L'industrie de la batterie toujours menacée par la pénurie de plomb
Une situation des plus insolites au Maroc! D’habitude, les industriels manquent de débouchés ou accusent une faible productivité. Ce n’est pas le cas des fabricants de batteries. Leur seule entrave au développement est la rareté de leur principal intrant: Le plomb recyclé!
Contactés par Médias24, des acteurs de la filière imputent cette pénurie aux exportations massives de lingots de plomb. Ces exportations sont la conséquence d’un processus en quatre étapes:
>Une offre sans cesse renouvelée d’articles usagés, conséquence naturelle du vieillissement des batteries montées et la nécessité de les changer.
> Cette offre est drainée en partie, vers un réseau de spéculateurs.
>Ces derniers écoulent leurs stocks constitués, de manière intermittente, dans des unités informelles de recyclage. Les batteries usagées y sont désossées. Leurs acides sont déversés dans la nature (nocif pour la nappe phréatique) et leurs plaques sont portées à 1.000°C dans des fours de fortune (émission de gazes nocifs), pour être moulées, après liquéfaction. La région de Médiouna et la ville de Fquih Ben Saleh, sont réputées pour ce genre d’activités.
>Les lingots ainsi obtenus prennent deux voies différentes pour être réexportés:
*La première voie est le mélange du plomb obtenu, avec du minerai d’origine, avant son exportation sous l’intitulé de «minerai brut» et sous forme de poudre.
*La seconde voie est la réinsertion des lingots dans le circuit formel de fabrication de batteries. En effet, un ou plusieurs fabricants font des exportations temporaires de plomb, pour des perfectionnements actifs. Il s’agit officiellement de sous-traiter à l’étranger, le façonnage des plaques de batterie, avant de les réimporter pour l’assemblage final au Maroc. Ce sont souvent des exportations détournées, dans la mesure où peu ou prou des quantités expédiées, ne sont guère rapatriées.
La persistance des exportations de plomb (en lingots ou en poudre) a de quoi surprendre, dans la mesure où le ministère de l’industrie avait consenti à la profession, l’interdiction de ces fuites de matières premières (plomb), qui induisent une limitation de ses capacités de production.
Les autorités avaient en effet instauré fin 2015 (arrêté n°3378-15), une licence d’exportation pour contrôler les sorties de ce produit vital. Une mesure insuffisante et largement détournée par les indélicats.
Le plomb est une matière incontournable dans la fabrication des batteries. Il représente près de 50% des intrants dans son processus de fabrication. Dans chaque pays et devant le renchérissement du cours du minerai (1$/kg en 2005 contre 2,4 $ en 2018), les fabricants ont pris l’habitude de recycler les batteries usagées de leurs marchés domestiques.
Dans la mesure où le marché marocain importe encore 40% de ses besoins en batteries, la quantité de vieilles batteries à recycler, «produite» chaque année par les usagers, suffit en principe à couvrir les besoins des usines locales. L’exportation du plomb recyclé déséquilibre cependant le marché et crée une pénurie artificielle.
Plus encore, l’économie nationale s’en trouve doublement pénalisée, car ces lingots exportés vont alimenter des usines en Turquie ou en Tunisie, qui réexportent une partie de leur production vers le Maroc (un marché désormais attractif, d’un million cinq cent mille batteries, en comptant le fort besoin des usines Renault!).
Ce détournement des disponibilités nationales de plomb recyclé, contrarie l’ambitieux contrat-programme qui lie le ministère de l’industrie et les leaders du secteur, Afrique câbles (Electra) et Almabat (Alma).
Ces derniers ont lourdement investi ces quatre dernières années, et s’inscrivent pleinement dans le cadre du plan d’accélération industrielle 2014/2020.
Un effort financier de 200 MDH consenti par les deux entreprises, pour acquérir les moyens de production nécessaires à la production des batteries de nouvelle génération (sans entretien). Aujourd’hui, les usines de Tanger et de Casablanca du constructeur Renault, absorbent près de 10% de la production de ces deux fabricants.
Un investissement parallèle de 75 MDH a été entrepris par les mêmes fabricants, pour se doter d’unités de recyclage, conformes aux normes européennes, pour le retraitement des vieilles batteries.
Ces lourds investissements permettent à ces deux entreprises, de devenir compétitives et de répondre aux contraintes environnementales du marché international. C’est ce qui leur permet aujourd’hui, d’exporter 15% de leur production.
Ils affirment cependant, qu’ils pourraient réaliser de meilleures performances, si leurs achats de plomb n’étaient pas perturbés par les agissements malsains des spéculateurs, qui leur soustraient une part importante du plomb offert sur le marché.
L’application laxiste d’un arrêté gouvernemental risque ainsi de vider de son contenu, la politique d’industrialisation, voulue par le gouvernement et financée par les deniers publics (subventions, dépenses fiscales,…etc.)!
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