Le projet de loi sur les “petites bonnes” voté en commission parlementaire
La commission des secteurs sociaux a voté, ce lundi, le projet de loi sur les travailleurs domestiques. L'âge minimal d'exercice est maintenu à 16 ans.
Le projet de loi 19-12 sur les travailleurs domestiques a franchi une nouvelle étape vers son adoption. Contesté de toutes parts, ce texte a été amendé par la Majorité, qui a fixé l'âge minimal à 16 ans. La version initiale de ce projet de loi fixait à 15 ans l'âge plancher d'exercice du travail domestique.
Adil Tchikitou, membre du groupe istiqlalien siégeant à la commission des secteurs sociaux, rapporte à Médias 24 le récit des échanges de ce lundi.
"L'opposition a formulé plusieurs remarques, spécialement contre l'article 6 du projet de loi qui fixe l'âge minimum pour le travail domestique. Nous avons adopté la même position que les associations des droits humains, soit celle de relever l'âge minimal à 18 ans", déclare Adil Tchikitou.
Son intervention lors des débats s'est articulée autour de plusieurs points. "La décision de maintenir l'âge d'exercice des travaux domestiques à 16 ans s'oppose aux dispositions de la Constitution marocaine, qui garantissent la primauté des engagements internationaux sur les lois internes. Les engagements internationaux du Maroc, notamment en ce qui concerne les droits de l'enfant et la déclaration universelle des droits de l'homme, ne sont pas respectés dans ce cas précis", rapporte le parlementaire istiqlalien.
Par ailleurs, la pratique confirme un triste constat. "Il existe de nombreux cas de violences et de viols sur les mineures qui sont employées en tant que petites bonnes. A travers ce projet de loi, le gouvernement se désengage de sa responsabilité de protection de l'enfance contre les abus", estime Adil Tchikitou.
Ce triste constat est confirmé par trois associations de médecins, qui ont joint leurs voix à celle du collectif associatif Insaf, qui milite pour la protection contre l'exploitation des filles mineures. Il s'agit de l'Association casablancaise des pédiatres privés (ACPP), l'Association marocaine des psychiatres d'exercice privé (AMPEP) et l'Observatoire marocain de l'enfant et de l'adolescent des deux rives (OMEADR).
Elles témoignent, dans un communiqué conjoint datant du 10 mars 2016, de la gravité du phénomène. En voici un extrait poignant: "En tant que pédiatres, psychiatres, pédopsychiatres, psychologues, pédagogues, enseignants, travailleurs sociaux, nous avons trop souvent rencontré dans l'exercice de nos métiers des jeunes filles, des adolescentes, des jeunes femmes adultes même, brisées physiquement et/ou psychiquement par une vie de travail en tant que domestiques, commencée trop tôt; jamais choisie, imposée pour diverses raisons. Outre la maltraitance physique (depuis les privations et carences alimentaires, le manque de sommeil, l'absence de repos), les abus sexuels fréquemment constatés (avec des avortements à répétition, parfois dans des conditions inimaginables), nous avons eu à prendre en charge des névroses traumatiques sévères, des dépressions résistantes, des épisodes psychotiques aigus, des conduites addictives, des tentatives de suicide à répétition, chez des jeunes filles ayant perdu l'estime d'elles-mêmes et surtout perdu confiance dans les adultes (leurs parents qui les ont mis entre les mains des familles "exploitatrices"), et pire, dans les institutions supposées les défendre."
Tout porte à croire que le gouvernement se lance seul, contre vent et marrées, pour faire aboutir ce texte.
Le Conseil national des droits de l'homme, le Conseil économique, social et environnemental et l'UNICEF ont émis des avis contraires aux dispositions contenues dans le projet de loi 19-12.
C'est le cas même au sein de la majorité. En effet, Adil Tchikitou constate que "ce projet crée des divisions même au sein du parti au pouvoir. D'ailleurs, certains membres de la commission des secteurs sociaux appartenant au PJD ont préféré s'absenter des travaux pour ne pas avoir à voter contre leur parti."
à lire aussi
Article : Marchés de gros de Casablanca : légère baisse des prix de la viande ovine au 1er juillet 2026
Au 1er juillet 2026, les prix relevés au marché de gros de Casablanca restent globalement stables. La viande ovine recule de 2 DH/kg, s'établissant à 138-140 DH/kg, tandis que la viande bovine enregistre une légère hausse de 1 DH/kg sur son prix minimum, s'affichant désormais entre 85 et 110 DH/kg.
Article : Code de la famille : Ahmed Assid et le cheikh égyptien Mahmoud Amer au cœur d’un vif débat sur l’héritage
Dans un échange tendu, le penseur marocain a plaidé pour une relecture des règles successorales au nom des droits économiques des femmes, tandis que son contradicteur a défendu leur caractère intangible. Une confrontation où il a été question de Constitution, d’ijtihad, de “takfir” et de la place du religieux dans l’État moderne.
Article : Bourse de Casablanca : le second semestre débute par une séance de repli
La Bourse de Casablanca a entamé le second semestre sur une note négative. Au terme de la séance du 1er juillet, le MASI a cédé 0,53% dans un marché peu animé, marqué par un volume d'échanges limité à 82,8 MDH.
Article : Santé : le Maroc lance sa campagne contre les envenimations, après plus de 20.000 piqûres de scorpion en 2025
Organisée jusqu’au 3 juillet à El Kelâa des Sraghna, l’opération cible les zones rurales, les professionnels de santé et les gestes de prévention. En 2025, ces accidents ont causé 27 décès liés aux scorpions et 18 aux serpents, avec Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma parmi les régions les plus exposées.
Article : Le chinois Xingye prend le contrôle total de la mine d'Achmmach et renforce son pari sur l’étain marocain
Après Atlantic Tin, le groupe rachète aux japonais Toyota Tsusho et Nittetsu Mining les 25% restants d’Atlas Tin SAS pour 23,11 millions de dollars. Avec une licence valable jusqu’en 2032 et des ressources estimées à 27,3 millions de tonnes, Achmmach entre dans la dernière ligne droite avant sa mise en chantier.
Article : Centres d’appels : l’espagnol ABAI s’offre les activités EMEA d’Atento et met la main sur un actif stratégique au Maroc
Un nouveau nom espagnol s'installe parmi les centres d’appel au Maroc. En reprenant la plateforme locale d’Atento, ABAI s’inscrit dans une opération internationale qui redessine le BPO hispanophone et confirme le rôle du Royaume dans le nearshore.