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Entretien. Méditel sort du rouge et fait des bénéfices dans un contexte difficile

Dans un entretien accordé à Médias 24, Michel Paulin estime que "l’environnement juridique doit évoluer aussi rapidement que la technologie"

Entretien. Méditel sort du rouge et fait des bénéfices dans un contexte difficile
Khalid Tritki
Le 21 septembre 2015 à 8h59 | Modifié 21 septembre 2015 à 8h59

        Médias24: Le résultat net sort du rouge dans un contexte difficile. Comment avez-vous pu améliorer vos indicateurs financiers ?

Michel Paulin: Le marché des télécommunications est dans une phase de décroissance. Le secteur enregistre un recul de 4 à 6%.

Malgré cela, nous avons pu réaliser une légère augmentation du chiffre d’affaires et un résultat net de 166,2 millions de DH à fin juin 2015.

Cette performance doit être appréciée dans un contexte marqué par un renforcement de l’investissement, notamment le plan de renouvellement de la couverture Radio. 7 milliards de dirhams d’investissement sont programmés sur 5 ans, dont découle une augmentation des dotations pour amortissement, impactant ainsi nos indicateurs financier de 2013, 2014 et 2015.

A cela s’ajoute une dotation pour couvrir un litige fiscal. Ces éléments, bien qu'impactants sur le plan financier, ne nous empêchent pas de réaliser un résultat positif grâce à notre capacité à innover et à notre force commerciale.

-Où en est le plan d’investissement?

-Notre plan d’investissement se déroule selon le calendrier prévu depuis 2013. Pour l’année 2015, nous avons investi 760 millions de DH dans le réseau et 500 millions de DH pour la licence 4G. Selon le plan établi, l’opération de rénovation du réseau radio (réseau 3G) s’achève en 2016. En même temps nous renforçons notre déploiement de la 4G.

-Est-ce vrai que la rénovation du réseau radio vous pénalise puisque, selon la perception du marché, vous prenez du retard par rapport à vos concurrents?

Non, je ne partage pas cette perception. Le plan avance bien et au rythme que nous lui avons imposé. Nous ne sommes pas en retard par rapport à nos concurrents. Pour preuve, Maroc Telecom est aussi dans une phase de rénovation du réseau et nous sommes à Méditel bien avancés en comparaison avec l’opérateur historique.

De même, le renouvellement du réseau radio ne nous pénalise pas. Nos chiffres prouvent en effet qu’en phase de décroissance du secteur, nous gagnons des parts de marché, donc nous recrutons les clients des concurrents.

Et si nous arrivons à le faire, c’est que notre solution télécoms est plus adaptée aux attentes et notre couverture réseau offre plus de confort d’utilisation.

-Vous avez devancé les concurrents en lançant la 4G alors que la couverture réseau n’était pas encore étendue. Cette précipitation ne reflète-elle pas votre volonté d’imposer un niveau de prix au marché?

-Le cahier des charges de la licence 4G prévoit un délai de 12 mois pendant lequel les opérateurs installent leurs technologies, la testent et préparent l’offre commerciale. A Méditel, nous avons opté pour un déploiement réseau pour la 4G qui offre aux consommateurs une bonne couverture dans leurs zones de travail ou d’habitation. Il ne s’agit pas de communiquer sur un déploiement large couvrant un nombre de villes alors qu’en réalité, il ne s’agit que d’une couverture groupée: un seul site qui couvre un territoire très large. Notre démarche est d’équiper la ville par plaque, zone par zone pour atteindre le 100% de couverture. 

Nous avons commencé avec la ville de Casablanca, d’ici fin octobre, tout le littoral de Kénitra à El Jadida sera couvert par la 4G, et toujours selon le principe d’une couverture à 100%. Dans les mêmes délais, les localités qui se situent entre Casablanca et Settat seront couvertes par la 4G.

-La 4G représente combien dans le trafic data?

-5% de notre trafic data passe par la 4G, sachant que le taux de pénétration des terminaux compatibles est très faible. Les chiffres de la 4G sont appelés à augmenter avec l’élargissement de la couverture réseau et l’équipement des consommateurs.

Historiquement, Méditel a été un facteur d’émulation du marché des télécoms. Nous avons été à la source de la généralisation du mobile et nous voulons encore une fois rendre internet accessible à tous. D’ailleurs, en plus de nos investissements pour la 4G, nous avons atteint 5.000 km de fibre optique et nous élargissons nos tuyaux pour augmenter la capacité de la bande passante. 

-Le marché des télécoms demeure dominé par le prépayés. Comment rentabiliser des investissements lourds dans l’internet dans un marché tiré par le bas de la pyramide?

-Le prépayé domine, c’est une réalité du marché marocain. Mais nous oublions souvent que le fixe reste à la traine car il n’y a pas encore de concurrence réelle dans ce segment. L’ouverture du fixe à la concurrence est inévitable et d’elle dépend une bonne part des revenus du secteur des télécoms dans l’avenir.

Il est établi que le trafic de la voix est en baisse progressive. La pression sur les prix érode les marges des opérateurs qui sont obligés de trouver de nouvelles sources de revenus. Aussi, les opérateurs s’acheminent-ils vers la monétisation de la data en s’appuyant sur un business modèle de nouvelle génération.

Les prémices de ce modèle existent déjà au Maroc. Pour ne citer que notre cas à Méditel, le trafic data affiche une croissance à deux chiffres.

En outre, la distinction fixe/mobile n’a plus lieu d’exister. Nous avons l’ambition d’être un opérateur convergent, cela veut dire que c’est à nous de trouver les solutions les plus adaptées et les plus performantes pour que notre client puisse vivre une expérience télécoms à la hauteur de ses espérances. Le client ne s’intéresse pas à la technologie utilisée ou au canal par lequel il est servi. Ce qui lui importe c’est l’utilisation et les possibilités que lui offre son équipement télécoms, que ce dernier soit mobile ou fixe.

-L’environnement des télécoms au Maroc favorise-t-il cette convergence ?

-Si on s’attache aux orientations fixées par l’Agence Nationales de Réglementation des Télécommunications (ANRT), le Maroc dispose effectivement de cet environnement.

Mon seul regret est que le rythme d’implémentation de cette convergence reste lent dans un secteur qui avance à une vitesse vertigineuse. A titre d’exemple, les décisions de l’ANRT datant de janvier 2015 et relatives au dégroupage ne sont pas encore en application.

Nous attendons toujours les catalogues de Maroc Telecom que l’ANRT doit valider. L’amendement de la loi sur les télécoms et ses décrets d’application prennent aussi beaucoup de temps car Maroc Telecom ne joue pas le jeu.

Vous savez, mon concurrent le plus dangereux n’est pas Maroc Telecom, mais Skype, WhatsApp, Facebook… Ce sont ces opérateurs web qui ne sont soumis à aucune réglementation, qui ne paient pas d’impôt au Maroc, n’y investissent pas et grignotent progressivement nos parts de marché.

Nous devons avoir les moyens de leur faire face. Le partage des infrastructures, le dégroupage et d’autres procédés prévus par la note d’orientation des télécoms, sont des mesures inévitables pour armer les opérateurs contre la concurrence des géants mondiaux. 

-Justement, comment se protéger contre cette concurrence?

-Méditel a lancé des produits innovants pour faire face à cette concurrence. L’illimité dans le forfait en fait partie. En ouvrant cette possibilité illimitée pour le prépayé, nous poussons automatiquement le client à utiliser notre réseau au lieu de se connecter à WhatsApp.

L’offre adressée aux pèlerins avec un tarif de communication au prix local s’inscrit aussi dans cette logique de lutte contre des géants du web. Le pèlerin n’a pas besoin de se casser la tête pour trouver un réseau wifi, une stabilité de la connexion… pour communiquer avec sa famille.

Il a une solution à un tarif très compétitif pour rester en contact avec les siens. Donc nous repoussons cette tentation d’aller sur WhatsApp, facebook ou autre. Avec le partage des infrastructures nous aurons une force de riposte et des opportunités à saisir pour développer et notre offre et nos revenus.

C’est une bataille de survie et de croissance qui nécessite une quête, au quotidien, de solutions technologiques performantes et adaptées au marché. Le marché des télécoms évolue tout autour de nous.

Dans quelques mois, le raoming va disparaître dans les pays de l’Union Européenne.  Ce sont là des tendances mondiales lourdes de conséquences sur les télécoms et le Maroc doit s’adapter à travers les solutions innovantes des opérateurs et l’environnement réglementaire adéquat.

Méditel sort progressivement du rouge

Méditel remonte la pente. A fin juin 2015, l’opérateur télécoms, filiale d’Orange, a réalisé des résultats positifs. Selon les chiffres communiqués par Méditelecom, le chiffre d’affaires consolidé de l’opérateur est en légère baisse à 2,62 milliards de DH contre 2,66 milliards à fin juin 2014. En revanche, les charges d’exploitation de l’ensemble consolidé sont en recul à 2,1 milliards de DH au lieu de 2,3 milliards un an auparavant.

La maîtrise de quelques postes d’exploitation a permis ainsi de renouer avec des résultats positifs. L’opérateur a réalisé un résultat net de 166,27 millions de DH contre une perte de 111,4 millions de DH à fin juin 2014. Ces résultats laissent présager une éventuelle préparation à la cotation sur la place casablancaise.

L’introduction en bourse était prévue depuis l’acquisition de Méditel par Orange, mais le calendrier initial a été chamboulé par les résultats peu encourageants de la filiale marocaine. Maintenant que cette dernière renoue avec les bénéfices, une introduction en bourse est-elle à l’ordre du jour? «Cette décision n’est pas de mon ressort. Ce sont les actionnaires qui décident», conclut un Michel Paulin évasif. 

 

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Khalid Tritki
Le 21 septembre 2015 à 8h59

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