img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité

Un ouvrage turc sur les islamistes et l'économie

L'auteur propose une analyse des partis islamistes et de leur migration vers le libéralisme économique. Au Maroc, cette évolution est illustrée par le PJD, dont les positions idéologiques ont changé sur de grandes questions, notamment la démocratisation et le rôle de l'islam en politique.

Un ouvrage turc sur les islamistes et l'économie
Jules Crétois
Le 14 octobre 2016 à 10h57 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Le chercheur turc Kadir Yildirim publie ce mois d'octobre 2016 un ouvrage, "Muslim Democratic Parties in the Middle East: Economy and Politics of Islamist Moderation", (Indiana Series in Middle East Studies, non traduit).

Dans cet ouvrage, où il suit les trajectoires d'islamistes marocains, turcs et égyptiens, il retrace le processus d'adhésion des islamistes au libre-échange, contre le libéralisme "de copinage" et montre comment ce libéralisme économique a participé à faire évoluer les islamistes sur le plan politique.

Médias24: Que signifie l'expression "Pathway from the Peripheries" que vous utilisez pour parler du parcours des islamistes marocains?

Kadir Yildirim: C'est une référence à un parcours. Les partis islamistes et leurs bases sociales sont longtemps restés aux marges, à la périphérie des structures économiques de leurs pays. Avec l'introduction d'une économie libérale compétitive, les islamistes ont lentement commencé à migrer vers le centre.

- Si les partis islamistes sont favorables au libéralisme, alors pourquoi a-t-on l'impression qu'ils sont en froid avec le monde des affaires?

-Tous les islamistes ne sont pas en faveur du libéralisme. Je soutiens qu'il y a deux sortes d'islamistes non violents et que seuls ceux que j'appelle les "démocrates musulmans" (parmi lesquels le PJD, ndlr) sont favorables à un système économique relativement libéral. En cela, en vérité, ils favorisent le monde des affaires, mais plutôt les petites et moyennes entreprises.

- On dit que les islamistes ont peu de savoir-faire économique. Diriez-vous que cela est vrai?

-Les islamistes ont relativement peu d'expérience de la gouvernance réelle. De par le monde, de nombreux partis islamistes ne sont pas autorisés à gagner les élections et assumer des rôles du gouvernement.

D'autres partis islamistes ne peuvent pas vraiment gouverner, même quand ils gagnent les élections. Seule une minorité a été en mesure d'assumer un rôle gouvernemental. De même, ce rôle d'opposant éternel a conduit certains partis à élaborer des politiques qui peuvent être comme "divorcées" de la réalité. Leurs prétentions politiques visent à répondre aux demandes des groupes marginalisés, mais manquent généralement de faisabilité.

Dans l'ensemble, il n'est pas faux de dire que les islamistes ont peu de connaissance de l'économie, mais il faut garder à l'esprit le fait qu'ils ont peu d'opportunités pour éprouver leurs propositions.

- Pourquoi les islamistes marocains ont-ils opté pour le libéralisme économique?

-Ce que je soutiens dans mon livre, c'est que tous les islamistes n'ont pas opté pour le libéralisme économique. Les islamistes du PJD sont l'exemple typique de ceux qui ont embrassé l'économie libérale. La raison pour laquelle le PJD a adopté une vision économique libérale a à voir avec les premières politiques de libéralisation économique au Maroc, dont ont bénéficié une large partie des militants et bases islamistes.

Les avantages économiques tirés de cette libéralisation les ont poussés à préférer les politiques économiques et sociales libérales. Je soutiens d'ailleurs que ce changement a poussé le parti à changer aussi ses positions idéologiques sur d'autres questions majeures, telles que la démocratisation, le rôle de l'islam en politique...
 

Un ouvrage turc sur les islamistes et l'économie

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Jules Crétois
Le 14 octobre 2016 à 10h57

à lire aussi

Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume
SOCIETE

Article : Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume

Reliant Marrakech à Ouarzazate, le tunnel de l’Ourika figure parmi les projets d’infrastructure les plus stratégiques du Maroc contemporain. Mais malgré les nombreuses relances, aucun calendrier de réalisation clair n’a encore vu le jour, alors que les études de faisabilité restent suspendues au creusement d’une galerie de reconnaissance. Le point sur un chantier à 10 milliards de DH, au croisement d’enjeux techniques, économiques et territoriaux.

Le Maroc en retard sur le Nouveau Modèle de développement, la trajectoire actuelle est insuffisante (BM)
ECONOMIE

Article : Le Maroc en retard sur le Nouveau Modèle de développement, la trajectoire actuelle est insuffisante (BM)

Cinq ans après le lancement du Nouveau Modèle de développement (NMD), le Maroc avance, mais pas encore au rythme requis. Les réformes engagées améliorent la trajectoire, sans suffire à atteindre les objectifs fixés pour 2035. Pour rattraper cette échéance, le pays doit combiner des marchés plus efficaces, des entreprises plus dynamiques et un investissement public mieux ciblé. Il doit aussi mieux intégrer les femmes et les jeunes au marché du travail.

Un droit de réponse de Setrat à Médias24
Quoi de neuf

Article : Un droit de réponse de Setrat à Médias24

À la suite de notre article du 2 avril 2026 sur le redressement judiciaire de Setrat, la société nous a adressé un droit de réponse que nous publions ci-dessous.

Élection CGEM. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri dévoilent leur programme avant l'AG élective du 14 mai 2026
ECONOMIE

Article : Élection CGEM. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri dévoilent leur programme avant l'AG élective du 14 mai 2026

À quelques jours de l'assemblée générale élective, les deux candidats à la présidence et à la vice-présidence générale de la CGEM ont présenté un programme articulé autour de l'environnement des affaires, de la souveraineté productive, de l'innovation, du rayonnement international et des synergies internes. Ils portent l'ambition de faire passer la Confédération d'un rôle de plaidoyer à celui de la réalisation et de l'impact.

Coupe du monde 2026. Soufiane Benjdida, un sacré candidat
Football

Article : Coupe du monde 2026. Soufiane Benjdida, un sacré candidat

Meilleur buteur de la Botola Pro, l’attaquant du Maghreb Association Sportive de Fès est impliqué dans plus de la moitié des réalisations de son équipe. Grâce à un ratio qui frise le but par match, l’attaquant met toutes les chances de son côté afin de participer au Mondial 2026. D’autant que ses concurrents ne sont pas dans la forme de leur vie.

Élections 2026 : la FGD et le PSU feront front commun
Elections 2026

Article : Élections 2026 : la FGD et le PSU feront front commun

Réunis séparément le dimanche 10 mai à Casablanca et à Mohammédia, les deux conseils nationaux ont validé des candidatures communes et une répartition des circonscriptions, quatre ans après les divisions de 2021.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité