Cinéma: Sarim Fassi-Fihri fait le point après 4 ans à la tête du CCM
Quelques jours après la publication du bilan de l’année 2018 du CCM, son directeur revient pour Médias24 sur la situation d’un secteur sinistré depuis l’apparition des paraboles, des DVD puis des plateformes telles que Netflix. Bilan de l’incitation financière aux productions étrangères, place des films marocains dans le box-office national ..., Sarim Fassi-Fihri fait le point après 4 ans de mandat.
D’année en année, les chiffres du secteur cinématographique ne cessent de stagner voire même de fléchir. Ainsi, depuis son arrivée à la tête du CCM, Sarim Fassi-Fihri donne l'impression, comme le personnage de Cervantès Don Quichotte de la Manche, de se battre contre des moulins à vent.
S’il est unanimement respecté au sein de la profession, le patron du cinéma marocain doit cependant gérer une conjoncture qui ne se prête pas au développement d’un secteur confronté à des changements d’habitudes de consommation qui impactent la fréquentation cinématographique.
Une loi d’incitation fiscale qui commence à porter ses fruits
Dans une déclaration à Médias24, le directeur s’est voulu malgré tout optimiste, en soulignant que le budget total investi au Maroc par les productions étrangères est passé de 497 millions de DH en 2017 à 731,5 millions de DH en 2018, soit une augmentation de 47,18%.
"On peut clairement imputer cette hausse au décret adopté en août 2017 et opérationnel depuis février 2018, qui offre 20% d’incitation financière aux producteurs étrangers sur leurs investissements au Maroc.
"Ce n’est qu’un début car cette dynamique est appelée à s’accélérer sachant que les producteurs de la série Homeland ont démarré le tournage d’une saison entière au Maroc pour un investissement de 250 MDH environ, soit 34% de l’investissement total des productions étrangères de 2018 (731,5 MDH) pour les seuls deux premiers mois de 2019.
"Hormis cette production réservée à la télévision, d’autres projets sont en cours de signature.
Trois films marocains dans le top 3 du box-office
"Côté marocain, les productions nationales marchent également beaucoup mieux qu’avant.
"Ainsi, les films Lahnech, Korsa et Razzia se sont distingués en se classant dans le top 3 du box-office des 30 premiers films.
"Lahnech, a lui seul, a drainé plus de 203.000 spectateurs en 2018, sachant qu’il est en exploitation depuis novembre 2017. De plus, ces trois films ont réalisé le meilleur nombre d’entrée et 33% des recettes des 30 premiers films.
"La visibilité à l’international des films marocains s’améliore aussi, sachant qu’ils ont participé à 80 festivals étrangers, et que 22 longs-métrages et 8 courts-métrages ont été primés", n’a pas manqué de souligner Fassi-Fihri.
A la question de savoir si sa mission n’était pas juste de limiter la casse face à la concurrence féroce des DVD pirates et à la montée en puissance de la plateforme Netflix qui propose des films à la carte, notre interlocuteur affirme qu’il ne peut pas lutter contre cette conjoncture défavorable mais que l’objectif du centre cinématographique était de multiplier la production de films de qualité.
"Nous faisons notre possible pour réduire les films inutiles qui ne plaisent ni au Maroc ni à l’international et qui sont encore beaucoup trop nombreux (50% de la production annuelle nationale)".
Plus d’écrans et moins de TVA pour enrayer la baisse de fréquentation
Concernant la fréquentation des salles qui a enregistré une baisse (1,562 millions en 2018 contre 1,674 en 2017), le directeur explique que le CCM n’a pas comptabilisé les entrées du complexe CinéAtlas sachant que ses quatre salles n’ont ouvert leurs portes qu’en août dernier.
"Contrairement à ce que les chiffres laissent entendre, la réussite commerciale des multiplexes montre que la demande de consommation de films en salles est encore bien présente au Maroc.
"Le multiplex CinéAtlas a littéralement ranimé la consommation cinématographique de Rabat. Avant, les cinéphiles étaient obligés d’aller à Casablanca pour voir un film dans de bonnes conditions.
"Le problème est que certaines salles qui pourraient être rénovées avec les instruments de soutien financier du CCM et faire plus d’entrées ne sont pas éligibles du fait d’une situation financière qui ne leur permet pas de postuler en l’absence de quitus fiscal ….
"D’autres ouvertures de salles sont prévues. Trois écrans ont été ouverts à Tanger le 2 mars dernier et 11 le seront à Rabat au courant de 2019", révèle Fassi-Fihri qui refuse toutefois de spéculer sur l’évolution de la fréquentation en 2019 et 2020.
En outre, selon lui, la fréquentation des 65 écrans des 30 salles marocaines n’est pas optimale en raison d’un taux de TVA beaucoup trop important sur le prix des tickets de cinéma.
Sachant que le Maroc n’a pas de taux réduit, comme en France par exemple (5,5%) pour les produits ou services culturels, le CCM demande la suppression des 20% qui décourage une partie du public.
Précisons en effet, que le prix d’une place de cinéma, compris entre 50 et 60 DH, peut s’avérer prohibitif et que certains préfèrent acheter un DVD pirate à moins de 10 DH ou s’abonner à Netflix pour 100 DH par mois.
"Tout comme pour le dispositif d’incitation financière réservé aux productions étrangères que nous avons initié, le CCM et les professionnels demandent la suppression de cette TVA instituée depuis 2012 et qui ne génère que 12 à 13 MDH", suggère Fassi-Fihri qui pense que ce coup de pouce pourrait booster les entrées au cinéma.
"En termes de financement, le CCM privilégie les comédies populaires (Lahnech, Korza …) qui font les meilleures entrées et les films de cinéphiles et de festivals (Razzia…) qui donnent une image positive de notre cinéma même s’ils ne font pas beaucoup de recettes", explique Fassi-Fihri qui pense que cette politique d’écrémage contribuera à augmenter la fréquentation des salles obscures.
La cinémathèque sera opérationnelle d’ici la fin de l’année
Interrogé sur l’agenda de la cinémathèque qui a (enfin) une directrice (Narjiss Nejjar) mais toujours pas de vrai statut juridique, il affirme qu’elle aura bientôt un décret lui permettant une existence juridique.
"Le décret portant organisation de la cinémathèque, permettant d’archiver et de diffuser la mémoire cinématographique du Maroc mais aussi les chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma, est dans le pipe."
Sachant que la création de cette cinémathèque remonte à 1995 et que ce projet n’a jamais abouti avant l’arrivée de Sarim Fassi-Fihri, il convient donc de saluer cette avancée qui aura le mérite d’être associée à son nom et à celui de la réalisatrice Narjiss Nejjar, même si d’autres chantiers restent encore à concrétiser.
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