Papeterie : la nouvelle mesure de sauvegarde dérange les professionnels du secteur
La nouvelle mesure de sauvegarde obtenue par Med Paper, l’unique producteur marocain de papier en rames et en bobines, suscite la colère et l'incompréhension des professionnels de l’imprimerie, ainsi que des importateurs.
"Nous ne cherchons pas à ce que Med Paper s’arrête". Une réplique qui revenait sur toutes les langues, lors d’une rencontre organisée ce 16 juin par des professionnels de l’imprimerie et de l’importation de papiers et de cartons, pour discuter des aléas du maintien de la nouvelle décision du département du Commerce extérieur portant sur la taxation de 25% ad valorem des importations de produits papiers.
BSur ce sujet, les contestations s’élèvent et l’indignation règne. Med Paper, société cotée à la Bourse de Casablanca et unique producteur de papier en bobine et en rame, vient en effet d’obtenir gain de cause: la société s’est vue octroyer une mesure de sauvegarde sous forme de la nouvelle imposition précitée.
A l’origine de cette mesure, l’explosion des importations de papier en bobine et en rame (+283% en 2014 par rapport à 2013, et +6% rien qu’au premier semestre 2015) par les opérateurs locaux. Ceux-ci légitiment leur recours collectif aux importations, au détriment des produits Med Paper, par plusieurs raisons: une qualité supérieure, une meilleure adaptation aux besoins des clients et une livraison dans les temps, entre autres. Des aspects sur lesquels Med Paper accuse des lacunes, selon les opérateurs.
L’entreprise est d'ailleurs, selon les dires des intervenants, souvent sujette à des retours de marchandises ou des réclamations, toujours par rapport à la qualité de ses produits. Saïd Nejjar, président de l'Association professionnelle marocaine des imprimeurs, s’indigne: "Durant 42 ans d’expérience dans ce métier, je n’ai jamais reçu d’agent commercial de la part de Med Paper". Un gage, selon lui, du manque de réactivité de Med paper face à l’évolution du marché.
D'autre part, les opérateurs attirent l’attention sur les éventuels aléas de cette mesure de sauvegarde, qui risque d’affaiblir le secteur dans sa globalité.
Un secteur déjà ébranlé par des restrictions budgétaires généralisées et la forte présence de produits importés très compétitifs. Sur le segment du cahier scolaire, par exemple, les cahiers tunisiens présents sur le marché marocain s’accaparent 35% de la consommation locale. Qui plus est, le cahier tunisien est "techniquement intéressant" et vendu à un prix inférieur à celui du cahier scolaire marocain, vu que les producteurs tunisiens bénéficient d’une subvention sur les importations de papier en bobine et en rame. Le droit d’imposition additionnel ouvrirait ainsi la porte aux produits importés pour envahir le marché marocain.
D'autres professionnels affirment qu’ils sont déjà engagés sur des marchés avec des prix déjà arrêtés sur plusieurs années. Une augmentation du coût de revient, résultant de la nouvelle imposition fiscale, implique ainsi des baisses de marge et même des pertes dans certains cas. Sans oublier un affaiblissement de la compétitivité, surtout pour des opérateurs qui ambitionnent de se développer également sur le marché international.
En outre, les opérateurs s’accordent et estiment que la mesure de sauvegarde ne résoudra pas les problèmes de Med Paper, jugeant que le problème de celle-ci est structurel, car elle ne répond pas à des critères fondamentaux de l’industrie: qualité pointue, besoins importants en énergie, délais de livraison… et une faible compétitivité sur un produit sur lequel le marché international est très fort, surtout que la pâte à papier, ressource primordiale pour Med paper, est à son tour importée.
D’une durée de quatre ans, ladite mesure de sauvegarde est accompagnée d’un calendrier de démantèlement, qui fera passer le droit additionnel de 25% en 2016, à 22,5% en 2017, 20,5% en 2018, 17,5% en 2019 puis 15% en 2020.
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