Handicap: les détails du concours unifié du 23 décembre
C’est le 23 décembre que sera organisé le 1er concours unifié de la fonction publique, réservé aux personnes en situation de handicap. Plusieurs questions ont été soulevées quant à ce nouveau mode de recrutement. Quel est son apport ? Comment se déroulera le concours ? Le quota de 7%, réservé dans la fonction publique et par décret aux personnes qui sont dans cette situation, sera-t-il respecté ? Eléments de réponse…
L’annonce faite le 15 mars dernier par Saâdeddine Elotmani a suscité beaucoup d’espoir. Un concours unifié dans la fonction publique a été mis en place spécifiquement pour les personnes handicapées, conformément au décret relatif à l’organisation de concours unifiés de recrutement au sein des administrations – adopté le 1er mars en Conseil de gouvernement.
Le tout premier concours de ce genre sera donc organisé le 23 décembre. Plus de 1.000 candidats – dont 30% de femmes, se donneront rendez-vous le jour J pour espérer décrocher l’un des 50 postes en lice.
Le taux de réussite ne dépassera donc pas les 5%... Nous sommes bien loin du fameux quota de 7% dédié aux personnes à handicap dans la fonction publique.
Un quota que le Chef de gouvernement, relayé par la MAP, estime difficilement réalisable pour des «raisons objectives». Qu’en est-il vraiment ?
>Les limites du quota
Une source sûre, au sein du ministère délégué en charge de la réforme de l’Administration et de la Fonction publique, partage le même avis: «Auparavant, chaque département ministériel essayait d’appliquer ce quota de manière individuelle: pour 100 postes, sept sont dédiés aux personnes souffrant de handicap. Sauf que souvent, ces derniers n’ont pas le profil académique requis et ne sont pas retenus, quand ils ne postulent même pas au concours…».
D’après notre source, la plupart des personnes en situation de handicap titulaires de diplômes – incluant celles retenues pour le concours unifié du 23 décembre, ont poursuivi des cursus littéraires : éducation islamique, littérature, droit,… Très peu justifient d’une formation scientifique, économique ou technique.
Qui plus est, quasiment l’ensemble des concours de la fonction publique nécessitent au minimum un mastère, alors que la plupart des candidats au concours unifié ne dépassent pas la licence.
Bref, notre source affirme qu'il n'y a pas assez de candidats pour pourvoir ce quota de 7%.
«C’est la raison pour laquelle le concours unifié privilégie la dimension sociale, en acceptant des candidats dont les profils académiques ne correspondent pas forcément aux besoins de l’administration» poursuit notre source.
Autre détail important : le quota de 7% n’est pas applicable à l’ensemble des postes budgétisés par une loi de finances. «Ce qu’il faut savoir, c’est que le quota de 7% porte uniquement sur quelques départements ministériels, et pas tous. C’est aussi ce qui a rendu très difficile son application. Principalement pour des raisons pratiques, dont la pénibilité. Le principe du concours unifié permet au moins de garantir 50 postes aux personnes concernées».
Est-ce suffisant ? Notre interlocuteur, au sein du ministère délégué en charge de la réforme de l’Administration et de la Fonction publique, reconnaît que bien des efforts restent à faire… Ce qui a notamment motivé l’application progressive, entre 2018 et 2023, du concours unifié afin d’absorber les effectifs des chômeurs à handicap. L’objectif étant sa généralisation à l’ensemble des départements ministériels – en tenant compte de la pénibilité des postes, en 2024.
Les cadres du ministère de la Solidarité et du Développement social sont-ils du même avis? Malgré les multiples tentatives de Médias24, la ministre de tutelle, Bassima Hakkaoui, demeure injoignable…
>66% sans instruction!
Pourtant, la problématique de l’insertion des personnes handicapées se pose avec acuité au Maroc. Selon son enquête nationale sur le handicap, datant de 2014, le département de Bassima Hakkaoui évalue le nombre à 732.688 individus – soit 2,2% de la population globale.
Parmi eux, les personnes en âge d’activité représentent 51,3% du total. 66% sont sans instruction, alors qu’à peine 1,8% ont un niveau d’études supérieures.

Le faible taux de diplômés de l’enseignement supérieur, parmi les personnes à handicap, met également en évidence de sérieuses disparités régionales. Il remet en question la politique d’intégration de l’Etat en faveur de ses citoyens à besoin spécifique, et interpelle aussi sur les écarts de développement socioéconomique entre les différentes régions du Royaume. Ecart qui se traduit par un déficit d’opportunités…
Comme le montre le tableau suivant, plus de la moitié des candidats au concours unifié du 23 décembre sont originaires de 3 régions : Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, et Fès-Meknès.

Or, toujours selon l’enquête de 2014 sur le handicap, c’est la région de Laâyoune-Boujdour-Sakia el Hamra qui arrive en tête – avec 13,4% de l’ensemble des personnes handicapées. Elle est suivie de Tanger-Tétouan (11,42%) et Tadla Azilal (9,83%). Casablanca-Settat affiche quant à elle 3,96%, et Rabat-Salé-Zemmour-Zaër 4,69%. Des proportions qui ne se reflètent pas sur la répartition des postulants au concours unifié…
>Détails pratiques
-Date du concours : 23 décembre
-Postes : 50 postes d’administrateurs 3è grade - échelle 10
-Cible: concours unifié ouvert exclusivement aux personnes reconnues officiellement comme handicapées (carte ou attestation du ministère de la Solidarité), et titulaires d’une licence ou équivalent – quelle que soit la spécialité.
-Nombre de postulants : 1010, dont 30% de femmes. 555 candidats ont entre 25 et 34 ans, et 61 sont âgés de plus de 45 ans.
-Handicaps: 495 candidats sont handicapés moteur, 410 sont malvoyants, 19 malentendants, 5 muets et 1 personne souffre d’un handicap mental.
-Déroulé du concours: La 1ère phase comprend une épreuve écrite d’une durée de 3 heures – possiblement extensible à 5hr, en fonction des handicaps.
Les candidats ayant obtenu une note supérieure ou égale à 10 (sur 20) sont éligibles à l’oral. Toute note inférieure à 5 est considérée éliminatoire.
La 2è phase consiste en un examen oral, ou le candidat sera amené à discuter de thématiques générales pendant une durée de 30 à 45 mn.
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