Youssef Zaghba, l'assaillant italo-marocain de Londres qui rêvait d'aller en Syrie
[AFP]- Radicalisé via internet, Youssef Zaghba, un Italo-Marocain de 22 ans co-auteur de l'attentat qui a fait 7 morts, samedi 3 juin à Londres, avait été repéré l'an dernier par les services italiens alors qu'il tentait de se rendre en Syrie.
Né à Fès d'un père marocain et d'une mère italienne convertie à l'islam, il a grandi au Maroc, où il avait entamé des études d'informatique.
Revenue vivre en Italie, sa mère Valeria s'était installée il y a 18 mois à Fagnano, une localité de quelques centaines d'habitants près de Bologne (centre-nord).
Portant le voile selon des voisins, elle était propriétaire d'un appartement au rez-de-chaussée d'un pavillon de deux étages situé en pleine verdure. Sa petite rue a été envahie de journalistes, mardi 6 juin, mais personne ne répondait à la sonnette.
Youssef Zaghba n'a pour sa part "fait que passer" dans la région, explique à l'AFP Daniele Ruscigno, maire de l'agglomération de communes englobant Fagnano. De 2004 à 2016, il a été inscrit au registre des Italiens résidents au Maroc.
Mais son passage en Italie a été remarqué: en mars 2016, il s'est présenté à l'aéroport de Bologne avec seulement un petit sac à dos et un aller simple pour la Turquie.
Soupçonnant un départ vers la Syrie, les policiers ont contacté sa mère, qui le croyait parti à Rome et leur a demandé de ne pas le laisser embarquer.
"Il m'avait montré des vidéos sur la Syrie. Il ne m'a jamais dit qu'il voulait aller s'y battre. Pour lui, la Syrie, c'était un endroit où l'on pouvait vivre un islam pur. Il le racontait selon son imagination, comme internet le lui avait transmis", a-t-elle raconté au magazine italien L'Espresso.
"A l'agent qui l'a contrôlé, il a dit qu'il voulait devenir terroriste. Puis il s'est rétracté", a expliqué Giuseppe Amato, procureur de Bologne, sur Radio 24.
Radicalisé sur internet
Son téléphone et un ordinateur ont été saisis mais lui ont été rapidement restitués. "Selon le tribunal, il n'y avait pas assez d'éléments", a ajouté le procureur, regrettant qu'il n'ait pas été possible d'examiner l'intégralité de la mémoire des appareils.
Le jeune homme partageait alors son temps entre le Maroc et Londres, où les services italiens l'ont signalé "comme possible suspect", a assuré M. Amato.
"Il y a un partage complet d'information" avec les autorités britanniques, a déclaré une porte-parole de la police italienne à l'AFP, même si à Londres, Scotland Yard affirme que Youssef Zaghba n'était pas dans le radar des autorités.
"En un an et demi, il est venu dix jours en Italie et il a toujours été suivi (par la police). Nous avons fait tout ce qui était possible. Il n'y avait pas d'éléments prouvant qu'il soit un terroriste", a expliqué le procureur.
Les parents du jeune homme ont aussi essayé: "Nous avons toujours contrôlé ses amis et vérifié qu'il ne se fie pas aux mauvaises personnes. Mais il avait internet et de là tout arrive", s'est désolée sa mère dans les colonnes de L'Espresso.
"C'est une dame très bien, très discrète", a raconté à l'AFP son voisin septuagénaire. "Quand j'ai appris cette histoire, je suis tombé des nues".
Valeria n'aimait pas le quartier de l'est de Londres où son fils s'était installé et travaillait dans un restaurant pour l'été: il y a "fréquenté les mauvaises personnes". Elle devait pourtant l'y rejoindre pour fêter avec lui la fin du ramadan.
Ils en avaient parlé jeudi lors de son dernier appel. Samedi soir, Youssef Zaghba et deux autres hommes ont percuté des piétons à bord d'une camionnette et attaqué des passants au couteau, faisant sept morts et une cinquantaine de blessés, avant d'être abattus par la police.
Mardi matin, sa mère a reçu la visite des policiers dont elle avait fait la connaissance lors de l'incident de Bologne, et ce sont eux qui luit ont fait part de sa mort.
"Je me rends compte que demander pardon ne veut rien dire", a expliqué Valeria. Mais "je promets de consacrer ma vie à faire en sorte que cela n'arrive plus (...), en enseignant le véritable islam aux gens, en cherchant à convaincre les familles de remplir le vide qui peut affecter leurs fils".
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