Tariq Sijilmassi: « Si nous n’aidons pas les agriculteurs cette année, ils ne s’en sortiront pas »

Dans cet entretien, le président du directoire du Crédit agricole du Maroc nous livre son regard sur les besoins de l’agriculture marocaine et les investissements qu’elle requiert, le changement climatique et son impact… 

Tariq Sijilmassi: « Si nous n’aidons pas les agriculteurs cette année, ils ne s’en sortiront pas »

Le 6 octobre 2016 à 17h03

Modifié 6 octobre 2016 à 17h03

Dans cet entretien, le président du directoire du Crédit agricole du Maroc nous livre son regard sur les besoins de l’agriculture marocaine et les investissements qu’elle requiert, le changement climatique et son impact… 

– Médias 24: Comment préparez-vous la prochaine campagne et quelle évaluation faites vous de la précédente?  

-Tariq Sijilmassi: Pour moi, la réponse est très claire. Si nous avions eu une année pareille il y a dix ans, c'est-à-dire avant le plan Maroc Vert, nous aurions vécu une catastrophe. Mais nous l’avons eue après Maroc Vert et les effets ont été atténués.  

D’une part, parce que la superficie emblavée a diminué au profit d’autres cultures avec un renforcement de la chaîne de valeur ajoutée et d’autre part, grâce à la mise à l’honneur de l’arboriculture et des cultures maraîchères.

Le Crédit agricole a joué le jeu en accompagnant les agriculteurs et va également les accompagner fermement pour la nouvelle campagne. Les vrais enjeux sont là.

Pour les agriculteurs, les difficultés se sont situées au niveau de la réalisation du potentiel de l’année, pour la campagne à venir, elles se situeront au niveau de la capacité de planter à nouveau. C’est essentiel. Notre philosophie est simple: si nous n’aidons pas les agriculteurs cette année, la probabilité pour qu’ils s’en sortent est de zéro. Alors que si nous les aidons fermement, nous leur donnons une chance de traverser cette mauvaise passe.

Ainsi, plusieurs partenaires ont travaillé de pair. Je cite le ministère de l’Agriculture et le plan Maroc Vert, qui ont transformé le secteur en le rendant plus résilient et en diminuant ses zones de faiblesse; le Crédit agricole, qui a su insuffler au moment opportun, les fonds nécessaires pour l’achat d’orge, des aliments de bétail et le soutien des petits agriculteurs et qui va injecter la saison prochaine suffisamment de fonds pour que la saison se déroule normalement. La Mamda qui a déboursé un milliard de DH en indemnisation et qui a déjà fait souscrire presqu'un million d’hectares pour l’année à venir. Tout cela fait que cette année est passée sans problème et qu’on est prêt pour l’année prochaine.

Il reste à terminer ce que le plan Maroc Vert a prévu: la transformation, la connexion entre l’amont et l’aval agricole, le renforcement des chaînes de valeur ajoutée agricole…

-Parlons du changement climatique, dont les effets ont été palpables cette année sur certaines cultures comme les rosacées. Qu’est-ce qui a été fait pour contrer les changements climatiques?

– Atténuer les risques climatiques n’est pas la vocation d’une banque, mais trouver des solutions qui permettent de contrecarrer les effets néfastes climatiques l’est, par contre.

A ce niveau, je vais commencer par les évidences, notamment la collaboration entre Crédit agricole et la Mamda MCMA.  Cette dernière est notre partenaire privilégié pour l’assurance agricole.

Le volet investissement en équipements est tout autant important. En matière de froid par exemple, des investissements peuvent être consentis pour répondre à des problématiques particulières. Malheureusement, par manque de prévoyance, de formation… ces investissements demeurent très rares.

Je vais vous donner  deux exemples.  Le premier est celui de la gelée et de son impact sur l’arboriculture. Une gelée qui peut durer quelques heures sur quelques nuits dans l’année peut compromettre toute la récolte.

Pourtant, il existe des systèmes de chaufferie qui peuvent être installés dans les champs et qui au moment d’une alerte de gel soufflent de l’air chaud qui permet de maintenir la température au niveau de 1 ou deux degrés au dessus de zéro. Ce système suffit à protéger l’arbre dans la mesure où au  Maroc, la gelée est rare et quand elle survient, elle n’est pas très forte dans la mesure où la température ne descend pas en deçà de -15 degrés.

– Est-ce que ce type d’investissement est coûteux?

– Oui et c’est pour cela que les gens le font peu. Et quand ils le font, parfois les moteurs sont mal entretenus ou il n’y a pas de mazout… alors que si l’agriculteur veut protéger son champ de la gelée, il doit pouvoir  démarrer dans les minutes mêmes où le besoin se présente.

Outre l’investissement, l’agriculteur doit faire l’effort d’entretenir l’équipement, le maintenir en état de fonctionnement pendant toute l’année, pour une utilisation qui peut être d’à peine trois ou quatre heures.

C’est toute une philosophie et une manière de réfléchir. Nous encourageons les agriculteurs à y adhérer, mais je ne vous cache pas que ce n’est pas encore très bien ancré dans les mentalités chez nous.

– A part la gelée, la grêle compromet tout autant l’agriculture marocaine. Comment y remédier?

– La grêle est une catastrophe, un réel désastre pour l’agriculteur. Elle est plus sévère que la sécheresse qui peut diminuer le rendement de 20%, 30% ou 50% mais qui le ramène rarement à 0%.

La grêle sur un champ compromet 100% de la récolte en  20 minutes seulement à l’endroit où elle tombe.

Il y a des couloirs de la grêle notamment dans le Moyen-Atlas et qui descendent jusqu’à la région d’Errachidia. La probabilité qu’il y ait de la grêle dans ces endroits est donc assez élevée.

Heureusement, en tant qu’événement aléatoire, la grêle ne se produit pas chaque année. Mais quand on est situé dans le couloir des grêles, la probabilité est plus forte. Il peut y également y avoir de la grêle en dehors de ces couloirs, la probabilité est faible et je peux comprendre qu’un agriculteur établi dans des endroits pareils ne s’équipe pas. Mais je ne le comprends pas pour celui situé en plein couloir.

– En quoi consiste l’équipement contre la grêle?

– Il s’agit de filets anti-grêle à placer au dessus des arbres. C’est la meilleure méthode de protection qui évite que des boules de glace ne viennent toucher les fruits. Ces filets sont également assez coûteux et nous constatons que là encore, très peu d’agriculteurs y investissent, malgré nos encouragements.

C’est vous dire que les techniques existent dans quasiment tous les cas. Le problème est que c’est assez coûteux et que les gens ne comparent pas le coût de cet investissement avec les dévastations que leur absence peut causer.

La question est de se dire: va-t-on jouer à la loterie et faire ses paris ou se décider à investir pour éviter tout risque?.

– Lors du sommet de l’initiative AAA, organisé les 29 et 30 septembre à Marrakech, un tableau noir a été brossé en matière de l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques. Quelle est concrètement la position du Maroc, par rapport aux autres pays africains?

– Elle est très en avance. Le Maroc est pionnier en Afrique et même à l’échelle mondiale sur beaucoup de sujets dans ce domaine. Cela grâce au plan Maroc Vert, aux efforts pour les énergies renouvelables, du développement durable…

– Quelles sont les problématiques propres au Maroc?

– Le Maroc est un pays où il y a tous les types de géographie: montagnes, plaines, oasis, zones désertiques…

Cela fait de lui un vrai laboratoire à l’échelle mondiale des problèmes de la climatologie. Très peu de pays ont cette particularité: le Chili, le Mexique et l’Afrique du Sud.

Nous avons des problèmes de désertification, si on va vers le sud, mais des expériences réussies y ont été accomplies. Ce qui se fait à Dakhla en matière de culture sous serre de la tomate cerise est un exemple édifiant.

Ce qui se fait au niveau des piémonts en termes de reconversion de la céréaliculture vers l’arboriculture et qui est également financé par le Crédit agricole présente aussi un cas d’adaptation réussi.

Ce qui se fasse au niveau d’Errachidia pour la création d’une véritable zone de palmiers-dattiers là où il y avait du sable avant, à Marrakech avec les produits maraîchers (melon), dans le Souss, avec l’organisation de la filière arganière ou celle du figuier de barbarie … Ce sont tous des dossiers que j’ai suivis de près. 

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