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ECONOMIE

Les importations illégales de “fripes” prennent de l'ampleur

Le vêtement d’occasion s'ajoute à la panoplie des sources illégales d’approvisionnement, asphyxiant encore plus le marché marocain.

Les importations illégales de “fripes” prennent de l'ampleur
Adil Boutda
Le 26 janvier 2018 à 13h16 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Au Maroc, la friperie devient un redoutable concurrent aux fabriques d’habillement. Les souks ruraux et péri-urbains ne cessent de se multiplier ces deux dernières années et dans chaque souk, les ballots de vêtements usagés importés sont présents.

Abdelhak, propriétaire d’un célèbre magasin de prêt-à-porter à Meknès, ne cache pas sa gêne devant la prolifération des points de vente dédiés à ce genre de commerces: "Traditionnellement, la fripe était circonscrite à la Joutiya de Sidi Said, aujourd’hui nous la retrouvons dans au moins deux autres marchés à la périphérie de la ville. Sa concurrence est plus virulente que celle des franchisés à bas-coûts (NDLR: Kiabi, LC Waikiki…etc.)"

Au-delà du cliché de la bourgeoise qui viendrait y chiner le blouson signé, ces marchés du vêtement usagé permettent surtout aux ménages marocains, de plus en plus pressés par la multiplication des dépenses, d’alléger leurs budgets.

D'où viennent ces marchandises ?

A l’autre bout de la chaîne, tout en amont, c’est une «bienveillance» qui enclenche un redoutable processus. C’est un Paul en Virginie ou une Sylvie à Paris qui remet son vieux pantalon aux œuvres caritatives de son quartier.

Ces centres de solidarité se retrouvent souvent avec des excédents de vêtements, quand ils ont d’abord besoin d’argent pour financer les aides qu’ils offrent aux démunis. Ils se tournent alors vers des entreprises spécialisées qui se font un plaisir d’acheter ces vêtements, à prix dérisoires.

Ces sociétés installent aussi des conteneurs de collecte dans les grandes villes et envoient des agents faire directement le porte-à-porte chez les particuliers.
Afin de grossir leur offre, ces entreprises exploitent aussi le filon des fins de série et des invendus des réseaux de distribution occidentaux (centrales d’achats, entrepôts de négoce, magasins de prêt-à-porter, grandes surfaces,…etc.). Rien qu’en Europe, le montant brassé par les circuits de vente du neuf est de 335 milliards d’euros.

A l’échelle du globe, des chercheurs évaluent à 5 milliards d’euros, le volume des vêtements qui échouent dans le circuit de la fripe. L’équivalent de 330.000 grands conteneurs ou encore 50 milliards de tee-shirts!

A cause de sa proximité géographique, le Maroc reçoit une part non négligeable des balles cerclées dans les entrepôts européens. Celles-ci transitent par les deux nœuds classiques de la contrebande: Sebta/Fnideq et Melillia/Nador, car l'importation légale de la fripe est interdite par l'arrêté n°1.308-94 depuis avril 1994.

Le 27 octobre 2017, la douane volante a intercepté un camion roulant sur la RN 15, dans la région du Rif, avec plus de 12 tonnes de vêtements d'occasion à bord. Des saisies pareilles sont devenues fréquentes ces deux dernières années. En se basant sur les communiqués officiels de la douane, il y a eu 16 saisies entre 2016 et 2017 contre 8 à peine entre 2014 et 2015.

Le 13 octobre 2017, 7 tonnes de vêtements et de chaussures usagés transportés à bord d'un camion, ont été interceptées près d’Agadir. Le circuit du sud commence ainsi à prendre de l’ampleur. Les conteneurs de vêtements sont débarqués au port de Nouadhibou en Mauritanie avant de remonter vers le sud marocain, via le poste frontalier de Guerguarat.

Le caractère informel de ce business rend difficile sa valorisation. Cependant, si l’on se fie aux communiqués officiels de la douane, on remarque que la fripe représente plus de 40% des principales saisies, ces deux dernières années. En rapportant ce taux à la valeur totale des prises, déclarée par la même administration, c'est-à-dire une moyenne annuelle de 500 MDH pour ces six dernières années, nous obtenons 200 MDH comme évaluation des quantités annuelles de fripes saisies par l’administration des douanes.  

Ce chiffre donne une idée de l'ampleur du volume de vêtements usagés qui pénètrent le marché national, sachant que les marchandises saisies ne représentent toujours qu'une part minoritaire du trafic global (sinon le «métier» de  contrebandier ne serait plus rentable!).

Ces flux de marchandises vendues à des prix défiant toute concurrence, parasitent le marché national de l’habillement. Tous les acteurs de l’économie du vêtement pâtissent du commerce de la fripe: fabricants de tissus, usines de confection, marchés de gros et magasins de vente en détail.

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Adil Boutda
Le 26 janvier 2018 à 13h16

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