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Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?

Un mois après l’entrée en vigueur de la loi interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sachets en plastique, ses effets sont visibles au quotidien. Les esprits commencent à s’adapter, mais les grossistes restent dans le flou. 

Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?
Mohammed Berrahou
Le 1 août 2016 à 17h03 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Cela fait 30 jours que le sac en plastique est censé avoir disparu des commerces au Maroc. Depuis le 1er juillet 2016, la loi 77-15 interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation et l’utilisation des sachets en plastique s’applique dans les commerces de biens, de denrées et de services.

Un mois plus tard, beaucoup de choses ont changé, à commencer par les commerçants et les grossistes:

1.       A Derb Milan, les grossistes sont mécontents

La loi est pleine de bonnes intentions, mais ses répercussions d’un point de vue économique ne sont pas à négliger. Au quartier Derb Milan à Casablanca, les magasins spécialisées dans la vente en gros de sacs en plastique se disent en situation alarmante. En cause:

-Les alternatives sont rares: Pour remplacer les sacs en plastique, le papier et le carton se présentent comme les meilleures alternatives. Cependant, leur disponibilité est limitée d’après les grossistes du quartier. "Nous nous déplaçons aux usines pour nous approvisionner en papier et carton, mais la quantité que nous trouvons est toujours insuffisante", nous explique un des grossistes au cours de notre reportage (vidéo ci-dessous).

-Les alternatives sont chères: habitués aux prix bas des sacs en plastique, les grossistes digèrent mal le prix du papier. "Le prix du sachet en plastique revenait moitié moins cher que celui en papier. On nous dit que c’est beaucoup trop cher. Les gens sont à la recherche d’une alternative à la portée de toutes les bourses. Nous n’arrivons plus à vendre".

-Les alternatives ne sont pas rentables: Autre point qui dérange les grossistes, la rentabilité dégagée. Les alternatives sont chères et on est obligé de réduire considérablement sa marge de bénéfice. «Si nous essayons de dégager la même rentabilité qu'avec les sacs en plastique, nous ne vendrons plus un seul sac».

-Les alternatives sont lourdes: Le papier et le carton sont beaucoup plus lourds que le plastique. Ils prennent ainsi rapidement toute la place de la boutique. «Dans ma boutique, avant, avec le plastique, j’arrivais à stocker à peu près 5.000 DH de marchandises. Aujourd’hui, avec le papier et le carton, je n’arrive pas à dépasser 1.000 DH», s’indigne un des grossistes.

Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?

 

Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?

Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?

 

2-Les sacs en plastique, toujours présents sur le marché

Sur le plan juridique, la loi est entrée en vigueur, et il faut dire qu’elle porte déjà ses fruits. Néanmoins, une bonne partie du marché ne respecte pas encore l’interdiction.

"C’est un peu l’anarchie dans le secteur. Les sacs en plastique circulent toujours sur le marché. Nous n’avons pas de chiffres, car il est encore trop tôt pour réaliser une étude, mais nous le ferons probablement au cours du mois de septembre 2016", explique Bouchaib Kasbane, président de l’association marocaine des producteurs de sachets et sacs en plastique, contacté par notre rédaction.

Dans le quartier Derb Milan, quelques boutiques proposent toujours les sacs en plastique.

Certains, parce qu’ils n’ont pas écoulé tous leurs stocks. «J’ai en ma possession un stock qui vaut beaucoup d’argent pour moi. Aussitôt que je l'aurais écoulé, je passerai au papier". D’autres sont prêts à aller contre la loi pour protéger leur gagne-pain. "Il n'y a pas mieux que le plastique. Les affaires tournent toujours avec le plastique, contrairement au papier et au carton. C’est bien de penser à l’environnement, mais c’est mon gagne-pain qui est en jeu. Je ne peux pas m’en passer pour le moment".

Outre les grossistes, les épiceries et les commerces résistent aussi au changement. Les sachets en plastique continuent à être utilisés. "Les sachets en papier sont chers, peu disponibles sur le marché, mais surtout pas pratiques. Pour le moment, j’utilise toujours les sachets en plastique, mais à l’avenir, je demanderai à mes clients de se munir de couffins pour les courses", indique un commerçant basé au quartier Mâarif à Casabalanca.

3-Le prix du plastique a plus que doublé

Depuis le 1er juillet, la demande en plastique dépasse nettement l’offre. Le prix s’en trouve logiquement plus élevé. «Le prix des sachets en plastique a fortement augmenté. Il a été multiplié par deux, voire par trois, il y a quelques jours», fait savoir un des commerçants.

4-"50.000 emplois détruits"

Selon Aziz El Youdi, membre de la coordination nationale des professionnels du secteur du plastique, ce sont 50.000 postes d’emploi de perdus à travers l’application de la loi 77-15. «Les usines de fabrication des sachets en plastique sont à l’arrêt. Le nombre d’emplois détruits est estimé à 50.000».

5-Les professionnels envisagent des protestations

Toujours selon M. El Youdi, les professionnels du secteur envisagent de lancer une série de manifestations pour protester contre l’application de la loi. La première protestation du 28 juillet a viré à l’échec. «Le 28 juillet, le ministère nous a fermé ses portes et les autorités nous ont bloqués. Nous n’allons pas nous arrêter là. D’autres manifestations sont prévues».

Un mois après l’interdiction des sachets en plastique, quel bilan?

 

6-86 entreprises en reconversion

Suite à l’adoption de la loi 77-15, 86 entreprises ont exprimé leur volonté pour la reconversion ou la mise en conformité de leur activité. Ces entreprises ont exprimé leur adhésion au programme de reconversion, suite à l’appel à manifestation d’intérêt lancé au mois de mai 2016.

C’est l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (Maroc PME) qui accompagne cette dynamique de reconversion. L’Agence contractualise avec l’entreprise éligible en apportant une prime à l’investissement de 50%, avec un plafond de 10 millions de DH.

Il est à noter que les entreprises doivent satisfaire aux conditions de transparence et justifier la réalisation d’au moins 30% du chiffre d’affaires ou d’au moins 15 MDH sur l’exercice 2014-2015 dans la fabrication des sacs en matières plastique concernés par l’interdiction objet de la loi. 

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Mohammed Berrahou
Le 1 août 2016 à 17h03

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