Les emprunts verts dans le monde atteindront 250 milliards de dollars en 2018!!
Hautement prisée par les investisseurs, la dette verte qui fête cette année ses 10 ans, attire toujours plus de convertis, des entreprises aux Etats, soucieux de s'approprier cet outil majeur de financement du climat.
"Nous sommes loin désormais du phénomène de mode, il y a une dynamique mondiale vertueuse qui pousse tout le monde vers le vert et la demande des investisseurs est phénoménale", estime auprès de l'AFP Frédéric Gabizon, responsable pour le marché obligataire chez HSBC.
Dix ans après les premières opérations vertes réalisées en 2008 par la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement, l'engouement pour ces emprunts destinés à financer des investissements en faveur de la transition écologique reste vif. Même si leur progression s'annonce logiquement moins exponentielle.
"La croissance du marché a été extrêmement forte jusqu'ici", atteignant près de 80% annuellement, souligne auprès de l'AFP Noémie de la Gorce, analyste chez S&P Global Ratings, qui prévoit "environ 30% de croissance en 2018". "Mais, ajoute-t-elle, les dynamiques fondamentales de marché restent les mêmes et il ne s'essouffle pas".
Le premier trimestre 2018 a été effectivement plus calme avec "au niveau mondial 27 milliards d'euros d'émissions contre 35 milliards" il y a un an, relève auprès de l'AFP Stéphane Marciel, Responsable Obligations Durables chez Société Générale CIB.
Mais ce recul s'explique par des facteurs ponctuels, notamment parce qu'"en janvier 2017, la France avait lancé sa première émission verte en levant 7 milliards" d'euros. Une certaine volatilité sur les marchés en général a aussi conduit à des reports, mais du coup, "les projets se sont accumulés et la croissance va continuer sur ce marché porteur", estime l'expert.
Mille milliards en 2020
"Nous sommes très confiants. L'objectif pour 2018 est de 250 milliards de dollars pour arriver au nombre magique de mille milliards de dollars en 2020", assure également Manuel Adamini, responsable du Programme de sensibilisation des investisseurs et des partenaires de la Climate Bonds Initiative (CBI).
Aiguillonnés par l'exemple de la France, considérée par les marchés comme la référence même si elle a été précédée par la Pologne, le début d'année a vu l'arrivée de la Belgique (4,5 milliards d'euros) et de l'Indonésie (1,25 milliard de dollars).
Mais les Etats ne sont pas encore tous prêts à franchir le pas, car réaliser une émission verte est exigeant.
"Cela induit des moyens humains importants, avec une équipe dédiée et transministérielle pendant toute la durée de l'emprunt", observe M. Gabizon.
"Certains projets nécessitent du temps: une ferme éolienne ne se fabrique pas en deux semaines par exemple", remarque aussi M. Marciel.
Les besoins sont néanmoins colossaux. Ils "pourraient atteindre 90.000 milliards de dollars sur les quinze prochaines années uniquement pour les nouvelles infrastructures vertes", a ainsi souligné vendredi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors d'une conférence à Amsterdam.
"Fort heureusement, le secteur privé montre déjà un intérêt croissant", mais "ce n'est pas encore suffisant", quand "les obligations vertes ne représentent toujours que moins de 2% des émissions de titres de dette mondiales", selon lui.
Energie
Mais entre l'impulsion politique née de l'accord de Paris et l'intérêt des investisseurs, l'effet d'entraînement est indéniable.
Début 2018, le dynamisme des entreprises et des collectivités ne se dément pas, comme le montre l'émission du géant italien de l'énergie Enel (1,25 milliard d'euros) ou celle de la région allemande de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (2 milliards).
Les acteurs français occupent une place de choix en la matière. Selon une étude réalisée par Climate Bonds Initiative pour Lyxor AM, la France s'est d'ailleurs hissée au premier rang européen en 2017 et au 3e rang mondial, derrière les Etats-Unis et la Chine.
Au niveau des projets financés, "les secteurs liés à l'énergie sont les principaux bénéficiaires, mais ce sont aussi ceux qui contribuent le plus aux émissions de gaz à effet de serre. Il n'est donc pas surprenant que l'effort soit concentré sur eux", note Noémie de la Gorce.
Et comme le rappelle M. Gabizon: "La demande est bien supérieure à l'offre, ce qui fait qu'aujourd'hui, le coût d'un emprunt vert est équivalent voire inférieur à celui d'un emprunt classique".
Vertueuse et fructueuse, la dette verte a donc toutes les raisons de continuer à mûrir.
(Avec AFP)
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