53% des Marocains se sentent musulmans d'abord, puis citoyens
Pour un peu plus de la moitié des Marocains, le sentiment d’appartenance religieuse l’emporte sur celui d’appartenance citoyenne. Ce sentiment semble commun chez les populations des pays de l'Afrique du Nord. C'est ce qu'avance une étude, qu'il faut lire avec circonspection.
Publiés mardi 10 mai à Tunis, les résultats de l'enquête, réalisée par Sigma conseil (bureau d'études et statistiques opérant dans les pays d'Afrique du Nord) pour l'Observatoire arabe des libertés et des religions, sur la relation que les ressortissants de cinq pays nord africains entretiennent avec la religion, révèlent des constats qui vont susciter de nombreux commentaires.
Musulmans d'abord
A la première question "personnellement, vous sentez que vous êtes plutôt citoyen de votre pays ou (musulman, Arabe, Kabyle...)?" 53,2% des répondants en Tunisie disent se considérer comme Tunisiens avant d’être musulmans. Les citoyens des quatre autres pays sondés, dont le Maroc, se disent en premier lieu musulmans. C’est ainsi le cas de 53,8% des Marocains, 58,5% des Algériens, 63,2% des Libyens et 55,3% des Egyptiens.
A la question: "Pensez-vous que votre identité nationale est plus importante que votre identité religieuse?", la majorité des sondés dans les 5 pays ont répondu par la négative.
Au Maroc, 71% des personnes estiment que l'identité religieuse est plus importante que l'identité nationale, contre 20,5% seulement qui pensent le contraire.
Interrogés sur leur degré de soutien aux apparences religieuses, 83,9% des Marocains soutiennent le voile, tandis que 71,8 rejettent le voile intégral (niqab).
Politique et islam, des contradictions
A l'instar de la majorité des sondés, les Marocains revendiquent la séparation entre les sphères politique et religieuse. Ainsi, 54,8% se disent d'accord pour la laïcité, contre 36% qui n'y sont pas favorables.
Toutefois, le paradoxe est frappant, quand on découvre ce que pensent les Marocains de la charia ou du rôle des imams en politique.
54,9% des Marocains sont pour la charia comme unique source du droit, tandis que 53,6% approuvent l'intervention des imams dans la vie politique.
Interrogés sur l'impact de l'islam sur la politique du pays, 61,7% des Marocains ont déclaré qu'il est positif. A l'opposé, les Tunisiens et les Libyens estiment que l'impact est négatif, avec respectivement 57,6% et 44,3%.
Ce résultat s'explique entre autres par la montée du terrorisme et l'apparition de groupes jihadistes dans ces deux pays depuis 2011.
Notons enfin que l'enquête s'est basée sur un échantillon de 1.000 sondés par pays au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye et en Egypte.
Intitulée "Religion et politique en Afrique du Nord", l'enquête est le fruit d'un partenariat entre Sigma conseil, l'ONG Allemande Konrad Adenauer Stiftung (KAS) et l’Observatoire arabe des religions et des libertés (OARL).
Les résultats de ce sondage doivent être pris avec précaution, voire une grande réserve, pour les raisons suivantes:
-les questions sont biaisées;
-la taille des échantillons est très petite;
-le mot charia n'a pas la même signification pour tout le monde. Il est certain que pour la quasi totalité des citoyens de ces pays, le mot charia ne signifie en aucun cas châtiments corporels et Daech, mais signifie plutôt une grille de valeurs et une source de morale.
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