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Entretien: “Pourquoi la télésurveillance est devenue indispensable à la sécurité publique”

EXCLUSIF. L’installation croissante de caméras de surveillance dans le monde facilite les missions de maintien de l’ordre public des forces de police dans les agglomérations urbaines. Le chef d’état-major du corps urbain des gardiens de la paix de Casablanca explique à Médias24 qu’il est essentiel de généraliser leur utilisation au Maroc, pour mieux gérer les menaces urbaines et l'explosion du parc automobile qui impacte la fluidité du trafic routier.

Entretien: “Pourquoi la télésurveillance est devenue indispensable à la sécurité publique”
Samir El Ouardighi
Le 19 novembre 2017 à 0h00 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Médias24 : Que vont changer les nouvelles caméras dans vos services à Casablanca ?

Colonel Abdelouahed Lhmamouchi : Aujourd’hui, la sécurité est assurée par les ressources humaines de la DGSN mais de plus en plus par les outils technologiques, car toutes les polices du monde ont opté pour ce que l’on appelle la télé-protection ou la télésurveillance.

-C’est le cas de l’Angleterre dont la capitale détient le record mondial en termes d’équipement de vidéo surveillance.

-Londres est un exemple qui doit nous inspirer. Certains assimilent le contrôle policier par caméra à une atteinte aux libertés individuelles alors qu’il entre dans notre rôle de gestion de l’espace public.

La première étape de notre mission est de gérer en temps réel le trafic routier dans l’ensemble de l’agglomération urbaine. La transmission des images à notre poste de commandement nous donne une idée précise de la situation sur le terrain. Elle nous aide à résoudre les problèmes (bouchons, accidents …) en transmettant des ordres d’intervention aux agents de police qui se trouvent à proximité. Cela nous facilite donc grandement la gestion globale de la circulation.

-L’explosion du nombre de véhicules ne vous aide pas...

-Evidemment car on ne peut pas élargir à l’infini les voies de passage des véhicules même celles qui ont subi des modifications (tunnel …), sachant que le parc automobile a triplé en dix ans. Nous sommes passés de 500.000 véhicules immatriculés à 1,5 voire 2 millions avec la population flottante et ceci, uniquement à Casablanca.

Pour gérer autant de véhicules nous donnons la priorité à certains axes urbains par rapport à d’autres, ceux à grande affluence qui sont encombrés.

Notre 2ème mission est de résoudre l’obstruction des voies de passage comme par exemple les embouteillages dus aux stationnements en double file, ou les accrochages sur la voie publique. Les informations des caméras permettent de prévenir l’agglutination des véhicules et d’être plus réactifs pour intervenir rapidement et fluidifier la circulation.

-Qu’en est-il du traitement de la criminalité dans l’espace public?

-L’outil de télésurveillance occupe un rôle de plus en plus prépondérant pour nos agents d'intervention, en cas d'atteinte à la quiétude des citoyens pouvant se manifester sous forme d’agressions (vols …), de vandalisme (vitrines …), ou d’attroupements nuisibles à l’ordre public.

Pour les problèmes de trafic routier, ce sont les agents de la circulation qui interviennent. Mais quand il s’agit d’actes criminels, le PC dépêche le plus rapidement possible des groupes spécialisés motocyclistes.

La réactivité est un élément clé pour limiter les dégâts, quand il y a atteinte aux biens ou aux personnes.

-Comment procédez-vous?

-Après avoir localisé l’incident, nous envoyons l'équipe motorisée la plus proche du lieu, et nous lui communiquons les images des agresseurs ou des vandales recueillies grâce aux caméras. Nous diffusons également ces photos à toutes les patrouilles de police pour interpeller le suspect.

         -Hormis le trafic routier et la criminalité, quelle autre tâche est dévolue à vos caméras?

-Elles sont très utiles pour la gestion des foules, lors de grandes compétitions sportives. Quand il y a, par exemple, un match de football, il faut savoir que la rencontre ou la confrontation des deux camps de supporters démarre avant son coup d’envoi, sur le chemin qui mène au stade.

A la sortie du stade, c’est pire car nous devons gérer la circulation automobile et les masses de supporters qui peuvent la gêner.

En dehors de ces compétitions, les caméras sont utiles pour gérer certains problèmes qui peuvent se poser quand il y a des manifestations ou même des grèves. Au final, on peut dire que sans caméras, on perd 70% du temps d’intervention nécessaire pour aider les citoyens. Cette technologie est donc devenue essentielle pour accomplir correctement notre mission de maintien de l’ordre.

         -Et pour vous décharger aussi de certaines tâches traditionnelles?

-A terme certainement. Le dispositif permettra à la DGSN de retirer certains agents de la voie publique car les caméras pourront bientôt s’occuper de sanctionner automatiquement certains comportements délictueux. Elles pourront, par exemple, reconnaître et procéder toutes seules à certaines constatations (feu rouge brûlé …) pour envoyer les amendes aux contrevenants.

Hormis le fait qu’elles permettront de libérer des agents de leur tâche traditionnelle pour qu’ils s’occupent d’autre chose, cette technologie diminue le nombre de réclamations, car les contrevenants se plaignent toujours d’erreurs de l’agent humain mais jamais de la machine.

        -On parle de 780 caméras à Casablanca mais, pour l’instant, seules 210 sont quasi-fonctionnelles...

-Dans un ou deux ans, nous pensons arriver à un chiffre de 500 caméras qui arroseront toute la ville mais pour le reste, il faudra attendre que les marchés d’acquisition soient lancés et bouclés par les autorités de la ville et la SDL.

Nous pourrons parvenir à un chiffre beaucoup plus important quand nous intégrerons dans notre système les images des banques, des commerces, des tramways… Même si leur champ de vision est limité, ce sera une valeur ajoutée importante.

        -Pensez-vous que les villes du Maroc doivent prendre exemple sur Londres?

-A titre personnel et en tant qu’expert de la sécurité publique, je trouve que c’est une bonne idée. Mais, cette décision ne m’appartient pas parce qu’elle doit se faire sur la base d’un consensus de toutes les autorités (nationale, régionale, municipale …).

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Samir El Ouardighi
Le 19 novembre 2017 à 0h00

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