Sous-emploi et emplois non-rémunérés: les chiffres de la précarité
Il n'y a pas que les chômeurs (1,2 million) qui sont en situation précaire. Le Maroc compte 1,8 million d'employés non rémunérés et 1 million de personnes sous-employées. Ces trois catégories regroupent 4 millions de personnes et représentent 37% de la population active occupée. Ils ont deux points communs: une faible autonomie financière et une précarité certaine. Eclairages.
Taux de chômage
Grâce à ses enquêteurs, répartis sur l’ensemble du territoire national, le HCP (Haut-Commissariat au plan) a interrogé un panel de plus de 90.000 ménages sur leur occupation, afin d’établir mensuellement, une cartographie de l’emploi au Maroc.
Pour calculer le taux de chômage, le HCP rapporte le nombre de personnes occupant un travail (actifs occupés) au nombre des personnes disponibles pour le travail (actifs). Ne sont donc pas pris en compte les femmes au foyer, les retraités et les jeunes poursuivant des études.
Le taux de chômage ainsi calculé (10,2% en 2017, en moyenne nationale), ne rend compte que partiellement de l’ensemble des populations précaires. En effet, parmi les personnes officiellement à l’abri du chômage, plus de 26% déclarent ne pas toucher de salaires ou s’estiment sous-employées.

Emplois non-rémunérés
Des adolescents ou de jeunes adultes aident leurs parents dans des commerces ou dans des activités artisanales (ateliers de réparation). En tant qu’aides familiaux ou apprentis chez des tiers, ils ne perçoivent pas de salaires mais ne sont pas considérés comme des chômeurs pour autant. En ville, ils constituent moins de 3% de l’ensemble des actifs occupés.
Leur taux est autrement plus important en campagne. Plus du tiers des employés ruraux ne perçoivent pas de salaires. Il s’agit de parents travaillant dans le cadre des exploitations familiales. Cela prouve que l’individuation de la société et la monétarisation du travail ont encore du chemin à faire, dans les montagnes et les plaines marocaines.
Cependant, les emplois rémunérés y ont sensiblement progressé, passant de 52% en 2007 à 66,5% en 2017. Doucement mais sûrement, le salariat prend de l’ampleur en milieu rural.
Personnes sous-employées
La notion de sous-emploi a été introduite par les experts du HCP afin de rendre compte des décalages observés entre la capacité de travail d’une personne et le travail qu’elle effectue au moment du sondage. Cela peut être dû à un travail à temps partiel ou à un poste occupé en deçà de ses qualifications.
Le sous-emploi mesure donc la déficience du marché du travail à exploiter la quantité et la qualité du travail offert par les actifs du pays. Son volume a augmenté, entre 2016 et 2017, de 1.018.000 à 1.044.000 personnes au niveau national. Son taux est passé de 8,7% à 8,9% en milieu urbain et de 10,7% à 10,8% en milieu rural.

Le sous-emploi touche particulièrement les 15-24 ans: 16% en 2017. Augmenté des 42% de chômeurs en milieu urbain, le taux de personnes en situation précaire s'élève à 52% chez la jeune population active... ou supposée l’être!
NDLR: Tous les chiffres indiqués dans cet article proviennent du dernier rapport du HCP sur l'emploi en 2017.
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