Premiers détails sur le projet industriel Selha Group
Le groupe franco-marocain Selha a conclu le 1er décembre, un accord d’acquisition de 100% de l’unité industrielle d’Alcatel-Lucent Eu. Un important pas de croissance pour cet acteur industriel qui se positionne désormais dans le top 5 français des fournisseurs de services de fabrication électronique (EMS). L'un des quatre sites se développera au Maroc.
Cette opération d’acquisition est accompagnée d’un solide contrat de partenariat avec Alcatel-Lucent, reposant sur une garantie de charge s’étalant sur cinq années, donc des contrats pendant 5 ans.
La reprise des activités du site d’Eu, sous le nouveau nom d’EINEA, permettra à Selha (Société électronique du Haut Anjou) Group d’accélérer sa diversification et son développement. Le nouveau groupe veut se positionner comme “ intégrateur premium sur les secteurs des télécoms, de l’aéronautique, des énergies et des marchés industriels innovants“.
“Selha Group se dote ainsi de compétences stratégiques sur l’activité télécom, avec une expertise clé dans l’introduction de nouveaux produits, la fabrication, l’intégration et les activités de services associées sur ce marché très haut de gamme“, écrit le groupe dans son communiqué.
Le groupe emploie désormais 900 collaborateurs et pèse 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il est implanté sur 4 sites, correspondant à autant de filiales: Selha dans l’Anjou, Einea dans les Seines maritimes, Eu), OB électronique à Casablanca et LCO en Pays de Loire.
L’ensemble est contrôlé par quatre groupes industriels, un français et trois marocains: Buisson, Ouazzani, Fechtali et Kadmiri.
Avec l’intégration d’Einea, Selha Group va désormais former un nouvel ensemble, avec l’ambition de devenir un intégrateur premium sur les marchés de “haute technologie, un véritable projet industriel structuré et cohérent, pour répondre aux challenges de demain“, écrit le groupe. Selha group vise désormais plusieurs secteurs, le médical, le ferroviaire, les télécoms, les énergies renouvelables, l’aéronautique…
“Une première étape, permettant au groupe d’activer des initiatives de diversification complémentaires, a été franchie, avec l’obtention en 2015 de la certification qualité ISO13485 sur le secteur du médical“, explique le groupe.
L’ensemble doit peser à terme 150 à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, taille intermédiaire prisée par les grands donneurs d’ordre.

Salaheddine Kadmiri, l'un des quatre actionnaires du groupe franco-marocain Selha
Salaheddine Kadmiri, l’un des quatre acteurs de cette épopée industrielle, nous explique justement que ce regroupement va être utile pour mutualiser une partie des ressources, pour monter en puissance par l’acquisition de nouvelles expertises et enfin en accédant à la taille d’entreprise intermédiaire, ni PME, ni grande entreprise.
“La force de l’Allemagne, c’est son tissu d’entreprises de taille moyenne, 150 millions à 300 ou 400 millions d’euros de CA. Lorsqu’une entreprise est trop petite, elle ne rassure pas un donneur d’ordre comme Airbus par exemple. Si elle obtient un marché de 50 millions d’euros, il représentera 80% ou 100% de son CA“.
“Le savoir-faire et l’expertise du centre industriel d’Eu dans l’industrialisation de solutions électroniques, l’intégration à forte valeur ajoutée, la mise en œuvre de systèmes de tests va compléter l’offre existante de Selha Group, afin de proposer une offre de services toujours plus étendue“, explique le groupe.
Les dirigeants escomptent d’étendre la base de clients “et d’adresser les besoins industriels avec un savoir-faire déterminant dans l’industrialisation des nouveaux produits, les études de fabricabilité et de testabilité“.
Cette aventure franco-marocaine a débuté à Casablanca, par le rachat de la société OB électronique, par les mêmes actionnaires qui viennent de racheter Einea. Cela s’est fait en 2006.
Pour le groupe Kadmiri, OB permettait d’entrer dans le marché de l’électronique, qui s’est développé avec le plan Emergence. Elle est la seule entreprise qualifiée au Maroc par Airbus.
Elle a sous-traité pour une entreprise française qui travaillait pour Airbus: Selha. Les actionnaires d’OB électronique ont fini par racheter leur client, ce donneur d’ordre qui leur avait ouvert la porte d’Airbus.
Conclue le 1er décembre 2015, l’acquisition d’Alcatel-Lucent Eu s’inscrit donc dans cette logique: une logique de croissance, de diversification des activités et d’élargissement de la base des clients.
“Au moment où Alcatel-Lucent se désengageait de ses activités industrielles, nous étions en recherche d’une opportunité de rachat d’une entreprise pour grandir“, continue Kadmiri. “Ceci dit, Alcatel-Lucent voulait se désengager de ses unités industrielles, tout en conservant un rapport avec elles, notamment en devenant leur partenaire par la suite“, d’où la garantie de charge de 5 ans. OB électronique profitera également du partenariat Alcatel et ouvrira bientôt un nouvel atelier pour réaliser les commandes à venir d’Alcatel.
Kadmiri tient à rendre hommage au top management d’Alcatel-Lucent: “Il y avait des propositions de fonds de pension. Les dirigeants d’Alcatel ont cru en notre projet industriel: avec Selha, nous étions très bons et certifiés dans l’aéronautique, Alcatel-Lucent nous offrait des débouchés en télécoms et en même temps nous voulions nous faire certifier au niveau de l’industrie médicale. Lorsque vous êtes bon dans l’aéronautique, dans les télécoms, le ferroviaire, les énergies, etc., vous justifiez que vous pouvez maîtriser tous les process industriels“, conclut-il.
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