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ECONOMIE

“Des emplois doivent disparaitre pour en créer d’autres”

Deux experts, Larbi Jaïdi, professeur universitaire et Jean Pierre Chauffour, économiste principal de la Banque mondiale pour la région MENA, ont partagé leur diagnostic de l’année 2016, ainsi que les moyens de s’en sortir, lors d’une conférence organisée le 28 janvier par la Fondation Attijariwafa bank.

“Des emplois doivent disparaitre pour en créer d’autres”
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Le 1 février 2016 à 15h58 | Modifié 1 février 2016 à 15h58

C’est un secret de polichinelle. L’année démarre difficilement. Le milieu des affaires s’inquiète. Le HCP divise ses prévisions de croissance par deux. La Banque mondiale s’achemine vers une révision à la baisse de ses attentes de croissance, passant de 2,7% à moins de 2%, selon Jean Pierre Chauffour, économiste principal pour le Maroc. Et pour finir, la sécheresse n’est plus qu’une simple appréhension, mais un fait avec lequel il faudra désormais composer.  

Comment saisir les opportunités et lever les obstacles en 2016, compte tenu de toutes ces données ? Deux experts, Larbi Jaïdi, professeur universitaire et Jean Pierre Chauffour, économistes principal de la Banque mondiale au Maroc, ont livré leurs visions des choses.

Quid du PIB non agricole ?

D’abord une bonne nouvelle. Les deux économistes sont unanimes : l’effet de la sécheresse ne sera pas aussi dramatique que par le passé, quand le Maroc cumulait des années de sécheresse.

« Ce qui est inquiétant, c’est l’incapacité du PIB non agricole à tirer l’économie vers le haut. Il évolue à un rythme moins élevé que durant les années 2000», souligne d’emblée M.Jaïdi.  En cause : la baisse de l’investissement public, la récession dans les secteurs du BTP, du tourisme et de la finance…Mais aussi la prédominance des secteurs traditionnels dans la structure des investissements.  

La solution réside dans la révision du modèle économique marocain.  

La logique coût doit être bannie

Le Maroc a un modèle de croissance volatile. D’une année à l’autre, la croissance peut passer de 4,5% à 1,6%.

 «Le moment est venu d’évaluer la soutenabilité du modèle de développement des années 2000. Ce modèle basé sur la demande intérieure et l’investissement public s’essouffle», recommande le chef économiste de la Banque mondiale.

Même son de cloche du côté de Larbi Jaïdi.  «La compétitivité de nos entreprises a toujours été traitée sous l’angle de la réduction des coûts, au détriment de l’amélioration de la productivité».

Or, tous les pays ayant réussi leur rattrapage économique, ont axé leurs efforts sur les gains de productivité. «Les investissements publics ne sont pas, à eux seuls, suffisants, pour effectuer ce rattrapage. A présent, ils doivent être relayés par des gains de productivité», ajoute M. Chauffour.

Le courage de sacrifier certains secteurs

«Il faut que des emplois disparaissent pour que d’autres soient créés. Il faut accepter de fermer des entreprises». Ces propos peuvent être choquants. Mais Jean Pierre Chauffour y croit dur comme fer, en appelant à des transformations structurelles rapides.  

Son argument : les secteurs les plus protégés ne sont pas nécessairement ceux qui génèrent des gains de productivité.

Le cas de Maghreb Steel est cité en exemple par l’économiste de la Banque mondiale. «En voulant sauver cette entreprise, c’est toute une branche qui en a pâti. Le prix de l’intrant pour tous les autres acteurs qui en dépendent les rend non compétitifs sur les marchés extérieurs»,  

Le Maroc reste, selon lui, dans des niches peu génératrices de gains de productivité. «Dans les pays émergents, on voit d’une manière nette que les emplois dans l’agriculture chutent au profit d’autres secteurs. Au Maroc, ils se situent aux alentours de 40%», lance-t-il.

Cette situation empêche le Maroc de s’intégrer dans l’économie internationale et de se positionner sur la chaîne de production de tâches internationales.  

Une politique de change plus flexible

Selon M.Chauffour, le Maroc doit tendre vers un régime de change plus flexible. Cette flexibilité a déjà commencé avec le réaménagement du panier de cotation en avril 2015, mais parait insuffisante aux yeux des experts de la Banque mondiale, qui appellent à un système plus flottant.

Cette position n’est pas partagée par Larbi Jaïdi, qui fait preuve de prudence. «Cette question mérite d’être traitée avec précaution. Il faut éviter de tomber dans la dollarisation de l’économie en Amérique Latine», prévient-il.

Le politique Vs l’économique

2016 sera aussi une année politique. Les élections législatives auront lieu le 7 octobre. «L’Etat ne doit pas rester dans l’expectative. L’année doit être celle de l’action, mais il y a un risque qu’elle soit vécue comme une année blanche. Tout dépendra de la capacité des acteurs politiques de dépasser la logique d’intérêt propre au parti, pour s’inscrire dans une logique d’intérêt collectif», s’inquiète Larbi Jaïdi.

L’efficacité des réformes entamée

«Le grand problème du Maroc, c’est la lenteur des réformes qui y sont engagées, mais surtout le peu d’importance donnée à leur mise en place et leur appropriation par les acteurs concernés», souligne Larbi Jaïdi. Et d’ajouter, «la course effrénée à la réforme n’est jamais suivie d’évaluation de son impact».

-Le cas de la Caisse de compensation en donne l’exemple. «Les premiers pas de la réforme étant faits, le gouvernement a eu le sentiment du devoir accompli. Or, il faut savoir qu’il n’a réalisé que la partie simple de la réforme. Il reste à travailler par exemple sur les aspects fiscalité et structure des prix des produits décompensés».

-La mise en place du Conseil de la concurrence en est un autre. Simple organe consultatif, il n’est pas doté d’un pouvoir réel lui permettant de garantir une concurrence saine et de contrer les ententes illicites.

L’administration publique évaluée

En voilà un sujet qui passionne. La réforme de l’administration publique, de manière à pouvoir évaluer l’efficacité du service public et de la dépense publique s’impose. «Cela passe par la réforme de la loi organique des finances, qui devrait permettre de dégager des indicateurs de performance des services publics», selon M.Jaïdi.

Cela passe aussi par l’éradication de corruption, phénomène extrêmement pesant pour accéder aux marchés publics dans des conditions économiques saines.

Vers une convergence des politiques sectorielles

L’Etat doit être repensé en tant que structure qui dispose d’une vision économique globale. «On ne peut pas gouverner un pays selon des visions sectorielles», explique M.Jaïdi. Il poursuit: «Les réformes ne doivent pas non plus être lancées en fonction des urgences ou du degré d’écoute dont jouit un ministre».

Il prône un Etat fort qui a le recul et le courage nécessaires de réfléchir et de mettre en œuvre des réformes structurelles. «Un Etat qui colmate les brèches ne peut pas s’inscrire dans une logique de croissance long-termiste».

Quid des 9 Mds de DH de la Caisse de compensation ?

La question est de savoir comment utiliser cette manne. «La meilleure façon de faire est d’accélérer les chantiers déjà lancés, au lieu d’en lancer de nouveaux. Cela améliorera la capacité de l’Etat à conduire ses projets à temps», conseille M.Jaïdi.

Là encore, il faudra que l’économique prime sur le politique, pour qu’une telle recommandation puisse être prise en compte.

 

 

 

 


 

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Le 1 février 2016 à 15h58

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