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Qui est L'Haj Hmed, le médecin qui a publié une vidéo pour dénoncer l'agression de son ami dé-jeûneur ?

Révolté, un médecin au CHU de Rabat a publié une vidéo, devenue virale en quelques heures, sur les réseaux sociaux, pour dénoncer l'agression de son ami diabétique, qui a rompu le jeûne en public. Les détails.

Qui est L'Haj Hmed, le médecin qui a publié une vidéo pour dénoncer l'agression de son ami dé-jeûneur ?
Youssef Ziraoui & Mehdi Jaouhari
Le 27 juin 2016 à 16h36 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38
Il est 15 heures ce vendredi 24 juin 2016, quand Ahmed Farissi, médecin externe au CHU de Rabat, reçoit un appel téléphonique d'un ami.
Le jeune homme au bout du fil, un étudiant, vient de se faire agresser par deux individus lui reprochant d'avoir rompu le jeûne dans un lieu public. Ne faisant ni une ni deux, Ahmed lui conseille de se rendre à l'hôpital et quitte son domicile pour le rejoindre, comme il le confie à Médias24.
Là, il rencontre son ami blessé à l'arcade sourcilière et le guide vers un médecin interne.
Son ami lui explique qu'il a senti venir une hypoglycémie et qu'il a alors décidé de s'isoler. C'est alors qu'il s'est caché derrière un arbre, à l'abri des regards, pour manger un morceau de chocolat et s'hydrater. "Là, deux hommes sont arrivés et l'ont apostrophé violemment, lui reprochant de ne pas jeûner, le traitant de kafir (mécréant, ndlr), avant de le frapper à plusieurs reprises", décrit le médecin.
Le jeune homme parvient à se débarrasser de ses agresseurs, mais ne sort pas indemne de cette altercation.
Résultat: cinq points de suture et une grosse frayeur. "Mais hamdoullah, il va bien maintenant", rassure Ahmed. Passablement énervé, le médecin r'bati demande à son ami de se joindre à lui pour publier une vidéo afin de dénoncer l'agression qu'il vient de subir. Mais ce dernier décline l'invitation.
Ahmed, habitué à publier des vidéos sur sa Fanpage Facebook L'Haj Hmed qui compte plus de 5.000 fans, se lance dans un exercice qu'il affectionne, lui qui a l'habitude de publier tantôt un slam, tantôt ses commentaires sur l'actualité, et enregistre une vidéo qu'il diffuse sur le réseau social.
"J'étais révolté, je devais faire quelque chose. On ne peut pas ne pas prendre parti contre ce genre d'injustice!", nous confie Ahmed, citant Jean-Jacques Rousseau et Al Ghazali pour étayer son propos.
Dans la vidéo de 7 minutes qui a depuis sa publication totalisé près de 90.000 vues et plus de 700 partages, le médecin du CHU Avicenne de la capitale, blouse de toubib immaculée, lunettes de vue, barbe taillée, le tout filmé devant une pancarte signalétique indiquant l'entrée des urgences, appelle à l'abrogation de l'article 222 du Code pénal.
Celui-ci punit d'un à six mois de prison assortis d'une amende de 200 à 500 DH toute personne qui, "notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant la période de jeûne du ramadan, sans motif admis par cette religion".
En darija, français et en arabe classique dans le texte, le médecin démonte l'article 222, versets coraniques et hadiths à l'appui, consacrant les libertés individuelles et le respect de la diversité. "Je ne vois pas comment un dé-jeûneur, qui rompt le jeûne en public, va ébranler la foi d'un musulman. Le jeûne concerne uniquement l'individu et son créateur. Ne jouez pas la carte de l’athéisme en m'accusant d’être athée, je suis musulman et je tiens à clamer la raison."
A ceux qui objecteraient qu'il faut respecter la loi, Ahmed anticipe : "Je vous rappelle que l'apartheid en Afrique du sud était également légal. La loi change, elle n'est pas statique." Ahmed, qui estime que la liberté est prioritaire et qu'elle devance la charia, poursuit: "Laissez les gens vivre tranquillement. Vous leur faites haïr la religion. Ne parlez plus au nom de l'islam. C'est une religion de clémence et de tolérance, le Coran est clair..."
 
Durant a dernière minute de la vidéo, Ahmed appelle son auditoire à dépasser les divergence pour ouvrir le débat sur les vraies problématiques de notre pays. "Parmi les forces vives de notre nation, il y a des croyants et des non croyants. Parlons des problèmes réels, parlons de l'éducation, parlons de la santé", lance-t-il, non sans recommander aux "gens qui ne souhaitent pas jeûner d'éviter la provocation". Histoire, peut-être, de ménager la chèvre et le chou.
 
Joint par Médias 24, le jeune homme agressé, encore en état de choc, témoigne : "Ce que j'ai vécu est un véritable lynchage. Je suis diabétique, et donc sujet aux hypoglycémies, et quand cela survient, je suis obligé de manger quelque chose de sucré et de m'hydrater. Vendredi dernier, j'étais près de la mosquée Badr à l'Agdal. Je me suis senti mal, je devais absolument manger quelque chose de sucré. Je me suis mis à l'écart, avec difficulté, car j'arrivais à peine à marcher, sinon je serais rentré chez moi, ou au moins enfermé dans ma voiture. Je connais l'article 222, et je sais aussi que les gens peuvent réagir violemment. J'aurais souhaité m’abriter dans les toilettes d'un café ou quelque chose comme ça, mais tout est fermé pendant ramadan. Je suis donc allé derrière un arbre, et là, j'ai bu de l'eau et mangé un peu de chocolat. A ce moment, j'ai senti une tape dans mon dos, un homme m'a lancé 'tu te prends pour qui pour manger en public", puis, on a commencé à me bousculer. Ils étaient deux, enfin, je crois, car je ne me souviens plus de grand chose vu l'état dans lequel j'étais... Ils m'on roué de coups, insultés. Pendant ce temps-là, je ne disais rien, je comprenais à peine ce qui m'arrivait. Finalement, quelques personnes, une minorité, se sont interposées, ce qui m'a sauvé. Aujourd'hui, j'aimerais bien porter plainte, mais je ne vais pas le faire, je préfère rester anonyme, car je sais ce que je risque....". 
 
 
 

 

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Youssef Ziraoui & Mehdi Jaouhari
Le 27 juin 2016 à 16h36

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