La réforme de l'évaluation des “dépenses fiscales” en voie de finalisation
ENTRETIEN. En marge des travaux du 4e congrès annuel de l’ATRN (Réseau Africain de Recherche Fiscale), qui se tient actuellement à Ifrane du 10 au 12 septembre, Médias24 s'est entretenu avec Khalad Zazou, directeur de la Législation et de la Réglementation (DGI), au sujet de la refonte du système d’évaluation des dépenses fiscales – l’un des documents les plus importants qui accompagnent les projets de loi de finances. Un vaste chantier déterminant de par son impact en termes d’efficience fiscale et de gouvernance. "Dépense fiscale" est une expression qui désigne les avantages fiscaux. En d'autres termes, le manque à gagner pour l'Etat occasionné par les dérogations.
Médias24: Qu’est-ce qui motive ce projet de refonte de l’évaluation des dépenses fiscales?
Khalad Zazou: En matière de fiscalité, il est difficile d’évaluer au centime près les dépenses fiscales.
Nous produisons, depuis 2005, un rapport d’évaluation qui accompagne le projet de loi de finances. Mais toutes les dépenses fiscales ne sont pas évaluées pour autant.
A titre d’exemple, le rapport de 2005 n’avait permis d’évaluer que 30% de ces dépenses.
Le système a été amélioré depuis cette date, pour atteindre un taux de 74% en 2017. D’où la nécessité d’opérer cette refonte, qui a fait l’objet d’une profonde réflexion en interne entre mars et juillet 2018. Nous procédons actuellement aux derniers ajustements.
-Où réside la difficulté d’évaluer avec précision ces dépenses fiscales?
-L’objectif de la révision du système actuel d’évaluation est d’identifier avec acuité les incitations fiscales qui engendrent une perte de recettes pour l’Etat. C’est un exercice très difficile pour plusieurs raisons.
Prenons pour exemple des produits de base comme le lait ou le pain, qui sont exonérés pour des considérations sociales depuis des années au Maroc. Comme c’est devenu une norme qui continuera à être appliquée, une approche consiste à ne plus considérer l’exonération dont bénéficient ces produits comme une dépense fiscale.
Or une autre approche, plus politique, prône exactement le contraire. En étant considérées comme dépenses fiscales, les exonérations sur les produits de base peuvent toujours être présentées comme un "effort’’ consenti par les politiciens en faveur des classes sociales vulnérables…
-Allez-vous concentrer vos efforts uniquement sur ce type d’exonération?
-Pas du tout. Nous travaillons aussi, entre autres, sur les droits d’enregistrement – qui sont de 1%, 1,5%, 3%, 5% et 6%. Quel taux faut-il donc retenir pour évaluer les dépenses fiscales? Par ailleurs, si l’on prend comme exemple l’exonération d’un droit d'enregistrement de 1% sur la constitution ou l’augmentation de capital, est-ce considéré pour autant comme une dépense fiscale? Une approche voudrait que non, car il s’agit simplement d’un ‘retour à la normale’, conformément à ce qui est pratiqué à l’international.
C’est un débat à la fois conceptuel et méthodologique, que la DGI mène avec l’ensemble des parties prenantes – CGEM en tête, en s’appuyant également sur des benchmarks internationaux.
-Quelle place occupe le processus de dématérialisation initié par la DGI dans cette révision du système d’évaluation des dépenses fiscales?
-Le nouveau système d’évaluation des dépenses fiscales, conjugué à la remontée d’informations fiables et exhaustives grâce au processus de dématérialisation mis en place par la DGI, nous permettra aussi, d’ici fin 2018, d’effectuer des modélisations très affinées. Notamment en matière d’impact sur l’économie marocaine lors de l’instauration d’une nouvelle mesure fiscale. Ce sera une simulation fiable basée sur des données concrètes.
-Dans un contexte proche, où en est-on du processus de refonte de la TVA? L’adoption de deux taux, 10 et 20%, est-elle pour bientôt?
-La refonte de la TVA est une réforme de grande ampleur. La question est sensible car on agite fréquemment le spectre de la hausse des prix pour dissuader toute discussion à ce sujet.
Les dernières assises de la fiscalité, tenues en 2013, avaient en effet retenu une TVA à deux taux: 10 et 20%. Cela n’a certes pas encore été appliqué, mais nous ne comptons pas attendre les prochaines assises pour agir, eu égard à l’importance du sujet. Je ne peux pour l’instant m’étendre sur ce point, mais je confirme que la DGI organisera, dès le premier semestre 2019, une série de rencontres autour de la refonte de la TVA.
À découvrir
à lire aussi
Article : Gouvernance de la CGEM : les sortants et les entrants du nouveau Conseil d'administration
La nouvelle gouvernance de la Confédération, installée lundi 22 juin, ne relève pas d’un simple jeu de chaises musicales, comme certains auraient pu le penser. Vingt commissions au lieu de dix-huit, un bureau renouvelé à plus de 80%, plusieurs figures historiques ont quitté l’organigramme et d'autres l'ont intégré... Lecture.
Article : Festival Gnaoua : la nouvelle génération de Maâlems prend sa place à Essaouira
Un an après l’appel des grands Maâlems à préparer la relève, la 27e édition du Festival Gnaoua met en lumière une nouvelle génération d’artistes qui s’impose progressivement sur les scènes d’Essaouira.
Article : Banques cotées : pourquoi le secteur garde un potentiel de redressement
Entre le recul des activités de marché et la baisse des valeurs bancaires en bourse, le secteur connaît un début d'année moins favorable. Les analystes estiment toutefois que cette évolution ne remet pas en cause les fondamentaux des banques cotées. Analyse.
Article : Épisode 9. Le silence de l’avion : pourquoi les supporters ne chantaient pas en route vers Santiago
Après avoir observé la manière dont les supporters marocains se sont progressivement constitués en communauté transnationale, puis comment cette mobilisation a été vécue comme une aventure collective par les joueurs eux-mêmes, une autre scène attire l’attention durant le voyage vers Santiago. Elle peut sembler anodine au premier regard, mais elle révèle probablement beaucoup de l’état d’esprit qui animait les passagers à quelques heures de la finale de la Coupe du monde U20.
Article : Interconnexion Maroc-Allemagne : Sila Atlantik accélère la cadence pour se rapprocher de sa décision finale d'investissement
Après l'épopée Xlinks, le projet d'interconnexion électrique Sila Atlantik s'offre un nouveau départ stratégique. Porté par un contexte européen favorable à la recherche de souveraineté énergétique, Sila Atlantik accélère la cadence en vue d’aboutir à sa décision finale d’investissement (FID) pour exporter l’énergie renouvelable du Maroc vers l’Allemagne à travers deux câbles sous-marins. Révélations.
Article : Prévisions météo pour le lundi 29 juin 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 29 juin, établies par la Direction générale de la météorologie.