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ECONOMIE

Finance participative: la vulgarisation et la réglementation, principaux freins

Le cabinet de conseil i-performances a organisé le sommet de la finance islamique et participative à Casablanca, ces 10 et 11 décembre. 

Finance participative: la vulgarisation et la réglementation, principaux freins
Sara El Hanafi
Le 11 décembre 2015 à 16h42 | Modifié 11 décembre 2015 à 16h42

Retour sur les principaux enseignements de l’événement.

A travers différentes interventions, les conférenciers ont dressé un panorama étoffé des particularités théoriques de la finance participative, mais également des pratiques des banques et institutions financières islamiques, de la gestion de leur liquidité jusqu’au traitement fiscal des produits qu’elles offrent, à l’instar des banques conventionnelles.  

"L’arrivée des banques islamiques s’est faite par un mimétisme des banques du système déjà en place", a déclaré le Dr Abderrahmane Lahlou, expert-consultant en finance islamique, avant de présenter les différents produits financiers islamiques existants et de rappeler l’historique, les raisons d’être et les piliers de la finance islamique. Le tout est fait dans un effort perpétuel de vulgarisation de la discipline.

C’est justement cette vulgarisation qui demeure encore problématique. L’incompréhension des mécanismes et de l’ingénierie des produits financiers islamiques cause toujours une certaine appréhension vis-à-vis de ceux-ci, surtout auprès d’une clientèle très attentive à l’alignement de ses choix avec sa foi.

Une appréhension que l’unique acteur actuel de finance islamique au Maroc, Dar Assafaa (filiale d’Attijariwafa Bank), connaît très bien. "Parfois, nous sommes obligés de passer des heures avec nos clients pour leur expliquer le fonctionnement et les mécanismes de chaque produit", affirme Youssef Baghdadi, président du directoire de Dar Assafaa.

Une autre appréhension émane, selon Mohamed Kettani, consultant expert en finance, de l’association perpétuelle de la banque avec les intérêts et les agios, ennemis jurés de la finance islamique: "Dans l’inconscient collectif, banque sonne toujours avec intérêt et agios, et je pense qu’il faut parvenir à dissocier les deux", affirme-t-il.

Pour pallier cette appréhension, quelques solutions ont été proposées, notamment celles adoptées par la Banque Zitouna, une banque islamique en Tunisie. Celle-ci avait créé un centre d’appel afin de répondre aux différents questionnements concernant les produits qu’elle offre, un moyen pour optimiser le temps alloué à la clientèle en agence. Banque Zitouna avait également publié des vidéos sur Internet pour expliquer les différentes procédures de ses produits.  

Par ailleurs, les participants n’ont pas manqué de signaler, encore une fois, le grand flou juridique et fiscal qui entoure encore certains produits financiers islamiques, notamment quelques contrats de financement des entreprises comme la Moucharaka. Ce grand flou représente, selon quelques participants, un grand risque pour les banques, qui comptent se lancer dans la commercialisation sur ces produits.

En outre, le manque de jurisprudence religieuse en la matière pose également problème. Combiner les requis religieux et la technicité de l’activité bancaire requiert des compétences et des connaissances dans les deux volets, ce qui n’est pas monnaie courante aujourd’hui.

Dans le cas des banques islamiques, des aspects "conventionnels" de l’activité bancaire, comme la gestion de la liquidité ou la construction d’un bilan correct et cohérent, nécessitent une ingénierie financière pointue au niveau technique, si l’on veut assurer la "Sharia compliance", c'est-à-dire l’alignement avec les règles "chariatiques".

Rappelons que Bank Al Maghrib octroiera les agréments relatifs aux banques participatives en mars 2016. Ces agréments permettront le démarrage de nouvelles banques purement participatives, ainsi que l’autorisation de "fenêtres" participatives dans les banques conventionnelles déjà existantes.

Mais si Bank Al Maghrib a posé les grandes lignes régulatrices des activités des banques islamiques sur le volet du financement des particuliers, il n’en demeure pas moins que le volet du financement des entreprises, lui, comporte encore des lacunes, ce qui laisse des avis contrastés chez le public intéressé.

Si les uns prétendent qu’il faut dresser une bonne feuille de route avant le lancement des banques islamiques, les autres estiment qu’il est inévitable de passer par des erreurs, qui permettront de peaufiner la discipline au fur et à mesure de sa pratique. Un peu comme le paradoxe de l’œuf et de la poule, comme l’a souligné une participante. 

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Sara El Hanafi
Le 11 décembre 2015 à 16h42

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