Le PAM, ange ou démon?
ROUND-UP. Au terme de cette campagne, qui prend fin ce jeudi 3 septembre à minuit, Médias 24 consacre un article à chacun des deux partis qui occupent le devant de la scène et suscitent les passions, le PJD et le PAM. Ci-dessous, le Parti Authenticité et Modernité.
>Une naissance qu’on lui reproche.
Le principal reproche qui est fait au PAM tient aux conditions dans lesquelles il est né. Il est en effet suspecté d’être un parti de l’administration, un peu dans la lignée de tous ceux qui l’ont précédé.
Les détracteurs du PAM affirment qu’il a été artificiellement créé dans un seul objectif: maintenir l’autoritarisme, barrer la route au PJD.
Ce qui apporte de l’eau à leur moulin, c’est qu’à peine une année après sa création, ce parti est arrivé en tête des élections communales (en 2009). De plus, parmi les personnalités qui ont présidé à sa gestation, figure un haut commis de l’Etat, Fouad Ali Al Himma.
Le parti a eu du mal à trouver un leader, il en a essayé quelques uns, avant de fixer son choix sur un homme qui fait l’unanimité sur le plan de la compétence, du respect et de la probité, Mustapha Bakkoury.
>Un positionnement clair même s’il n’est pas toujours perçu.
La genèse du PAM a commencé vers 2007, en partant d’un double constat:
-la chute vertigineuse du taux de participation aux élections qui est tombé à 30% en 2007, ce qui traduit une grande désaffection de la population à l’égard de la politique;
-la montée qui paraissait à l’époque irrépressible, des mouvements islamistes, dont certains très radicaux, dans le monde arabe.
Le Maroc avait d’ailleurs connu quelques attentats ou tentatives d’attentats, dont le funeste 16 mai 2003.
Même si on peut discuter les conditions qui ont présidé à sa naissance, on ne peut nier que son projet a toute sa place sur l’échiquier politique. Après la révolution tunisienne de 2011 et l’accession d’Ennahdha (islamiste) au pouvoir, les Tunisiens ont bien créé Nida Tounes qui en trois ans seulement, a conquis le parlement, le gouvernement et la présidence. Et il a bien été créé à partir de zéro, dans un seul objectif: garder le pays sur la trajectoire de la modernité, faire tomber Ennahdha. Ce qu'ils ont réussi à faire.
A plusieurs reprises, dans des prises de parole ou des textes, le PAM a revendiqué ce positionnement et a voulu être le concurrent numéro 1, le contradicteur numéro 1 du PJD.
Il faut donc différencier la forme du fond. Le contenu du projet PAM apparaît comme pertinent à beaucoup de Marocains:
-élargir la participation politique, ouvrir les portes aux jeunes et aux femmes, accepter tout débat sans tabous;
-être une force de proposition pour un projet politique moderne, ouvert sur le monde et sur les innovations, capable de faire contrepoids au discours du PJD, jugé passéiste sur le plan social.
Ce discours ainsi que la démarche ouverte et sans tabous, captent l’attention, attirent des dizaines puis des centaines de cadres de haut niveau.
Des personnalités au-dessus de tout soupçon se joignent au mouvement, certaines viennent de l’extrême gauche: Khadija Rouissi, Salah El Ouadie, Maria Sedrati et bien d‘autres encore.
Parmi ces centaines puis ces milliers de nouveaux adhérents, certains rejoignent le parti par opportunisme, en raison de la proximité supposée du mouvement avec le pouvoir. Mais c’est aussi cela la politique. Et l’opportunisme n’est pas forcément contradictoire avec la compétence ou l’intégrité.
>2011, le PAM plie
En 2011, le PAM n’est pas sur le terrain, là où il y a des manifestations. Il n’est pas visible. Et on accuse quelques uns de ses leaders d’être partis à l’étranger se mettre au vert. Car les manifestants n’hésitent pas à brandir des slogans contre le PAM et quelques uns de ses symboles.
Mais en coulisse, plusieurs de ses dirigeants et de ses cadres sont mobilisés en permanence, “pour sauver le pays“, nous raconte une militante. 24 H sur 24 H, notre seule préoccupation était de préserver le Maroc et son projet social moderne et évolutif.
Il n’en reste pas moins que quelque part, le PAM a mal géré son image d’enfant de l’administration et qu’il a subi un rejet public.
>2015, revoici le PAM.
Depuis 2011, le PAM a travaillé dans la discrétion. Il a tenu 70 congrès dans les différentes régions, il a quadrillé le pays. Il préside la Chambre des Conseillers, par le biais de Cheikh Biadillah, un Monsieur très respecté même par ses adversaires.
Ses députés font du bon travail, en tous les cas sont actifs et Mehdi Bensaid, le jeune député, est sur tous les fronts à l’étranger pour défendre la cause nationale, il est le plus jeune parlementaire marocain ayant occupé cette responsabilité.
Arrivent donc les élections communales. C’est le premier test électoral que le PAM va devoir affronter après 2011. Et les élections ne sont désormais plus “administrées“. Elles sont sincères, libres et indépendantes. Sous réserve des trafics de voix et des achats d’électeurs, fléau dont on ne peut réellement mesurer l’ampleur.
Ces élections sont le grand test pour le PAM, c’est là que se joue son avenir. Ou bien il sera “normalisé“ comme l’a été le PJD avant lui, ou bien il devra opérer une profonde remise en question.
>Quel avenir pour le PAM?
Impossible de le savoir.
D’une part, les élections de ce vendredi 4 septembre sont des communales et des régionales, pas des législatives. Pour les électeurs, le choix final se fait en tenant compte du parti certes, mais tout autant sinon plus, du nom du candidat.
Certains ex-élus du PAM ont fait un excellent travail dans leurs communes. Abdellatif Ouahbi par exemple à Taroudant. Ou Ali Belhaj (qui ne se représente pas) dans toute la région de l'Oriental. D’autres noms sont crédibles et sérieux, ils ont leur public.
Mais, quel que soit le score de ce vendredi, le programme du PAM, son projet, ont toute leur place, et une place de choix sur l’échiquier politique. Le PAM et le PJD, c’est la polarisation de la vie politique, vers laquelle le paysage politique s’achemine. Le PAM a la vision la plus cohérente, la plus aboutie quand il s’agit de défendre un projet de société libéral et moderniste.
>Qu’est-ce que le PAM aujourd’hui?
Le PAM est un parti de centre -gauche. Son mot clé, c’est la tamaghrabit, un mélange entre l’immuable et l’évolutif, entre l’invariant et le variant, entre l’authenticité et la modernité.
Il défend une forme de social-démocratie ouverte, reconnaissant les droits humains dans leur dimension universelle, ouverte sur tout ce qui est neuf en termes toutede réflexion. Le PAM croit en la notion de progrès.
Surtout, le PAM se positionne, veut être le barrage, la digue contre des visions qu’il juge passéistes voire obscurantistes.
>Un certain Ilyas El Omari
Il est au cœur des critiques. Médias 24 n’a jamais pu le rencontrer malgré les promesses qu’il nous a faites. Nous ne pouvons donc parler du personnage qu’en fonction de ses actes et des perceptions des autres.
D’abord, tout le monde l’appelle Si Ilyas. C’est un homme qui a une pensée structurée, qu’il exprime avec une grande clarté. Sa critique du projet PJD est lumineuse. Ses propos sont d’une grande clarté, avec des mots simples et des phrases éloquentes.
On lui prête une part d’ombre, par exemple celle qui consiste à tirer les ficelles du PAM, en coulisse. Une sorte de “marionnettiste“, selon le mot de notre confrère Telquel.
Ilyas est officiellement secrétaire général adjoint et président de la commission des élections du PAM. C’est lui le maître de cérémonie des meetings, des réunions électorales, de la campagne.
On lui reproche aussi d’être autoritaire, ce qui correspondrait selon ces accusations, à une velléité de retour à l’autoritarisme au Maroc. Nous avons pu vérifier de plusieurs sources sérieuses et concordantes, qu’il a le coup de fil facile et ce n’est pas toujours pour vous féliciter. Une “engueulade“ de sa part laisse des traces dans l’égo.
Selon la rumeur publique, il peut appeler des responsables, du public ou du secteur privé dans des démarches également autoritaires. Mais cette accusation reste au stade de la rumeur.
Pour les ennemis du PAM, Ilyas El Omari est le grand problème, le véritable obstacle, car il serait porteur d’un projet de société autoritaire.
>Pour résumer.
Un parti accusé d'autoritarisme mais qui se positionne d'une manière pertinente sur l'échiquier et qui a déployé un très large pouvoir de persuasion, de recrutement, de séduction. Il a des cadres de haut niveau sur le plan de la probité et de la compétence. Il s'est classé numéro 1 en 2009, mais les élections n'étaient pas aussi libres qu'aujourd'hui.
On lui prête une part d'ombre, consistant en un projet autoritaire qui constituerait selon les accusateurs, une régression. Ilyas El Omari semble tenir les rênes ou une grande partie des rênes internes, c'est un responsable controversé.
Enfin, la campagne électorale pour ces élections communales et régionales a déployé de gros moyens, mais n'a pas été très efficace sur le plan de la communication en général, ni très réussie selon plusieurs meetings auxquels nous avons pu assister. Le PAM peut devenir un grand parti s'il se rénove et s'il restaure son image. La question du bicéphalisme doit être réglée au plus tôt, on ne peut faire de la politique sans se mettre en avant. C'est comme ça en démocratie.
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