Al Hoceima: heurts entre manifestants et forces de l'ordre
Nuit très agitée à Al Hoceima et dans ses environs. Dans une ville quadrillée, la marche interdite n’a pu avoir lieu mais des groupes, comptant entre jusqu'à quelques centaines, voire 2.000 à 3.000 protestataires, majoritairement jeunes, ont néanmoins manifesté sporadiquement dans plusieurs quartiers et ruelles. Un jeune se trouvait dans le coma et devait être évacué par hélicoptère vers Rabat.
Les photos du jeune atteint à la tête circulent sur les réseaux. Il s’agit selon des sources non officielles, de Imad El Attaby. Admis à l’hôpital local, il était selon des sources locales dans le coma. Peu avant l’aube, des membres de sa famille présents sur les lieux ont démenti son décès, affirmant qu’il était dans le coma et qu’une évacuation héliportée était imminente.
Différentes sources sur les réseaux sociaux affirment qu'il a été atteint d'une grenade lacrymogène. Selon des confrères qui ont circulé dans la ville et ses environs une partie de la nuit, il y avait des groupes de jeunes très violents qui caillassaient sans distinction. L'un des ces journalistes a reçu une grosse pierre dans le ventre. Il s'est d'ailleurs rendu aux urgences au milieu de la nuit où il a constaté la présence de nombreux "policiers en sang".
Les autorités locales ont de leur côté diffusé le communiqué suivant:
“ Une personne se trouvant dans un état comateux et portant une blessure au niveau de la tête due, selon les premières données, à des jets de pierres, a été transférée, jeudi soir, dans des circonstances indéterminées à l'hôpital Mohammed V à Al Hoceima pour recevoir les soins nécessaires.
“La personne sera évacuée par un hélicoptère du ministère de la Santé à un hôpital de Rabat.
“Une enquête a été ouverte par les autorités sécuritaires sous la supervision du parquet compétent pour identifier cette personne et élucider les circonstances de cet incident“.
Le bilan officiel
Un élément de la Gendarmerie royale et un autre de la Sûreté Nationale se trouvant dans un état grave ont été évacués de l'hôpital Mohammed V d'Al Hoceima où ils recevaient les soins nécessaires, vers un hôpital de Rabat, indique-t-on auprès des autorités locales de la province d’Al Hoceima, citées par l’agence MAP.
Les deux éléments ont été blessés jeudi, au niveau de la tête des suites de jets de pierres lancées par certains manifestants, selon la même source.
72 éléments des forces publiques ont été blessés de degrés plus au moins graves “suite à leur provocation et à des jets de pierres lancées par certains individus encagoulé“s, et onze personnes parmi les manifestants ont été également blessées suite à l'usage du gaz lacrymogène, indique, jeudi soir, un communiqué de la préfecture de la province d'Al Hoceima.
La même source précise que suite à la décision rendue le 17 juillet 2017 par la préfecture de la province de ne pas autoriser l'organisation d'une manifestation le jeudi 20 courant dans la ville d'Al Hoceima, “un groupe de 300 à 400 personnes, défiant cette décision d'interdiction, a tenté d'organiser une marche dans la province, au cours de laquelle certains éléments encagoulés ont procédé à la provocation des forces publiques et au jet de pierres sur ces éléments, ce qui a causé la blessure de 72 membres de ces forces de degrés plus au moins graves . Onze personnes parmi les manifestants ont été également blessées suite à l'usage du gaz lacrymogène et qui ont été transférées à l'hôpital pour recevoir les soins nécessaires.
De même source on ajoute que tous les blessés ont quitté l'hôpital à l'exception des deux éléments des forces publiques dont l'état de santé est jugé grave et qui ont été évacués vers Rabat.
D'autre part, deux véhicules des forces publiques ont été endommagés et incendiés par certains manifestants à Ajdir, note le communiqué.
Les forces de l’ordre ont fait plusieurs fois usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, selon les témoignages sur place.
Le récit de l’AFP
Peu avant 17h00, les manifestants ont commencé à se regrouper dans plusieurs points de la ville, mais les forces de l'ordre, déployées en nombre, intervenaient systématiquement pour charger les manifestants et disperser tout rassemblement, donnant lieu à des face-à-face tendus entre les deux parties.
"Vive le Rif, vive Zefzafi!", criaient des centaines de manifestants.
Ils sont parvenus à défiler par moments dans le quartier de Sidi Abed et près de la place centrale de la ville, mais étaient rapidement réprimés par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le président pour Al-Hoceïma de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), Mustapha Allach, a déploré d'"importantes entraves aux libertés".
"Depuis le début de la contestation, la ville n'a jamais été autant en état de siège", a-t-il indiqué à l'AFP, faisant état de "nombreuses arrestations de manifestants".
La connexion internet a été largement ralentie, par moments interrompue, et le réseau téléphonique perturbé dans toute la ville.
En début d'après-midi, la police avait commencé à quadriller les principales places de la ville, y interdisant tout accès, alors que la quasi-totalité des commerces étaient fermés.
Prévue de longue date, cette manifestation annoncée comme la "marche du million" visait à l'origine à dénoncer la marginalisation de la région.
Mais avec l'arrestation en mai de Nasser Zefzafi et de plus de 150 de ses partisans, accusés d'"atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat", la principale revendication est devenue leur libération.
Les autorités marocaines avaient interdit lundi cette marche, prévenant que "toutes les mesures nécessaires" avaient été prises pour appliquer cette décision.
Mercredi, les personnes arrivant à Al-Hoceïma étaient contrôlées et interrogées par les forces de l'ordre, selon de nombreux témoins sur place.
Jeudi, nombre de partisans du "Hirak" qui voulaient se rendre à Al-Hoceïma depuis les localités voisines ont été empêchés par les autorités d'y accéder, selon des témoignages recueillis par l'AFP.
Depuis la mort fin octobre 2017 d'un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures, la province d'Al-Hoceïma a été le théâtre de nombreuses manifestations pour exiger le développement de cette région que ses habitants jugent marginalisée.
La relance par l'Etat d'un vaste plan d'investissements et de chantiers d'infrastructures n'a pas suffi à désamorcer la colère.
Le mois de mai a été marqué par un durcissement des autorités, avec l'arrestation des principales figures du mouvement.
Sous la pression, les manifestations ont cessé début juillet et la tension était retombée d'un cran avec le retrait des policiers de lieux publics emblématiques de la ville.
Ci-dessous, reportage photos AIC Press
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