Après la polémique, Hakima El Haité affaiblie dans son rôle de “championne du climat”
Il est difficile de savoir ce que Hakima El Haite apporte à la défense de l’environnement au Maroc ou à la COP22. Car la ministre travaille dans une discrétion qui frise le secret. Par contre, il est facile de savoir ce qu’elle n’apporte pas.
Beaucoup d’experts en communication et d’observateurs de la vie politique pensent que la polémique autour de la récente importation de déchets RDF italiens s’est également amplifiée à cause du faible capital image de la ministre El Haite et de sa réactivité insuffisante. En d’autres termes, “elle ne réagit pas à temps, elle communique mal et elle n’est pas crédible“.
La ministre donnera ce lundi 11 juillet une conférence de presse pour s’expliquer. Une quinzaine de jours après le démarrage de l’affaire soulevée par une association de défense de l’environnement à El Jadida.
Une importation légale qui cristallise les passions par manque d’explications
Précisons cependant que les accusations de scandale écologique dont elle est tenue responsable sont infondées, car l’utilisation des déchets de type RDF (Refuse Derived Fuel) n’est pas propre au Maroc.
L’incinération à 1.450° des 2.500 tonnes de plastiques et de pneumatiques dans les fours équipés de filtres du cimentier est en effet en principe contrôlée par des appareils de mesure des émissions atmosphériques
Cette opération n’est non seulement pas la première du genre au Maroc, mais de plus, le donneur d’ordre Lafarge, dont les fours fonctionnent aux normes internationales, ne peut pas prendre le risque d’importer des déchets dont l’incinération est interdite par la loi marocaine.
A la décharge de la ministre, la réglementation stricte en la matière permet d’éviter l’importation de substances nocives, grâce à des tests préalables en laboratoire au départ et à l’arrivée de la cargaison.
Hakima El Haité a déclaré que ce test ouvre la voie à la création d’une filière de recyclage des déchets non toxiques, mais que le déchargement et l'’incinération des 2.500 tonnes n’auraient lieu qu’après la publication des résultats d’analyse des déchets commandés à trois laboratoires indépendants.
La vraie question que soulève la polémique relayée par la presse nationale, mais aussi étrangère, est le manque de communication proactive de la ministre en charge de la gestion et de l’élimination des déchets.
Un silence radio qui jette la confusion sur l’action de la ministre
Se pensant protégée par les dispositions de la loi 28-00 et de la convention de Bâle relative aux mouvements transfrontiers des déchets dont la Maroc est signataire, El Haité n’a pas cru bon d’expliquer dès le début de la polémique le processus de validation des déchets avant leur incinération.
Après la révélation de l’affaire qui a déclenché la fureur des internautes sur les réseaux sociaux, le communiqué de son département n’a pas permis de rassurer l’opinion publique.
Pour rappel, il énonçait que «cette importation est conforme à la loi et s’est faite avec l’association professionnelle des cimentiers (APC), en vertu d’une convention qui fixe les mesures et conditions d’importation de ce type de déchets et leur utilisation comme combustibles dérivés dans les fours des cimenteries équipés de filtres et d’appareils de mesure des émissions atmosphériques».
Ce communiqué n’ayant manifestement pas suffi à répondre aux interrogations des Marocains qui estiment que “le Maroc n’a pas vocation à devenir la poubelle de l’Europe“, El Haité a décidé d’organiser une conférence de presse lundi 11 juillet.
Malgré cette séance programmée d’explications tardives, il apparaît que le manque de réactivité de la ministre remet en cause ses capacités de championne climatique pour la COP22, qui se tiendra à Marrakech.
Face à ce genre de crise, c’est en effet à sa capacité de réaction et à sa crédibilité qu’on juge l’action d’un politique. Conspuée sur les réseaux sociaux, Hakima El Haité est devenue le symbole d’un personnel politique qui fait fi de l’indignation de son opinion publique, en adoptant un silence quasi-dédaigneux.
Le rôle d’un politique est de vendre les idées, les projets, les solutions; de convaincre l’opinion, pas de l’ignorer. Il ne suffit pas d’avoir raison, à supposer que cela soit le cas. Il faut convaincre. Ainsi fonctionne la démocratie.
Très active sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter, où elle met en scène ses interventions à l'étranger consacrées à l’organisation future de la COP22, elle ne pourra pas plaider la surprise face à ses détracteurs.
Pour une ministre qui prétend travailler 22 heures par jour, la moindre des choses aurait été d’accorder une petite partie de son précieux temps pour rassurer ses concitoyens et électeurs.
Hakima El Haite peut-elle être la championne marocaine du climat? Peut-elle porter les valeurs de la COP22? Le doute s’est installé. A elle de nous convaincre.
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