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ECONOMIE

Tourisme: Le bilan en demi-teinte de Lahcen Haddad

A quelques mois de la fin de son mandat, le ministre du Tourisme a présenté les réalisations de son département entre 2012 et 2016. Malgré la résilience de ce secteur lucratif pour l’économie marocaine, le chef du gouvernement n'en a jamais fait une priorité de son action et on se demande s'il y a jamais cru.

Tourisme: Le bilan en demi-teinte de Lahcen Haddad
Samir El Ouardighi
Le 22 juin 2016 à 14h17 | Modifié 22 juin 2016 à 14h17

Lors d’une rencontre tenue mardi 21 juin, Lahcen Haddad a présenté devant la presse et les professionnels du tourisme son bilan à la tête du ministère du Tourisme, durant la période 2012-2016.

Il s’est longuement félicité d’avoir réussi à relever le défi d’avoir limité la baisse de fréquentation touristique malgré une conjoncture régionale et mondiale peu favorable aux pays arabo-musulmans.

Ainsi, le Maroc aura selon lui, gardé un "niveau honorable" sur la scène touristique internationale avec un total de 10,17 millions de visiteurs enregistrés en 2015 contre 9,375 en 2012 (+9%). Le ministre n'a pas cité le chiffre de 2011 qui relativise quelque peu sa performance: 9,342 millions de touristes.

Les arrivées ont donc crû de 828.000 personnes de 2011 à 2015 alors que dans le cadre de la vision 20-20, le Royaume aurait dû accueillir au moins un million d’arrivées supplémentaires par an pour arriver à l'objectif de 20 millions de touristes à l’horizon 2020. On est loin de l'objectif. De plus, une partie de cette hausse est provoquée par les touristes marocains, qui ont réalisé 900.000 nuitées de plus entre 2012 et 2015.

Selon tous les opérateurs interrogés par Médias 24, la désaffection des marchés émetteurs traditionnels (France, Espagne) n’explique pas à elle seule la croissance atone des arrivées, car la Turquie frappée par plusieurs attentats à réussi à maintenir le cap des visiteurs étrangers.

Interrogé par notre rédaction, le ministre a refusé de se prononcer sur un chiffre prévisionnel d’arrivées pour 2020. Il s’est contenté d’expliquer évasivement que les 20 millions de touristes avancés dans le cadre de la vision 2020 étaient compromis par la conjoncture nationale et mondiale. Les professionnels tablent sur un chiffre de 11 à 12 millions maximum dans le cas où le Maroc ne serait pas frappé par un attentat sur son sol ou par un nouveau phénomène d'amalgame (actes de terrorisme commis par un Marocain).

Optimiste, il a déclaré que les marchés français et espagnol (-4% et -5%) feront l’objet de plus de promotion et que plusieurs nouveaux pays seront ciblés pour booster la croissance des arrivées. Haddad prévoit toujours l’arrivée de 200.000 touristes russes et de 100.000 Chinois d’ici 2020.

Selon lui, les taux de croissance annuelle des arrivées entre 2012-2015 de l’Allemagne (+13%), l’Angleterre (+12%), des pays du Golfe (+9%), USA (+8%), Brésil (+19%), l’Inde (+8%), la Chine (+15%) permettent d’espérer un rééquilibrage de ces nouveaux marchés par rapport aux marchés traditionnels.

Hormis les arrivées qui sont le principal indicateur de la santé touristique d’un pays, le nombre de nuitées totales dans les établissements d’hébergement touristique classés ont connu une petite croissance annuelle de 2% lors de la même période (2012-2015) du fait de l’impact des amalgames.

La seule vraie bonne nouvelle de l’exposé du ministre est la forte progression du tourisme national, qui est passé de 4,9 millions de nuitées en 2012 à 5,8 millions en 2015. Haddad pense que ce trend haussier va continuer avec la multiplication par trois d’ici 2020 du nombre de séjours marocains qui passeront de 2,2 millions en 2013 à 5,7 millions de nuitées dans les établissements touristiques classés.

Concernant la capacité d’accueil, le ministre a déclaré que la capacité litière s’enrichira en 2016 de 20.000 lits, ce qui portera la capacité totale additionnelle du Maroc à 250.000 nouveaux lits. Entre 2012 et 2015, la croissance litière a été de 23% soit 42.754 nouveaux lits, dont 21% générés par les maisons d’hôtes, 15% par les résidences hôtelières, 13% par les hôtels 5* et 10% par les hôtels 3*.

La part des investissements directs étrangers touristique dans le total des IDE est passée de 5,2% en 2012 à 4,8% en 2015 (1,680 MMDH en 2012 à 3,390 MMDH en 2014 puis 1,36 MMDH en 2015).

Malgré la volonté affichée d’employer un million de personnes en 2020, le nombre d'emplois directs entre 2012 et 2015 est passé d’à peine 480.000 à 507.000 entre 2012 et 2015 (+5,6%).

Le PIB touristique dans le PIB national est passé de 57 MMDH en 2012 à 62,5 MMDH en 2015 (+9,6%), ce qui correspond à peine à un tiers des 150 MMDH prévus dans le cadre de la vision 2020.

A la question de savoir s’il serait volontaire pour un deuxième mandat de ministre du Tourisme, Lahcen Haddad a déclaré qu’il ne serait pas contre pour parachever les chantiers entrepris.

"Le ministère des Finances ne nous a pas suivis sur la création des agences de développement touristique (ADT), qui devaient remplacer de manière plus efficiente les centres régionaux touristiques (CRT). Si on avait disposé de davantage de ressources financières, nous aurions eu de biens meilleurs résultats mais au final, nous avons quand même tiré notre épingle du jeu".

Un professionnel témoignant sous couvert de l’anonymat explique que la quasi-stagnation de l’activité touristique est due à un manque de promotion et de soutien financier de la destination Maroc.

"Soyons clairs, le ministre a fait ce qu’il a pu, mais le budget alloué à son département et à l’ONMT montre bien que le tourisme n’a jamais été érigé en priorité nationale par le chef du gouvernement", conclut notre source. 

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Samir El Ouardighi
Le 22 juin 2016 à 14h17

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