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Changer la couleur des yeux est-il vraiment sans risque?

L’information a fait le buzz sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias. Une jeune marocaine a subi "avec succès" une opération chirurgicale afin de changer la couleur de ses yeux, passant de marron à bleu. Cette opération – la première de ce genre au Maroc et en Afrique selon l’équipe médicale, soulève de nombreuses interrogations quant à son innocuité…

Changer la couleur des yeux est-il vraiment sans risque?
Zakaria Boulahya
Le 2 avril 2018 à 17h51 | Modifié 2 avril 2018 à 17h51

Présentée comme une grande avancée médicale dans certains médias – 2M allant même jusqu’à la qualifier de ‘’prouesse’’, l’opération, menée dans une clinique casablancaise sous la supervision de médecins espagnols, a permis à une jeune fille d’une vingtaine d’années de réaliser son ‘’rêve’’: avoir des yeux bleus alors qu’elle est née avec des yeux marrons…

Une finalité purement esthétique, mais qui comporte son lot de risques inhérents à toute opération chirurgicale – surtout sur un organe aussi sensible que l’œil humain. Le coût de l’opération pour avoir les yeux bleus ou verts – sans être à la portée de toutes les bourses, n’est pas non plus prohibitif – de 15.000 à 18.000 DH selon 2M. Et si l’on se fie à l’engouement que connaît cette pratique à l’étranger – ainsi qu’à la pression sociale imposée par le diktat de l’apparence, on peut légitimement augurer de son succès commercial au Maroc.

Sauf que cette opération de chirurgie esthétique soulève de nombreuses questions quant à son innocuité. La technique utilisée dans cette opération en est encore à ses balbutiements, même si elle est présentée comme étant moins invasive, avec des effets secondaires moins prononcés que pour les autres techniques précédemment utilisées.

>Une technique moins invasive, sauf que…

Le procédé chirurgical consiste à inciser la cornée afin d’y injecter des pigments, dont la couleur varie en fonction des préférences du patient. Une technique qui s’inspire largement du ‘’tatouage de la cornée’’, opération chirurgicale qui – par injection d’encre de chine, vise à atténuer certaines catégories de traumatismes oculaires.

Sauf que l’opération de tatouage comporte des aléas: baisse progressive d’intensité et répartition non homogène de la couleur, érosion de la cornée, risque de cécité,… Même effectué à but purement thérapeutique, le tatouage de la cornée est déconseillé par de nombreuses sources médicales, qui mettent en garde contre cette procédure qui ‘’ne devrait être effectuée que par des patients ayant perdu la vue ou n’espérant pas la récupérer’’.

D’un point de vue purement médical, la technique utilisée à Casablanca pour changer de couleur des yeux comporte certes moins de risques que, par exemple, la pose d’implants chirurgicaux ou encore la décoloration de l’iris par laser. Ces dernières techniques ont été bannies dans de nombreux pays, en raison des risques encourus par les candidats à cette opération de chirurgie esthétique.

‘’Ouvrir un œil sain pour y injecter n’importe quelle substance peut avoir des répercussions inéluctables sur les structures oculaires’’ souligne un éminent spécialiste étranger en ophtalmologie, contacté par Médias24.

>L’opération sera évaluée dans le détail

Nous avons également sollicité un avis médical auprès de la Société marocaine d’ophtalmologie (SMO). Son président, le Pr Abdelouahed Amraoui, confirme que ‘’la technique utilisée s’inspire du tatouage de la cornée, qui ne doit être réalisée que sur des yeux non fonctionnels’’.

Toutefois, l’ophtalmologue tient à tempérer son propos: ‘’ Il ne faut pas condamner cette opération sous prétexte qu’on incise la cornée, pratique couramment utilisée pour soigner certains troubles visuels. Cette correction de la vue, si elle nécessite une opération chirurgicale, répond aussi à un objectif esthétique puisque beaucoup de patients ont recours à cette technique pour se passer de lunettes’’.

Ne souhaitant pas encore se prononcer sur d’éventuels effets secondaires liés à un changement de couleur des yeux, le Pr Amraoui confirme à Médias24 son intention d’aller au fond des choses… ‘’La Société marocaine d’ophtalmologie va prendre attache auprès de l’équipe médicale qui a réalisé et supervisé cette opération – aussi bien du côté marocain qu’espagnol. Nous allons évaluer la technique médicale utilisée et émettre un avis. Si l’opération comporte des risques, nous l’affirmerons sans détour. Dans le cas contraire, la SMO annoncera très clairement son innocuité’’.

Sauf que, dans la pratique, rien n’oblige l’équipe médicale à communiquer les détails de l’opération. ‘’Les chirurgiens seront sollicités en tant que confrères, mais la SMO ne dispose d’aucune autorité sur ces praticiens. En réalité, c’est à l’Ordre des médecins d’intervenir et de tirer cela au clair’’ précise le Pr Amraoui.

L’intervention de l’Ordre des médecins est en effet plus que souhaitable – de même que celle du ministère de la Santé. Ce ne sera pas la première fois qu’une nouvelle technique ou médicament sont réputés sans danger, jusqu’à l’apparition des premières complications et des premières victimes… Il n'est pas certain que la communauté médicale ait déjà suffisamment de recul pour juger de ces opérations.

Interrogé sur sa position en tant que médecin, au sujet d’opérations chirurgicales dont la finalité esthétique fait encourir le risque de perdre un sens, le Pr Amraoui n’y va pas par quatre chemins: ‘’Les patients sont déterminés et savent parfaitement ce qu’ils veulent. Notre responsabilité est de les informer des risques potentiels - par écrit, et d’obtenir un consentement écrit de leur part’’.

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Zakaria Boulahya
Le 2 avril 2018 à 17h51

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