ces objectifs ? Le management n’a pas encore annoncé le niveau de la dette à fin 2018. En attendant les chiffres, il précise que le remboursement par l’Etat du crédit TVA de 20 milliards de DH par voie d’affacturage a permis de réduire le poids de la dette nette. Déjà 7 milliards de DH ont été engagés dans des investissements. Pour le groupe, l’endettement est soutenable sachant qu’il est toujours noté « investment grade ».
Le marché mondial risque-t-il de subir un choc ou un retournement ? Tout est possible mais le pilotage de l’offre est un outil qui permet de réguler le marché. Des cours trop élevés sont favorables aux concurrents d’OCP. Des cours trop bas, malgré la réduction des coûts opérationnels, réduiraient la rentabilité du groupe qui est toujours en phase d’investissement et d’endettement.
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