Satellites Mohammed VI: de précieuses applications en matière de topographie
Depuis leur mise en service, les satellites Mohammed VI A et B fournissent des flux de données exploitables dans différents domaines : défense nationale, agriculture, urbanisme, cadastre foncier,… Médias24 vous propose une série d’articles mettant en exergue l’apport scientifique, sous un angle pratique, de ces images satellite. Avec aujourd’hui, un focus sur les applications en matière de topographie.
Les images prises par les satellites Mohammed VI A et B font le bonheur des topographes, à en croire le Pr Mourad Bouziani, enseignant-chercheur en sciences géomatiques et directeur de formation à l’IAV (Institut agronomique et vétérinaire) Hassan II. Les photos satellitaires marocaines sont en effet d’excellente qualité, ce qui ouvre la voie à des applications diverses.
«En matière d'immatriculation foncière, les prises de vue aériennes ne sont pas toujours de bonne qualité, et restent généralement tributaires des conditions météorologiques. Ce qui pouvait retarder, voire bloquer certains projets. Alors que les satellites marocains permettent de disposer de ce qu’on appelle des ‘images en très haute résolution spatiale’, avec une définition affinée et une meilleure qualité radiométrique», explique le Pr Bouziani.
Avant la mise en service de ces satellites, les experts de l’IAV devaient se procurer des photos auprès de fournisseurs d’images satellites gratuites. Celles-ci, de résolution moyenne, ne sont généralement pas récentes puisqu'elles sont fournies quelques mois après leur acquisition. L’unique alternative consiste en l’acquisition de photos en très haute résolution spatiale auprès d’organismes spécialisés. Sans nous avoir communiqué de tarif précis, compte tenu de la multitude de variables prises en compte, le Pr Bouziani confirme que l’achat de photos satellite revient très cher.
Les satellites Mohammed VI évoluent à une altitude de 700 km, dans une orbite L.E.O. (Low Earth Orbit – basse orbite terrestre) réservée aux satellites d’observation terrestre. Ils opèrent une rotation complète du globe en 1h30. Toutefois, et en raison de la rotation terrestre, 3 jours sont nécessaires au satellite Mohammed VI-A pour effectuer un 2e balayage du même point géographique. Depuis la mise en service du second satellite marocain, ce délai a été ramené à 1 jour et demi, voire une seule journée dans certains cas.
«La combinaison des deux satellites permet d’augmenter les fréquences de rotation et d’effectuer plusieurs passages sur une zone déterminée. Cela permet non seulement d’affiner les données disponibles, mais aussi de suivre de près l’évolution de certaines zones, en fonction de plusieurs paramètres et de façon continue», précise Mourad Bouziani.
Interprétation automatisée des données
Ce professeur de l’IAV Hassan II souligne l’importance des données recueillies par les satellites marocains, particulièrement en termes de mise à jour rapide et affinée des cartes topographiques et des cartes d'occupation des sols, qui représentent le socle de tous travaux d’aménagement.
En partenariat avec le cadastre national, l’interprétation des données satellitaires par les experts de l’IAV permet de détecter notamment les évolutions de périmètres urbains : infrastructures, nouvelles habitations… Fait intéressant, ces cartes satellitaires permettent également de détecter les constructions non autorisées, information qui est systématiquement transmise au ministère de l’Intérieur…
Ce niveau affiné de détection trouve des applications pratiques dans différents secteurs, et permet d’établir des cartes géologiques, hydrologiques, des cartes d’occupation des sols… «Les images satellites permettent également de recenser, à titre d’exemple, les arbres fruitiers isolés dans une exploitation agricole. On peut même se servir de ces données pour anticiper les rendements agricoles et optimiser l'utilisation des ressources.
L’expertise de l’IAV, en matière d’interprétation de données satellitaires, repose pour beaucoup sur des efforts de recherche. Cet institut a en effet développé des algorithmes permettant l’interprétation des données ainsi que la détection automatique de certains paramètres sur une image. «Les méthodes et algorithmes développés en interne par l’IAV sont reconnus dans le monde pour leur efficacité. Ils ont même fait l’objet de publications dans des revues scientifiques internationales, spécialisées en télédétection spatiale», précise Mourad Bouziani.
De nouveaux algorithmes sont actuellement en cours de développement par les chercheurs de l’IAV. L’objectif étant toujours de disposer d’applications qui, grâce à des process automatisés, facilitent l’exploitation des données recueillies par les satellites marocains.
Une orientation amenée à se renforcer dans les années à venir, par la formation de profils spécialisés rompus au traitement de données issues de la télédétection spatiale. Une école dédiée verra d’ailleurs prochainement le jour au sein de l’IAV Hassan II, dont les étudiants pourront décrocher un diplôme en sciences géomatiques et ingénierie topographique.
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