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Rentrée scolaire: le gouvernement ne veut recruter des enseignants que sous contrat

Dans plusieurs villes du pays, telles que Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès, des enseignants ainsi que des familles ont essayé de protester ce week-end contre la mauvaise gestion de la rentrée scolaire. Le gouvernement affirme vouloir sauver l’année scolaire.

Rentrée scolaire: le gouvernement ne veut recruter des enseignants que sous contrat
R. B.
Le 17 octobre 2016 à 13h17 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Les problèmes liés à l’actuelle rentrée scolaire sont multiples. La ou les causes importeraient peu, s’il ne s’agissait de l’avenir des enfants marocains et de celui de l’école publique.

Le ministère de l’Education nationale a indéniablement mal fait ses prévisions de besoins en enseignants. Et le gouvernement dans son ensemble, y compris son chef, ont mal géré le dossier des enseignants stagiaires tout au long de l’année 2015-2016.

La rentrée scolaire, censée se dérouler en septembre, a été perturbée par l’Aïd Al Adha, puis par la campagne électorale. Selon nos sources, des partis ont recruté des élèves, dans les petites villes et en zones rurales pour des opérations de distribution de tracts, rémunérées jusqu’à 150 ou 200 DH par jour.

La vraie rentrée, sur tout le Maroc a eu lieu à compter du lundi 10 octobre. Et là, il y a eu un effet de ciseaux entre d’une part le sous-effectif en nombre d’enseignants (selon nos estimations, de source sûre, de 9.000 à 10.000 enseignants en moins) et d’autre part la grève larvée des enseignants stagiaires (9.800 selon nos estimations) provoquée par la non réception de leurs indemnités complémentaires.

Résultat: des classes surchargées et une inquiétude des familles.

Il a fallu que le Roi donne l’ordre de recruter autant d’enseignants que nécessaire pour que le gouvernement réagisse.

Au cours de la semaine écoulée, le ministre Benmokhtar a reçu à deux reprises les syndicats de l’enseignement: il leur a annoncé un plan d’urgence pour sauver la rentrée et l’année scolaires. “Ce plan prévoit à court terme, le recrutement d’au moins 7.000 enseignants“, selon Youssef Allakouche, secrétaire général de la Fédération autonome de l’enseignement, affiliée à l’UGTM.

Les propos du ministre, cité par M. Allakouche, confirment les informations de Médias24, ainsi que les craintes des enseignants. Les 7.000 enseignants (ou plus) seront recrutés en CDD pour deux ans. Au bout de cette période, s’ils réussissent le CAPES (certification d’aptitude au professorat), ils passeront à la formule CDI. Ils bénéficieront alors des mêmes avantages que les fonctionnaires… sans être intégrés à la fonction publique.

L’astuce en effet consiste à passer les recrutements par les AREF, académies régionales de formation. Celles-ci ont un statut d’établissement public et de ce fait, ont le droit de gérer les recrutements et de recruter par contrat.

Les syndicats ont fait part au ministre de leurs réserves ou de leur refus (selon le syndicat) de cette formule, car “l’enseignant a besoin de stabilité“. Le ministre a estimé qu’il n’y a pas de contradiction et que la stabilité est garantie dès lors que l’enseignant a la capacité d’enseigner, en passant son CAPES.

Précision: “les enseignants seront recrutés par concours, oral et écrit, dans la transparence et l’égalité des chances“, selon les propos du ministre, cités par M. Allakouche.

Inquiétudes, manifestations: l'enseignement va de mal en pis

Dans les domaines stratégiques comme l’enseignement, le gouvernement a une obligation de résultats, pas de moyens. Or, le résultat est toujours incertain, pour ne pas dire préoccupant.

L’inquiétude des parents et celle des futurs enseignants a conduit à des appels à manifester. Dimanche après-midi, ils étaient 1.500 à 2.000 personnes sur la grande place Houphouet Boigny à Casablanca, selon les organisateurs (photos).

Rentrée scolaire: le gouvernement ne veut recruter des enseignants que sous contrat

Selon Mohamed Samadi, porte-parole de la coordination des enseignants formés dans le cadre du “programme national des 10.000 cadres“, il y avait des enseignants venus de toutes les régions du Maroc, ainsi que des familles solidaires. Il avoue que la manifestation n’a pas fait l’objet d’une demande d’autorisation, mais estime que l’autorisation n’allait pas être donnée de toutes les manières et que l’événement a été préparé une semaine durant, au vu et au su de tout le monde.

Les revendications? “Il y en avait une seule: l’intégration au sein de la fonction publique“, répond-il.

Les enseignants formés dans le cadre de ce programme affirment en effet refuser l’option du CDD proposée par le ministère.

Le programme de 10.000 cadres formés pour l’enseignement a été lancé fin 2013 pour une durée de 3 ans et un coût de 161 MDH. Il est ouvert aux licenciés qui suivent un programme dit de licence professionnelle de l’éducation et qui perçoivent une bourse de 1.000 DH/mois. A l’époque, le gouvernement avait bien expliqué que ces étudiants allaient être formés pour le secteur privé en priorité, mais qu’ils auraient la possibilité de passer les concours d’intégration au secteur public.

En fait, accuse M. Samadi, “le secteur privé n’a pas respecté ses engagements: les lauréats titulaires de cette licence professionnelle se voient proposer par le privé, des conditions inférieures à celles de la fonction publique. La licence professionnelle n’est pas reconnue“.

La coordination des 10.000 cadres se tourne donc vers l’Etat pour demander une intégration dans la fonction publique.

Lundi après-midi, la coordination des “10.000 cadres“ tient une assemblée générale pour élaborer un plan de protestations.

Au cours de la manifestation non autorisée du dimanche 16 octobre, “25 à 30 manifestants ont été violemment blessés par les forces de l’ordre“, à en croire M. Samadi. Dans un communiqué cité par la MAP, la wilaya de la région Casablanca-Settat indique que les forces de l’ordre ont interdit cette manifestation non autorisée, en application des lois et règles en vigueur et dans le souci des autorités publiques de préserver la sécurité publique et de ne pas attenter aux intérêts des citoyens ou encore entraver la circulation sur la voie publique et exposer les biens d’autrui au danger.
Lors de cette manifestation, “8 cas d’évanouissement simulés parmi les manifestants ont été enregistrés, précise la même source, notant qu’ils ont été tous évacués à l’hôpital Moulay Youssef, qu’ils ont aussitôt quitté, après s’être assuré qu’ils étaient sains et saufs“.

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R. B.
Le 17 octobre 2016 à 13h17

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