Emploi: les lacunes des formations et les profils recherchés dans 4 secteurs porteurs
A l’horizon 2020, quatre secteurs porteurs au Maroc, auront du mal à trouver tous les profils recherchés, notamment en raison des lacunes des formations: tourisme, automobile, agroalimentaire et aéronautique. Voic les conclusions d'études réalisées dans le cadre du programme "Career Center" de l’Usaid (l’Agence américaine pour le développement international).
La principale conclusion de ces études est qu'au Maroc, les secteurs de l’automobile, du tourisme, de l’aéronautique, et de l’agroalimentaire, en pleine expansion, manquent cruellement de personnel correctement formé.
Pour pouvoir absorber la demande actuelle et mieux répondre au développement de ces secteurs, le renforcement des compétences reste l’élément fondamental.
Trouver les candidats adéquats, une difficulté croissante
Les quatre secteurs mentionnés plus haut prennent de plus en plus de poids dans le pays, mais déjà aujourd'hui, les employeurs ont "beaucoup de mal à trouver des candidats ayant toutes les compétences requises (en particulier celles relevant du savoir-être)", comme le met en évidence l'un de ces rapports.
Les candidats potentiels sortent d’une poignée d’établissements d’enseignement et de formation. Toutefois, ces derniers "ne produisent pas encore de diplômés armés des compétences nécessaires pour pouvoir devenir des travailleurs de talent".
Trouver des personnes ayant l’expérience nécessaire pour pouvoir superviser des activités à grande échelle représente aussi un des plus grands obstacles rencontrés par les recruteurs.
Les besoins sont ressentis à tous les niveaux, pas seulement dans les emplois de première embauche, mais aussi pour les postes de cadres intermédiaires et supérieurs.
Automobile: des constructeurs qui scrutent le Royaume
De nouveaux constructeurs et des industriels ont l’intention d’implanter des usines d’assemblage automobile au Maroc, rappellent les auteurs du rapport.
Cela s’explique en partie par la mise en place de centres d’exportation de libre-échange, comme le port de Tanger Med, et par les conditions fiscales très intéressantes, dont bénéficient les usines et concessions de la zone franche, qui encourage l’investissement.
Dans ce secteur, hors le savoir-être, les compétences recherchées sont la capacité à vivre en société, indiquent les auteurs qui se réfèrent à l’étude Workforce Connections, ainsi que la communication, les aptitudes à la réflexion, la maîtrise de soi et la confiance en soi. Toutes "seraient directement corrélées aux bonnes performances de la main-d’œuvre", expliquent-ils.
Il est à noter que les plus importants constructeurs peinent également à trouver du personnel de direction.
Aéronautique: forte croissance
Au Maroc, l’aéronautique est l’une des filières du secteur manufacturier qui enregistre l’une des plus fortes croissances, notamment avec l'arrivée de constructeurs géants comme Boeing et Bombardier. Selon l’Usaid (Agence américaine pour le développement international), les besoins sont généralement ressentis dans toute la chaîne de valeur du secteur.
Pour accompagner la croissance de ce secteur, le programme Career Center souhaite apporter son aide à la filière "Maintenance, réparation et révision" (MRR) principale et connexe, en formant les jeunes aux compétences recherchées par les entreprises.
Les profils demandés sont les opérateurs de premier niveau, les opérateurs senior, les techniciens A1 et les techniciens B1.
Par ailleurs, la compréhension du français est nécessaire à tous les niveaux d’emploi et l’anglais est requis pour les postes des échelons supérieurs. L'acquisition des langues étrangères est un défi pour les entreprises.
Agroalimentaire à Marrakech: les formations critiquées
"Les ventes issues des produits agricoles de Marrakech devraient doubler entre 2010 et 2020. Ces pévisions feront augmenter le nombre de jours de travail, de 899.939 à 2,3 millions (…), ce qui implique un besoin urgent d’opérateurs, de techniciens, de vendeurs, logisticiens et bien d’autres métiers spécialisés", note le rapport dédié à ce domaine.
Le secteur de l'agroalimentaire souffre de plusieurs lacunes relatives à la formation des jeunes. La première concerne la qualification de la main d’œuvre.
"La majorité des travailleurs dans la filière de la transformation des produits alimentaires (…) ne possède qu’une formation technique de base (…). L’absence de compétences affecte la capacité des entreprises à respecter les normes internationales de qualité et à obtenir les certifications nécessaires et pourtant essentielles", ajoute le rapport. La filière exporte 90% de sa production, c’est donc un facteur décisif.
Les programmes de formation et d’éducation sont également critiqués. "Le caractère saisonnier du secteur demande de recourir aux travailleuses temporaires ou saisonnières qui n’ont pas nécessairement les connaissances ou les compétences recherchées par la filière", souligne le rapport.
Par ailleurs, "au cours des entretiens, les entreprises ont indiqué que les opérateurs recrutés par l’OFPPT sont mal formés, il faut en général leur faire suivre une nouvelle formation avant qu’ils ne puissent intégrer la chaîne de production."
La diversification des filières à plus forte valeur ajoutée ou des sous-secteurs très spécialisés comme la production d’aliments biologiques, d’herbes médicinales et aromatiques et d’huiles essentielles est également recommandée.
Tourisme: les hôtels familiaux ne forment pas leur personnel à Marrakech
Marrakech compte de nombreuses grandes chaînes hôtelières d’envergure internationale, qui disposent de ressources adéquates pour dispenser des formations en interne à certains employés qui n’ont pas les compétences de bases. L’embauche de personnel hautement qualifié est plus compliqué car les compétences qui font le plus souvent défaut sont: le leadership, la gestion du temps, et le savoir-être ou soft skills (capacité à communiquer).
En revanche, les entreprises familiales de l’hôtellerie et les services informels ont tendance à exiger moins de compétences spécialisées de leur personnel car leurs cibles ont moins d’attentes sur la qualité des services proposés. Une personne interrogée dans le cadre de l’enquête a estimé qu’entre 80 et 90% des hôtels gérés par une famille n’investissaient jamais dans la formation de leur personnel.
En outre, si une agence de voyage affiche un manque de professionnalisme, cela affectera directement sa capacité à proposer des services de qualité et à accompagner les touristes d’affaires dans les sorties de groupe ou d’entreprises ("team building", "incentives", etc.).
Chez les guides touristiques, le plus grand problème est le manque d’expérience ou de certification officielle. Les répondants ont indiqué que les formations proposées par l’OFPPT (Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail) ou les programmes éducatifs n’ont pas suffisamment de fonds pour proposer des formations en milieu professionnel.
Le personnel des hôtels quatre et cinq étoiles ont pour leur part tous obtenu au minimum une certification technique auprès de l’OFPPT ou d’un autre programme de formation, tandis que le personnel de niveau supérieur, comme les directeurs ont obtenu au minium un master en hôtellerie, en marketing, ou en commerce, et ont une grande expérience professionnelle.
Pour les hôtels trois étoiles, les répondants ont décrit le personnel comme ayant un mélange d’expérience et de diplômes ou de certifications, les employés de rang inférieur tels que les réceptionnistes, les serveurs ou les préposés au ménage n’ont pas nécessairement de certification technique, mais ils ont de l’expérience.
Pour les voyagistes, les professionnels de l’événementiel et les guides touristiques, les entretiens ont permis de révéler qu’il est très important d’avoir une expérience du monde des affaires. Les compétences acquises dans les affaires, autant sur le plan technique (informatique et marketing), ainsi que les liens tissés, sont des compétences essentielles pour la filière.
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