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Investir en Corée du Nord: gouffre sans fond ou occasion en or ?

Donald Trump a agité la carotte des investissements étrangers devant Kim Jong Un lors de leur sommet nucléaire mais rares seront les investisseurs à s'aventurer en Corée du Nord, environnement économique à haut risque, estiment les analystes.

Investir en Corée du Nord: gouffre sans fond ou occasion en or ?
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Le 17 juin 2018 à 8h49 | Modifié 17 juin 2018 à 8h49

A Singapour, le président américain a montré au dirigeant nord-coréen un film où les trains à grande vitesse le disputaient aux gratte-ciel étincelants, illustration d'un avenir radieux si seulement Pyongyang renonçait à son arsenal atomique.

Les optimistes expliquent que la Corée du Nord a des atouts à faire valoir, la richesse de ses sous-sols, sa main d'œuvre bon marché et sa géographie.

Mais les entreprises qui ont tenté de faire des affaires dans le pays pauvre et reclus s'y sont brûlé les ailes, entre des règles qui peuvent changer en un instant, des factures qui ne sont jamais réglées et les menaces d'expropriation.

Des dizaines de restrictions découlant des diverses sanctions infligées au Nord pour ses programmes nucléaire et balistique sont à l'œuvre.

Les coentreprises sont interdites par l'ONU, l'Union européenne prohibe les transferts de plus de 5.000 euros et en raison de la réglementation américaine, les banques internationales sont réticentes à permettre les transactions. Même les organisations humanitaires peinent à financer leurs activités.

Même si les sanctions étaient levées un jour, il serait difficile de travailler au Nord.

 Infrastructures déficientes

Les infrastructures sont déficientes et d'après les analystes, la corruption est généralisée.

"Les garanties juridiques pour les sociétés sont très faibles", souligne une source diplomatique à Pyongyang.

Pendant l'ère de "la politique du soleil", autre période de rapprochement, le conglomérat sud-coréen Hyundai avait injecté des centaines de millions de dollars pour attirer les touristes sud-coréens dans une station de montagne du Mont Kumgang.

Mais l'aventure avait abruptement pris fin quand un soldat nord-coréen avait abattu une Sud-Coréenne qui s'était égarée.

De nombreuses entreprises sud-coréennes avaient investi dans la Zone industrielle intercoréenne de Kaesong où elles employaient des Nord-Coréens à bon prix mais Séoul avait fermé le site en 2016 à cause des programmes d'armements nord-coréens.

L'entreprise égyptienne de télécommunications Orascom avait dépensé des centaines de millions de dollars pour développer le premier réseau mobile du Nord, Koryolink. Las, le Nord a créé un opérateur concurrent et l'Egyptien n'a pu faire sortir son argent.

"Je prends tous les coups", avait raconté le mois dernier à Bloomberg Naguib Sawiris, patron milliardaire d'Orascom. "Je suis payé en devises qui ne s'échangent pas très facilement, j'ai investi beaucoup d'argent, j'ai construit un hôtel, j'ai fait beaucoup de bonnes choses là-bas".

 Expropriation

Le géant des matériaux de construction LafargeHolcim s'est débarrassé en 2017 de sa participation dans une cimenterie nord-coréenne pour un montant non révélé, y perdant des plumes.

"La gouvernance est faible, les informations font défaut et il y a un énorme fossé culturel avec les partenaires locaux", souligne Geoffrey See, fondateur de Choson Exchange, qui forme entrepreneurs et décideurs économiques en Corée du Nord.

Les entreprises qui réussissent le mieux, ajoute-t-il, sont celles qui font du commerce et évitent de détenir des actifs vulnérables à la saisie.

D'après les statistiques disponibles à Séoul, le revenu moyen en Corée du Nord équivalait en 2016 à moins d'un vingtième de celui du Sud.

M. Kim veut sans nul doute améliorer l'économie. En 2017, il avait expliqué que l'arsenal nucléaire étant au point, "la construction économique socialiste" était désormais la priorité.

Le journal du parti unique au pouvoir, Rodong Sinmun, a largement couvert le sommet américano-nord-coréen de Singapour, publiant des photos de la cité-Etat ultramoderne, et même du convoi de M. Kim passant devant une affiche publicitaire pour Cartier, ce qui aurait été inimaginable par le passé.

Cela témoigne d'une "aspiration autorisée", relève un diplomate établi en Asie.

Le régime impénétrable mène depuis quelques années des réformes dans la discrétion. Des vendeurs privés sont autorisés sur des marchés informels, les entreprises publiques sont plus libres et les autorités ferment les yeux sur les opérations des entreprises privées.

Toutes ces choses qui rappellent la politique de "réforme" et "d'ouverture" de l'ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping, qui propulsa le géant asiatique au rang de deuxième économie mondiale.

 "Vent immonde"

Les sociétés étrangères commencent en réaction à se renseigner, témoigne Michael Spavor, du cabinet Paektu Consulting, qui travaille en Corée du Nord depuis 20 ans.

"Notre organisation suscite beaucoup d'intérêt de la part d'investisseurs qui veulent des études de marché et des face-à-face avec des ministères et partenaires nord-coréens potentiels", dit-il à l'AFP.

Mais Pyongyang n'a pas officiellement reconnu l'économie de marché, ni créé un cadre juridique pour l'accompagner.

Lors du dernier congrès du parti, M. Kim avait dénoncé "le vent immonde de la liberté bourgeoise, de la 'réforme' et de 'l'ouverture' qui souffle dans notre voisinage".

La Chine a embarqué des cadres nord-coréens dans des tournées d'études à Pékin, Shanghai et ses mines de charbon afin de tenter d'encourager le Nord à suivre son exemple, proposant des feuilles de route précises pour le développement, expliquent des diplomates.

Mais, ajoutent-ils, Pyongyang hésite à trop dépendre de Pékin, et préfère regarder vers le Vietnam, petit pays communisme qui s'est mis au capitalisme sans affaiblir le pouvoir.

Pour Gareth Leather, économiste chez Capital Economics, le Nord a bel et bien des atouts. Il cite ses ressources naturelles -- zinc, magnésite, cuivre, fer--, sa main d'œuvre à bas coût et sa situation, au carrefour entre la Chine, la Russie et la Corée du Sud, le Japon n'étant pas très loin.

Même si les sanctions étaient levées, souligne-t-il toutefois, "cela reste un Etat policier et on a un long chemin à parcourir avant qu'elle ne devienne une économie normale. L'investisseur qui s'y risquera à nouveau devra être très courageux".

 

 

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Le 17 juin 2018 à 8h49

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