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Statut de l'auto-entrepreneur: Les lacunes à combler, selon les bénéficiaires

Le statut de l'auto-entrepreneur existe depuis plus de trois ans. Alors que le gouvernement se félicite de la réussite de ce dispositif qui a attiré plus de 61.000 personnes, Médias24 donne la parole à des auto-entrepreneurs qui dressent le bilan des avantages mais surtout des contraintes auxquelles ils font face.   

Statut de l'auto-entrepreneur: Les lacunes à combler, selon les bénéficiaires
H.G.
Le 9 août 2018 à 16h14 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Depuis son adoption il y a trois ans et quelques mois, le statut de l’auto-entrepreneur a attitré plus de 61.500 personnes. Ce chiffre arrêté à fin février 2018 a certainement été dépassé depuis. 

Cet engouement pour le statut peut témoigner de sa réussite pour le gouvernement qui voulait à travers sa mise en place «lutter contre la précarité dans les milieux des franges actives, intégrer les activités non structurées dans le tissu national, en plus de la lutte contre le chômage parmi les jeunes et les diplômés et l'encouragement des initiatives entrepreneuriales».

Nous ne pouvons pas juger de l’atteinte de ces objectifs qui dépendent de bien d’autres facteurs. Mais ce qui est certain, c’est qu’une communauté de plus de 61.000 personnes a adhéré au dispositif, attirée par la promesse d’un statut facile d’obtention, d’une fiscalité allégée et d’un ensemble d’avantages.

>> Lire aussi : Plus de 59.000 auto-entrepreneurs inscrits à fin 2017

Après plus de 3 ans d’existence, Médias24 a sondé quelques auto-entrepreneurs pour dresser un bilan de leur expérience.

Le statut facilite l'insertion professionnelle et génère du business

«Le statut de l'auto-entrepreneur est un excellent cadre qui permet aux startups de lancer leurs projets en mode bêta, au moindre coût», nous explique Tarik Jari, auto-entrepreneur, administrateur d’une page dédiée à cette communauté et qui regroupe plus de 24.000 membres. Et d’ajouter, «le statut AE permet aussi de stimuler l'entrepreneuriat, d’offrir un cadre légal d'exercer une activité professionnelle et de concrétiser ses idées, dans le e-commerce, les prestations de services...».

C’est justement ce qui ressort du témoignage de Nabil, Android Consultant & Trainer. «Le statut AE m'a ouvert la voie vers le monde du freelance. J'étais salarié pendant 4 ans dans une startup et je me suis lancé après à mon compte. Je travaille quand je veux et avec qui je veux, et en même temps, je développe petit à petit ma solution», nous explique-t-il.

«Sur le plan professionnel, cela permet d’avoir une légitimité auprès des clients, mais surtout de participer au sein de la communauté en payant ses impôts. Le fait de ne pas devoir tenir de comptabilité est un grand plus», affirme pour sa part J.S., un auto-entrepreneur actif dans le domaine de l’éducation à Casablanca.

Pour nos interlocuteurs, il est indéniable que ce statut permet d’améliorer ses revenus, même si les statistiques manquent dans ce sens. «Nous n’avons pas de chiffres exacts. 72.000 ont adhéré à ce régime et certains demandent déjà un relèvement du plafond du chiffre d'affaires. C’est une bonne nouvelle», assure Tarik Jari.

Bureaucratie et manque de communication

Cela dit, tout n’est pas rose pour ces entrepreneurs en herbe. Dès que l’on évoque les contraintes auxquelles ils font face, les exemples ne manquent pas. «Il reste certains points urgents à fixer pour le statut comme l'adhésion à la CNSS, le paiement en ligne des impôts, l'augmentation de la limite annuelle du CA pour les prestations de services…», énumère Nabil.

Pour un autre auto-entrepreneur, il reste beaucoup à faire sur le plan social. «Celui qui n'aura pas de revenus réguliers ne peut pas se projeter et s’il tombe malade, non seulement il devra cesser son activité mais ne pourra pas payer ses soins. C'est un stress en plus», explique-t-il. Et d’ajouter, «j’étais emballé par le statut au début, puis déçu par la lenteur des promesses et de l'administration».

Bien qu’il ait le mérite d’exister, le statut d’AE doit s’améliorer à la lumière du retour d’expérience de ceux qui l’ont pratiqué au cours de ses premières années d’existence.

La première contrainte qu’ils soulèvent tous: le paiement des impôts. «La plateforme rencontre des pannes depuis 2 ans, la majorité ont eu un souci de déclarations pendant l'échéance d'avril 2018. La DGI a décidé d'annuler les pénalités et majorations de 500 DH pour cette raison», témoigne Jari. Un bug que Poste Maroc avait résolu en mettant les moyens nécessaires et en prévoyant des permanences le samedi.

Malgré cela, les AE se plaignent de l’obligation de se déplacer aux agences pour effectuer le paiement des impôts avec tout ce que cela peut comporter comme désagrément. «On subit des contraintes à cause de la mauvaise formation et la mauvaise communication du personnel des agences postales: certains ne connaissent pas encore le statut, d'autres sont condescendants quand on paie le dernier jour, d'autres n'arrivent pas à se connecter sur le portail, d'autres encore veulent faire payer un statut qui est normalement gratuit... Cela engendre des tensions et une perte de temps, chose que ne peut pas se permettre un auto-entrepreneur», témoigne pour sa part J.S., auto-entrepreneur dans l’éducation.

La solution pour eux est de passer au télépaiement. «Implémenter le paiement en ligne est un excellent moyen de stimuler indirectement l'e-commerce, et la culture de payer via internet, ce qui peut faire gagner à l'administration des milliers d'heures de travail, et facilitera la vie des MRE qui ont adhéré à ce régime, et surtout faciliter le paiement des impôts pour cette communauté», résume Tarik Jari, administrateur du groupe Auto Entrepreneur Maroc.

Autre contrainte, le manque de sensibilisation et d’information des AE. «Au moment de l'inscription, le citoyen doit être avisé qu’il doit payer ses impôts chaque trois mois, et que passer un certain délai, il doit payer des majorations et pénalités», insiste Tarik Jari. «Mohammed, réparateur de climatiseurs à Marrakech a obtenu son statut en ayant l’information auprès de l'Anapec. Un mois plus tard, il commence son activité par une pénalité de 500 DH alors qu’il n’arrive même pas à accéder à son compte. Ce genre de cas abandonnent avant de démarrer», poursuit notre interlocuteur.

Pour lui, «une vidéo lancée sur une chaîne YouTube n'est pas le bon moyen pour informer, éduquer et sensibiliser cette population».

L’accès au financement est également un des inconvénients qu’ils subissent. «Il est quasi impossible d’emprunter auprès des banques, sauf chez une à des taux élevés», témoigne J.S.

Tout compte fait, les auto-entrepreneurs demandent une «meilleure communication, le paiement en ligne des impôts, un statut reconnu auprès des banques, l'inscription à la CNSS et un portail favorisant le développement de leur activité».

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H.G.
Le 9 août 2018 à 16h14

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