Détaxe au Maroc: A peine 20.000 opérations par an pour plus de 11 millions de touristes
Instaurée en 2006, la détaxe des produits achetés au Maroc par les non-résidents peine à se démocratiser. En cause, le seuil minimum d'achats pour profiter de cet avantage, fixé à 2.000 DH, dans le même magasin et la même journée. Une situation qui nuit à l’attractivité du pays en tant que destination shopping.
Certes, le nombre d’opérations de détaxe (restitution d'une partie de la TVA) réalisées par les non-résidents sur leurs achats effectués au Maroc ne cesse de croître depuis l’instauration de cet avantage en 2006.
Selon M’hamed Kabbaj, DG de Global Blue, opérateur suisse qui revendique 80% de parts de marché, la progression est de 5% à 10% par an, pour un volume annuel qui atteint désormais 20.000 à 22.000 opérations.
Pas de changement significatif en termes de typologie de biens détaxés. "On est toujours sur un panier moyen assez haut (NDLR, autour de 20.000 DH), bien qu’il y ait eu une évolution des achats dans le retail. Le prêt-à-porter a une bonne part en volume mais le luxe domine toujours en valeur. Il reste la locomotive de la détaxe au Maroc", affirme-t-il.
Par contre, depuis 2017, les touristes français ne sont plus premiers dans les opérations de détaxe. Malgré leur nombre élevé (plus de 3,5 millions d’arrivées l’année dernière), ils ont été détrônés par les Chinois dont les arrivées dépassent pourtant à peine les 100.000.
L’explication est que les touristes chinois sont très portés sur le shopping. "Un Chinois ne peut pas concevoir son voyage sans shopping", déclare M. Kabbaj.
Et la tendance devrait s’accentuer sachant que le Maroc attend l’arrivée de 200.000 touristes chinois en 2018 et de 500.000 en 2020.
Mais pour le DG de Global Blue qui dispose de deux bureaux de détaxe dans les aéroports de Casablanca et de Marrakech et de centaines de magasins partenaires, ces chiffres restent très en deçà des espérances.
Plusieurs pays ont réduit le seuil minimum d'achats pour la détaxe
Selon lui, 20.000 opérations est un nombre insignifiant sachant que le Maroc reçoit plus de 11 millions de touristes (moins de 0,2%). En Turquie par exemple, qui reçoit entre 30 et 40 millions de touristes par an, Global Blue procède à près de 800.000 opérations de détaxe, soit une proportion au moins 10 fois supérieure à celle du Maroc.
Outre l’offre de shopping qui reste plus développée dans plusieurs pays comparativement au Maroc (nombre de magasins, dernières collections…), c’est principalement le seuil minimum d’achats requis qui pose problème.
"Au Maroc, le seuil minimum est de 2.000 DH d’achats dans la même journée et le même magasin. C’est le deuxième seuil le plus élevé au monde après celui de la Suisse", martèle-t-il.
Et d’ajouter: "Un minimum de 2.000 DH en une journée et un seul magasin, c'est aberrant, compte tenu du tissu économique et du positionnement de la destination Maroc. Cela fait fuir les touristes. Il y a certes un développement du tourisme corporate mais le Maroc reste une destination de loisirs et les touristes de ce segment n’ont pas tous 2.000 DH (panier moyen détaxé, ndlr) à dépenser en shopping".
Global Blue essaie de sensibiliser les autorités pour faire baisser le seuil minimum à 500 DH, un niveau qui correspond au panier moyen du touriste au Maroc (entre 500 et 600 DH). "Si le gouvernement accepte, on passerait directement à 100.000 opérations de détaxe, car environ 80.000 transactions de touristes n’atteignent pas le seuil des 2.000 DH. Ce chiffre augmentera par la suite car le Maroc gagnera en attractivité", explique M. Kabbaj. Bien entendu, la communication reste nécessaire pour mettre en avant cet avantage.
En fait, plusieurs pays, notamment en Europe, sont en train ou ont déjà réduit le seuil minimum pour la détaxe. La France est à 175 euros et les autorités sont sur le point de passer à 100 euros. L’Espagne qui était à 90 euros n’a plus de seuil minimum aujourd’hui, le Portugal est à 60 euros, l’Allemagne à 20 euros.
La réduction du seuil attend l'accord du ministère des Finances
Pour le DG de Global Blue, la détaxe est un élément important pour l’attractivité touristique d’un pays. "Aujourd’hui, le tourisme de shopping devient stratégique. Outre les Chinois, les Subsahariens avec un pouvoir d’achat important sont obligés de passer par le hub Casablanca pour atteindre l’Europe. Ils peuvent faire du shopping au Maroc au lieu de continuer vers l’Espagne ou le Portugal. Mais aujourd’hui, on perd ces clients potentiels".
Le ministère du Tourisme est depuis des années favorable à la réduction du seuil minimum pour la détaxe. Mais la décision est bloquée au niveau du ministère des Finances, selon les dires de M. Kabbaj. Or, hormis le fait de promouvoir le pays en tant que place importante dans la région (Afrique et Maghreb), cela impactera favorablement la consommation et par ricochet les revenus et les impôts payés par les commerces.
Rappelons que la détaxe permet aux non-résidents de récupérer entre 12% et 15% du prix TTC de leurs achats, en fonction du montant.
Trois modes de restitution existent: en cash dans la limite de 5.000 DH, par virement ou par remboursement sur carte de crédit.
>>Lire aussi: Du nouveau pour les articles détaxés à l'entrée des frontières marocaines
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