COP22: Comment sauver les oasis marocaines menacées par la désertification?
MARRAKECH. Une conférence de la COP22 a planché sur les écosystèmes des oasis du Drâa menacés par l’élévation de la température, qui met en danger leur survie.
Comment intégrer les traditions locales et la coopération pour arrêter la désertification qui impacte une partie des provinces du sud? Une question soulevée lors de la première journée de la COP22 dans la zone verte (société civile, ONG ...) par l’association «Leila» qui opère dans la vallée du Drâa où se trouvent six oasis touchées par les aléas climatiques.
Interrogés par Médias24, les intervenants s’inquiètent de la disparition possible, à terme, de ces ilôts de vie, du fait de l’impact du réchauffement climatique sur la disponibilité des ressources hydriques.
Selon eux, les conséquences du stress hydrique entraînent la diminution des rendements de la production agricole (arbres fruitiers, maraîchers), la réduction de la superficie et du rendement des dattiers et un exil des populations locales.
«A Mhamid, dernière oasis du Drâa, nous assistons à une dégradation progressive de l’état de santé des palmiers-dattiers, qui sont le pivot de l’agriculture et de l’élevage dans le désert. Même s’ils consomment très peu d’eau, ce sont devenus des piquets sans vie, or sans l’ombre qu’ils procurent à leur environnement, les arbres fruitiers et les cultures maraîchères sont condamnés à mourir».
Sans véritable aide publique, les acteurs associatifs réclament une solidarité territoriale pour la distribution et le stockage d’eau durant les périodes de sécheresse, qui ne cessent de se multiplier.
Le manque croissant d’eau entraîne l’avancée du sable et la sécheresse, qui conduit souvent les populations locales ou nomades à déserter pour s’installer dans les grandes villes du Maroc.
«Nous plantons un maximum d’arbres Taramisk, pour constituer une barrière verte contre l’ensablement des palmiers qui se meurent, mais également des habitations des populations souvent fragiles. Cette ceinture et l’édification de murs en dur sont des solutions locales, qui donnent de bons résultats pour lutter contre les tempêtes, mais ce n'est pas suffisant. L’avancée du sable détruit ou endommage tout sur son passage, y compris les kasbahs et ksour qui contribuent à l’attractivité touristique des oasis».
Hormis la réduction du périmètre irrigué ou arrosé par les très rares pluies, nos interlocuteurs pointent aussi du doigt la pollution engendrée par l’apparition du tourisme depuis les années 90.
«La principale source de revenus de la vallée du Drâa est le tourisme, mais malheureusement, il participe à la baisse de la nappe phréatique et à la pollution environnementale. Comme si la pénurie d’eau n’était pas assez grave, certains hôteliers n’hésitent pas à creuser très profondément pour capter l’eau des puits souterrains et alimenter leur piscine au détriment des populations locales, des agriculteurs et des éleveurs».
L’association qui a créé le festival de musique "Joundour Sahara" pour fixer les populations locales et encourager le "tourisme propre" lance un appel aux acteurs nationaux (Plan Maroc Vert, Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier) pour mobiliser les eaux de surface à travers la construction de barrages collinaires et des retenues d’eau pour l’alimentation de la nappe phréatique.
Ayant perdu 2/3 de ses oasis en un siècle, le Maroc présentera, lors de la COP22, un plan d'action pour la sauvegarde planétaire des écosystèmes oasiens, dans une proposition baptisée «Oasis durable».
Rappelons qu’après avoir chuté de 15 à 4,8 millions en trente ans, le nombre de palmiers dattiers marocains est remonté à 6,6 millions d’unités, avec un objectif de 8 millions en 2020 et que le Maroc consacre une enveloppe de 95 MDH (2015-2019) pour lutter contre le réchauffement climatique dans les espaces oasiens.
Les acteurs attendent beaucoup des experts de la COP22, car les initiatives locales et nationales ne sauraient suffire pour sauver les palmiers dattiers, qui constituent «l’épine dorsale» des écosystèmes oasiens.
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