“Darija dans les manuels scolaires”: démenti et explications de l'Education nationale
L’Education nationale n’a pas introduit la darija dans les manuels scolaires. Concernant ce qui a été épinglé sur les réseaux sociaux, il s’agit d’un usage limité de quelques noms propres à des fins pédagogiques. Une partie des fac-similés qui circulent ne concernent pas des manuels de l’Education nationale. Explications avec Fouad Chafiqi, directeur des curricula.
L’enseignement est une matière propice au buzz et aux émotions.
Deux fac-similés de manuels scolaires ou présentés comme tels, ont circulé intensément sur les réseaux sociaux:


Le premier concerne bien l’Education nationale. Il s’agit d’un manuel destiné à la deuxième année de l’enseignement primaire.
Le second ne concerne ni directement ni indirectement l’Education nationale, nous explique Fouad Chafiqi, directeur des curricula qui avoue ne pas avoir identifié le manuel en question.
Dans le premier manuel, les mots “Baghrir“, “Briouate“ et “Ghreiba“ sont utilisés, ainsi que Caftan et "Balgha".
Fouad Chafiqi estime qu’il s’agit de noms propres, marocains.
L’enseignement au Maroc connaît une réforme importante en matière de langues. “L’approche globale“ avait été adoptée, à tort. L’approche dite globale, c’est d’aller de la phrase vers le mot puis vers la lettre. Ce fut très à la mode malheureusement, et pas seulement au Maroc. Une approche erronée, qui a fait baisser le niveau de l’apprentissage des langues dans de nombreux pays.
Des travaux ultérieurs, notamment en matière de neurosciences, avaient montré depuis une dizaine d’années, que cette approche n’est pas conforme au fonctionnement du cerveau et que la méthode dite syllabique est la plus appropriée pour apprendre une langue, nous explique M. Chafiqi.
Le Maroc a décidé de revenir progressivement vers l’approche syllabique, dite de lecture précoce.
“L’apprentissage d’une langue se fait ainsi à partir des lettres, consonnes, syllabes, sons qui se créent par la lecture, pour arriver vers le mot et le sens des mots“, ajoute Fouad Chafiqi.
Depuis trois ans, ce système d’apprentissage est expérimenté dans 90 établissements dans 8 provinces et 4 académies. Selon M. Chafiqi, les résultats sont “extraordinaires“.
“Après seulement 6 à 8 semaines d’études, un élève de 1ère année primaire arrive à déchiffrer une phrase“, cite-t-il en exemple.
Lire aussi: Manuels scolaires. Ce qui va changer à la prochaine rentrée
La seconde innovation importante est l’introduction des comptines (pas celles du second fac-similé). Ces comptines sont “un plus“ pour l’apprentissage d’une langue: “Au bout de 4 à 5 semaines, on fait un mix entre l’apprentissage de la langue et les autres activités comme une théâtralisation du conte“, ce qui développe l’esprit créatif.
Au cours de la rentrée précédente, 2017-2018, le ministère a généralisé la lecture précoce, avec ses deux leviers: lecture syllabique et contes.
Cette année, ce sont donc les deux premières années d’enseignement qui sont concernées, et ainsi de suite.
A rappeler que les manuels scolaires sont produits après appel à candidatures par des équipes indépendantes, à partir d’un syllabus curriculum. Le ministère doit ensuite les valider.
Les mots baghrir, ghreiba, birouate ont donc été validés par le ministère qui a considéré qu’il s’agit de noms propres. M. Chafiqi estime que pour maintenir l’attention d’un enfant en classe, il est utile de la capter par des éléments du registre lexical local.
La généralisation de la lecture précoce se poursuivra au cours des prochaines années. Soixante inspecteurs ont été formés à l’échelle nationale, ils encadrent 800 inspecteurs à l’échelle nationale qui à leur tour encadrent les 135.000 enseignants du primaire.
Le populisme à la rescousse
Notons que l'Istiqlal, à travers son groupe parlementaire, a demandé une réunion urgente de la commission parlementaire de l'Enseignement, en présence du ministre concerné, pour étudier la "grave situation" née de "l'introduction de la darija" dans les manuels scolaires, "une intrusion" qualifiée d'attaque contre la nation (la darija, c'est bien connu, n'est pas marocaine). Fac-similé de cette demande:


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