L'industrie textile en avance sur ses engagements du Plan d'accélération industrielle
A mi-chemin du plan d’accélération industrielle (PAI), initié en 2014 par le ministre Moulay Hafid Elalamy, l’avancement de l’industrie textile augure d’un possible dépassement des objectifs prévus pour 2020 en matière d'emploi.
Quand le ministre de l'Industrie, M. Elalamy avait décidé d’intégrer le textile dans son ambitieux plan industriel, lui assignant même la création des 20% des emplois escomptés (500.000 pour l’ensemble des industries), une majorité d'observateurs était dubitative, tant ce secteur agonisait et alignait les contre-performances (baisse du CA à l’export, fermetures d’usines…etc.).

Sources: Amith.
Les causes d'une possible résurrection
Des raisons objectives expliquent le changement de situation dans l’industrie textile:
- Après avoir longtemps privilégié les produits chinois, les donneurs d’ordres européens commencent depuis 2014 à changer d’approche, en comptant davantage sur le "proche-import" car il leur permet de réduire la longueur des cycles d’approvisionnement. Leurs besoins en fonds de roulement s’en trouvent diminués, par rapport aux achats asiatiques qui mobilisent des sommes plus importantes, en plus d’être libellés en dollars..
- Le concept de "fast-fashion" initié par le leader mondial Inditex (Zara, Pull&Bear, Bershka, Massimo Dutti, Uterks,….etc.) consiste à présenter toutes les semaines, de nouveaux produits dans les magasins. Les délais de plus de 8 semaines des fournisseurs asiatiques cadrent mal avec cette nouvelle exigence de l’industrie du prêt-à-porter. Une bonne partie des productions doit être réalisée dans le pourtour méditerranéen, près des zones de distribution européennes.
- L’existence d’un tissu industriel diversifié permet au Maroc d’accompagner les changements brefs et imprévus de la mode rapide grâce à un réseau de sous-traitance flexible, des plus grandes plates-formes jusqu’aux petites unités informelles.
La mise en branle des écosystèmes
Les contrats-performance signés par l'Amith dans le cadre du PAI proposent une batterie de mesures incitatives:
- Subventions publiques pour les investissements matériels et immatériels.
- Aide à la mise à niveau technique.
- Prise en charge partielle des investissements consentis dans l’innovation et la créativité.
- Mise en place pour les ressources humaines, de plans de formation appropriés. Le programme élaboré avec l’OFPPT vise à former 53.200 operateurs et 10.200 techniciens.
Le lancement en 2014 de cet ambitieux plan a coïncidé avec le retour de la demande internationale et son incidence sur les chiffres réalisés (37,4 MMDH en 2017 contre 29,3 MMDH en 2013, soit 23% de croissance en 4 ans).
Les contrats-performance signés par l’Amith et le ministère de tutelle, emportèrent l’adhésion des industriels. Ils commencèrent dès 2015 à donner corps à l’engagement premier de leur association, en signant des conventions d’investissement détaillés avec l’Etat.
Fin 2017, 70 projets sont déjà actés, totalisant un montant de 4,13 MMDH, selon l'Amith. Jamais l’industrie textile n’avait atteint un tel flux d’investissements. Plus encore, l’engouement n’a pas faibli, puisque les derniers paraphes datent de quelques mois à peine. Toutes les branches d’activité participent à cet effort d’investissement: maille, denim …. , et même l’amont de la filière (ennoblissement et fabrication des tissus) longtemps délaissé, commence à susciter l’intérêt des investisseurs.
Marché local: talon d’Achille de la filière
Cependant, les acquis glanés grâce à une demande favorable à l’offre marocaine et un coaching efficient de l’Etat, sont altérés par les mauvaises performances des industries tournées vers le marché local. Ces dernières souffrent de plusieurs concurrences:
- Enseignes "low-cost" aux programmes expansionnistes.
- Contrebande à grande échelle (du nord mais aussi de Guerguarat dans le sud).
- Importations frauduleuses (sous-facturations, dumping à la source, fausses nomenclatures et fausses origines).
- Importation des fins de série d’Europe et des vêtements usagés.
Ces concurrences déloyales provoquent des baisses annuelles de 5% dans l’industrie servant le marché domestique, au profit des importations illégales.
Les destructions d’emplois causées par cette baisse continuelle d’activité sont en train d’annihiler les gains engrangés dans le secteur exportateur. Elles sont estimées à 20.000 postes par an, depuis 2010.
Ces chiffres avancés par l’association textile sont corroborés par une étude du HCP qui confirme la baisse d’activité dans cette industrie: l’indice de production mesuré en 2016 correspond à 95 par rapport à l’année de référence 2010 (Indice 100). Cet indice traduit le ralentissement global du secteur, malgré les bons chiffres de l’export.
Les pouvoirs publics en général et la douane en particulier, commencent à prendre conscience des dégâts d’une ouverture tous azimuts et peu maîtrisée des frontières. Des mesures de contrôle plus sévères sont en train d’être mises en place par les autorités compétentes, afin d’assainir l’offre textile dans le marché national.
À découvrir
à lire aussi
Article : En sept mois de 5G, IAM avance des résultats très probants
Lancée en novembre 2025, la 5G produit ses premiers effets mesurables chez Maroc Telecom. Les résultats semestriels de l'opérateur font état d'une consommation de data mobile en hausse et de nouveaux usages qui s'installent, chez les particuliers comme dans les entreprises.
Article : L'État devient le premier client du secteur bancaire
En quelques années, l'État et sa sphère élargie sont devenus le premier client des banques marocaines, par les bons du Trésor mais aussi par une série d'autres mécanismes de mieux en mieux rodés. Bank Al-Maghrib reconnaît un effet d'éviction, tout en le jugeant modéré. Mais son calcul repose sur un périmètre étroit.
Article : Tournée du RNI dans le Sud : trois meetings en un jour et une riposte au PAM signée Akhannouch
Aziz Akhannouch a clairement repris la main dans la campagne électorale du RNI en prévision des législatives de septembre. À Tan Tan, Laayoune et Dakhla, il défend la présence du parti dans des régions à fort enjeu politique et pas seulement électoral.
Article : Législatives 2026 : lecture de la première annonce des têtes de liste de l’Istiqlal
À moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre, le Parti de l'Istiqlal a dévoilé une première vague de ses têtes de liste locales. Cette sélection, qui couvre une grande partie du territoire, traduit un équilibre entre continuité et renouvellement : le parti reconduit plusieurs figures expérimentées tout en faisant émerger de nouveaux profils.
Article : Rapport Banque Mondiale: des fragilités bien réelles sous les bons chiffres
La croissance a atteint 4,9% en 2025 et le pays est passé en catégorie investissement. Le rapport de la Banque mondiale dresse toutefois un tableau plus nuancé : un marché du travail que la refonte statistique du HCP montre bien plus fragile qu'on ne le pensait et une transformation numérique inachevée.
Article : PAM : 90 têtes de liste et une inconnue nommée Lekjaâ (liste)
Réuni le samedi 25 juillet à Salé, le conseil national du PAM a dévoilé ses têtes de liste dans 90 des 92 circonscriptions locales. Mais c'est une case restée vide qui a focalisé l'attention : celle de Berkane, où se présenterait Fouzi Lekjaâ, entré au bureau politique du parti sans que personne ne sache encore quel rôle il compte y jouer. Derrière ce ralliement et celui de Yanja Khattat, une liste qui confirme les ambitions du parti..