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ECONOMIE

Tourisme : Qui profite le plus de l'activité AirBnB au Maroc ?

Des milliers de Marocains proposent des logements à travers AirBnB pour des séjours de courte durée. En attendant que la loi 80-14 entre en vigueur, des loueurs "de bonne foi" se disent découragés de déclarer leur activité à cause d'un taux de TVA fixé à 20% alors que les hôteliers ne payent que 10%.

Tourisme : Qui profite le plus de l'activité AirBnB au Maroc ?
Samir El Ouardighi
Le 22 février 2019 à 17h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

En 2017, près de 17.000 Marocains ont mis en location un appartement, une villa ou juste une chambre par le biais d’AirBnB sans compter les nombreux autres qui passent par les sites comme Booking, Expédia …

Depuis 2008, cette application permet en effet de générer une source de revenus additionnelle pour plusieurs propriétaires ou gestionnaires de biens immobiliers dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Selon AirBnB, ces offres ont permis d’héberger 210.000 touristes au Maroc, venus de 140 pays (2016) pour un chiffre d’affaires avoisinant un milliard de dirhams dont une grande partie échappe à tout impôt.

Toujours aucun contrôle de l’Etat sur les locations AirBnB

Profitant du manque de contrôle et du vide juridique, la grande majorité des loueurs ne déclarent pas leurs opérations sachant qu’il est difficile pour les services du fisc de contrôler des locations quasi-anonymes qui ne nécessitent pas de bail et s’étalent sur des courtes durées (1 jour à 1 mois).

La difficulté de l’administration est d’autant plus grande que n’importe qui peut s’improviser hôtelier à domicile y compris des locataires qui sous-louent une habitation dont ils ne sont pas propriétaires.

Un créneau lucratif qui pousse bon nombre de personnes physiques mais aussi morales à « omettre » de déclarer des locations sachant que le plus souvent ces opérations sont réglées en devises ou en liquide.

La majorité loue au noir

Contacté par Médias24, Yann Lechartier, administrateur chargé des locations saisonnières du groupe Balima, affirme que les opérateurs qui passent par les sites d’hébergement sont de plus en plus nombreux au Maroc.

"Balima commence à peine à investir ce marché à Rabat avec une dizaine d’appartements dédiés mais à moyen-terme, nous espérons atteindre 50 unités puis beaucoup plus à long-terme.

"Notre chiffre d’affaires des locations saisonnières est constitué à 80% de clients qui utilisent les applications Booking puis AirBnB.

Actuellement, nous nous développons en misant sur notre propre parc immobilier mais dans quelques mois, nous comptons ouvrir notre système de gestion de locations saisonnières à des particuliers ou à des entreprises désirant faire gérer leur patrimoine par des experts.

"Au niveau national, Tanger, Casablanca et Marrakech sont les principaux foyers de location de ce nouveau marché géré par des agences immobilières qui font office de gestionnaire nouvelle génération de biens.

"Ainsi, à Tanger, un gros cabinet immobilier gère 500 appartements. Dans la capitale économique et celle du tourisme, les agences ont des portefeuilles d’environ 200 à 300 unités.

"Je ne sais pas comment elles fonctionnent mais tout le monde sait que l’écrasante majorité des loueurs n’ayant pas pignon sur rue ne payent aucun impôt.

La profession en attente de l’entrée en vigueur de la loi 80-14

"Faisant partie des rares opérateurs qui marchent dans les clous, nous réclamons, depuis un moment, l’alignement du taux de notre TVA qui est de 20% sur celui des hôteliers qui ne payent que 10%.

"A ce propos, nous attendons toujours l’adoption du décret d’application de la nouvelle loi 84-10 (2015) qui encadre les activités d’hébergement touristique.

"Son entrée en vigueur permettra à la profession de s’aligner sur le taux de TVA et de se lancer dans ce marché avec un minimum de 20 appartements.

"Cette législation est donc très attendue pour structurer le marché et mettre tout le monde sur le même pied d’égalité au niveau fiscal.

Mécaniquement, cela nous permettra de devenir plus compétitifs sachant que nous gagnons beaucoup moins d’argent que ceux qui échappent au fisc..

"Rares en effet sont ceux qui s’acquittent des taxes dues. Balima est un peu une exception car nous payons 20% de TVA sans compter l’IS car le chiffre d’affaires saisonnier est inclus dans notre bilan.

Manque à gagner de l’Etat et concurrence déloyale aux agences immobilières

"Sachant que le client final paye le même prix à tous les opérateurs, le manque à gagner est donc automatiquement très important pour les caisses de l’Etat.

"Cela s’explique par le fait que nous avons affaire à une fiscalité confiscatoire qui ne permet pas aux opérateurs de se développer normalement avec une TVA importante sans compter l’IS.

"Actuellement, les redevances sont tellement élevées que nous sommes très peu nombreux à investir ce créneau qui peut cependant être très lucratif pour ceux qui fraudent le fisc.

"Si tout le monde était assujetti au même taux de TVA que les opérateurs hôteliers, cela constituerait un volume de ressources non négligeables pour l’Etat", conclut M. Lechartier qui espère l’entrée en vigueur rapide de la loi 80-14.

Sollicité à son tour, Adil Rahmoune, directeur général du groupe Immoclair, plus grosse agence immobilière de Rabat (également présente à Casablanca), qui ne pratique pas de locations courte durée accuse également l’écrasante majorité des loueurs via AirBnB de ne payer aucun impôt.

"Nous n’avons rien contre ce marché mais nous sommes malheureusement confrontés à une concurrence plus que déloyale impactant l'ensemble du secteur immobilier.

"Nous espérons donc que l’Etat saura mettre un terme à cette situation d’autant plus que ses caisses sont perdantes avec ces opérateurs qui gagnent sur toute la ligne", dénonce Rahmoune.

Toutes nos tentatives de joindre le ministère du Tourisme pour connaitre leur plan d'action sont restées vaines mais dans un précédent article de Médias24, nous avions révélé qu’un plan ministériel de taxation des opérations AirBnB devrait entrer en vigueur à partir du deuxième semestre de l’année en cours.

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Tags : Tourisme
Samir El Ouardighi
Le 22 février 2019 à 17h07

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