Discours du Trône: “pas de responsabilité sans reddition des comptes”
C’était probablement le discours du Trône le plus attendu. Le Roi a prononcé un discours de la vérité. Il a recadré l’administration ainsi qu’une partie des élus, ceux qui sont mus par l’opportunisme. Il a annoncé que le Maroc entre dans une nouvelle étape, celle de la reddition des comptes pour tous ceux qui assument une responsabilité publique.
Le Roi a prononcé un discours ferme. Le ton grave et déterminé, il a dit les choses. Des termes essentiels ont été prononcés: les droits des citoyens, le populisme et l’opportunisme d’une partie des élus dans les régions, l’irresponsabilité, le laxisme. Il a qualifié le comportement d’un responsable qui ne mènerait pas sa mission, de “trahison“.
Le Roi est entré tout de suite dans le vif du sujet. Le Maroc vit un paradoxe. D’un côté, une image internationale forte, des investissements de la part des plus grandes compagnies. De l’autre, des régions et des populations qui subissent des déficits sociaux inacceptables. “Nous sommes sous le choc“, lorsque nous voyons certaines situations a-t-il dit.
Les programmes sociaux et de développement humain sont en deça de nos ambitions, a déclaré le Souverain.
De même, “dans le secteur public, je constate une faiblesse dans la gouvernance et un rendement insuffisant“. Il a stigmatisé les maux du “secteur public dont l’absentéisme, l’irresponsabilité; les centres régionaux d’investissement qui deviennent des obstacles à l’investissement; il a invité les responsables locaux, dans toutes les régions, à travailler davantage et mieux, à l’instar du secteur privé.
“Les choix de développement du Maroc sont globalement bons. Ce sont les mentalités qui posent problème“, a ajouté le Roi. Les mentalités sont souvent en retard par rapport aux progrès réalisés par le Maroc. Tout le monde essaie de tirer la couverture à soi et lorsque cela se passe mal, “on se cache derrière le palais royal“, déplore-t-il.
L’administration est au service des citoyens. Il faut répondre vite à ses demandes et d’une manière argumentée.
Sinon le citoyen est en droit de s’interroger à quoi cela sert d’avoir un gouvernement et des élus, d’organiser des élections.
“Tout cela pousse les citoyens à se détourner de la politique, conclut le Roi. Je dis: assez!. Soit vous travaillez, soit vous vous retirez, ajoute le Roi. “Cette situation ne peut continuer“, répète-t-il. “Vous devez être au service du citoyen. Il n’y a aucune différence entre les projets quelle que soit leur taille, tous sont au service du citoyen, qu’il s’agisse d’un douar ou d’un projet qui concerne tout le pays. Creuser un puits ou construire un barrage, c’est la même chose, ajoute le Roi, visiblement excédé.
Comment un responsable qui n’assume pas ses responsabilités comme il se doit peut-il regarder ses concitoyens? C’est quelqu’un qui n’a pas de conscience.
Le Roi ajoute qu’il faut appliquer l’article 1er de la Constitution : “(…)Le régime constitutionnel du Royaume est fondé sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs, ainsi que sur la démocratie citoyenne et participative, et les principes de bonne gouvernance et de la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. (…)“.
La loi s’applique à tous a rappelé le Souverain, y compris les responsables qui ont failli.
Nous entamons une nouvelle étape, sans aucune différence entre les responsables et le citoyen, ils rendront des comptes, nous appliquerons la constitution. Lorsqu’un responsable bloque un projet, c’est “une trahison“.
Le Roi cite Al Hoceima, n’évacue pas le sujet. Il recadre une grande partie de l’administration et de la classe politique.
Dans les partis, on se rejette les responsabilités, on se chamaille, quelques partis croient que leur rôle consiste à réunir leur bureau politique, leurs instances, tout en étant absents des problèmes du pays.
“Je n’aurais jamais pensé que les luttes partisanes iraient jusq’à porter atteinte aux intérêts du citoyen“.
Devant ce vide, les forces publiques se sont trouvées en face à face avec la population, à Al Hoceima. Le Roi leur rend hommage. Contrairement à ce qu’on a dit, il n’y a pas eu une approche sécuritaire. Il n’y a pas deux courants dans l’Etat, un dur et un conciliant, c’est faux. Il y en a un seul: appliquer la loi, protéger les citoyens et les biens. C’est ce qu’ont fait les forces de sécurité, c’était leur devoir. Nous devons en être fiers.
Le Roi rappelle qu’il est garant de la séparation des pouvoirs, du respect des institutions et qu’il n’acceptera aucun recul en matière de démocratie. “Celui qui prétend qu’on ne le laisse pas travailler, il n’a qu’à démissionner“, ajoute le Roi, dans une allusion où se reconnaîtront quelques responsables actuels ou passés.
Le Roi insiste sur ce point : il n’évoque ni les avancées en Afrique, ni le Sahara. “Ce que nous voulons d’abord, c’est le développement humain, la justice sociale, l’égalité des chances, dans toutes les régions du Maroc“. Et pour cela, il faut une administration et des élus compétents.
Au final, ce qui s’est passé à Al Hoceima aurait pu se passer ailleurs, à cause des querelles partisanes locales qui sacrifient les intérêts des citoyens et à cause d’une administration qui a été irresponsable. Le Roi ne dit pas si les résultats des audits qu’il a ordonnés vont faire tomber des têtes. Mais cela paraît évident.
Ci-dessous, la vidéo intégrale du discours relayé en live par Médias24.
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