La nouvelle agression de Fès relance le débat sur l’insécurité
Les images des touristes allemands agressés ont remis sous le feu des projecteurs le phénomène d’insécurité qui n’épargne plus personne.
Face à cette nouvelle affaire, plusieurs questions restent posées sur le traitement sécuritaire des agressions.
Avant de relever les défaillances de l’appareil sécuritaire, il convient de revenir sur l’historique de cette affaire ultra-médiatisée.
1. Les faits
Vendredi 30 octobre, trois touristes de nationalité allemande se font violemment agresser à l'arme blanche dans la médina de Fès par deux malfaiteurs manifestement sous l’effet de psychotropes.
Dans un communiqué, la préfecture de police de Fès indique que les agresseurs interpellés âgés de 21 et 25 ans ont abordé une femme et deux hommes dans la vieille médina avant de les blesser dont un grièvement.
Le mobile, encore incertain, de cette agression est probablement une tentative de vol ayant mal tourné.
Pris en chasse après leur forfait, 2 des quatre agresseurs ont été rattrapés par des citoyens qui les ont remis aux autorités après un tabassage en règle. L’un d’entre eux a d’ailleurs dû être hospitalisé avant d’être déféré avec son complice devant le procureur ce lundi matin.
2. Le sentiment d'insécurité s'accroît
Encore une fois, cette nouvelle agression ne fait que confirmer la gestion sécuritaire défaillante de la capitale spirituelle qui s’illustre depuis plus d’une décennie par une multiplication d’actes de violence incontrôlés par les autorités.
Du côté du centre régional de tourisme (CRT) de Fès, on s’indigne d’une agression risquant de faire fuir les Allemands alors que leur nombre ne cessait de croître au Maroc depuis un an
3. Une gestion sécuritaire au coup par coup?
Contacté par Médias 24, le chargé de la communication de la préfecture de Fès a été incapable de nous renseigner sur l’état ou le rapatriement sanitaire des victimes en Allemagne et sur un éventuel plan d’action pour éviter la réédition de ce genre d’agression.
Le représentant a simplement tenu à démentir l’information d’un confrère faisant état d’une suspension temporaire du préfet de police et du chef des brigades touristiques de la ville.
Selon une autre source, le Wali de région a invité les représentants des habitants mardi 3 novembre à 17 heures pour présenter ses nouvelles mesures de lutte contre la criminalité.
Au lendemain de l’agression, les 22 centres policiers de proximité dotés habituellement de trois agents chacun ont vu leurs effectifs passer à sept et les véhicules de police sont plus visibles dans les rues de la ville.
Notre interlocuteur poursuit par ailleurs que 50 vendeurs de psychotropes (karkoubi) ont été interpellés ce week-end dans la vieille médina de Fès.
4. Des autorités plus réactives lorsqu’il s’agit d’étrangers ou de marocains connus?
Le retentissement médiatique de l’affaire et la célérité des autorités à la résoudre s’explique certainement par le fait que les victimes sont étrangères et qu’il en va de l’image du Maroc et de ses recettes touristiques.
Sans vouloir leur faire de procès, il faut cependant rappeler que des Marocains sont agressés quotidiennement dans l’indifférence totale dans tout le Maroc et que leur sort ne suscite pas toujours une réaction musclée des autorités.
Ainsi, l’émotion aurait été moins grande s’il s’était agi d’un quelconque quidam moins connu que la malheureuse Farida Berrada, épouse du président des laboratoires pharmaceutiques Bottu, victime en 2014 d’une agression mortelle sur l’autoroute Casa-Rabat.
5. Les médias sociaux mettent le doigt là où ça fait mal!
L’indignation générale dans la presse et les réseaux sociaux n’a pour l’heure suscité aucune réaction du ministère de l’Intérieur.
La vidéo post-agression visionnée des dizaines de milliers de fois illustre à la fois la force grandissante des réseaux sociaux et son pouvoir d’indignation sur les autorités qui n’ont eu encore une fois d’autre choix que de réagir après coup.
6. Où est la stratégie de fond de lutte contre la criminalité?
Cette affaire prouve s’il en était besoin qu’en terme de lutte contre la criminalité, nous en sommes toujours aux mesures d'urgence alors que les méthodes doivent changer après avoir établi un diagnostic scientifique.
Pour l’instant, la communication inadaptée des services de sécurité se fait uniquement à coup de communiqués ou de photos de butin d'armes blanches saisies.
Si la multiplication de rafles dans les milieux criminels contribue à diminuer le nombre de malfaiteurs dans les rues, il n’en demeure pas moins que le sentiment d’insécurité subjectif et inquantifiable ne se combat pas par une gestion uniquement quantitative ou postérieure.
Comme partout ailleurs, il importe de renforcer dans tous les quartiers la présence de forces de l’ordre visibles seule à même de rassurer les citoyens et de décourager les criminels.
7. Quelle réaction en Allemagne?
Interrogée, l’ambassade d’Allemagne n’a pas souhaité exprimer de réaction officielle mais a déclaré qu’un de ses 3 ressortissants avait été opéré à l’hôpital de Fès et que ses deux amis avaient été soignés à l’hôpital Cheikh Zayed de Rabat avant d’être rapatriés dans leur pays.
Selon une source locale en Allemagne, aucun média allemand (presse ou télévisé) n’a encore consacré de gros titres ou même de petits articles à l’agression des 3 malheureux touristes.
Le site du Ministère des Affaires étrangères allemand qui avait qualifié en 2011 de zone "délicate" le Maroc n'a pas réactualisé sa page au lendemain de cet événement.
Nous avons cependant appris que deux équipes de télévision allemandes avaient débarqué à Fès pour interviewer les habitants et les autorités et déterminer s’il s’agit d’un simple fait-divers ou pas.
Tout comme nos confrères allemands, la presse marocaine a le devoir de relayer les défaillances sécuritaires pour contribuer à les résoudre et ce quitte à se faire accuser de les amplifier.
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