Fouad Bellamine: «Le flou règne sur la dernière vente du tableau de Gharbaoui»
L’adjudication du tableau de Jilali Gharbaoui à près de 7 MDH le 3 juin dernier a été annulée pour fourniture de fausses coordonnées bancaires de l’acquéreur. Le peintre Fouad Bellamine et les maisons de vente expliquent à Médias 24 pourquoi une vente peut atteindre de tels sommets.
Organisée par les maisons Million et Mazad Art à Paris, la vente de cette huile sur toile de Gharbaoui (1,63m X 96 cm) datant de 1959 a littéralement pulvérisé le record de prix d’une œuvre d’art marocaine.
Après avoir démarré à 400.000 euros, le tableau s’est envolé à 550.000 euros auxquels il faut rajouter environ 20% de frais de vente soit un total de 660.000 euros (7 millions de dirhams).
Interrogées par notre rédaction, les deux maisons de vente franco-marocaines confirment avoir annulé cette transaction après vérification des coordonnées bancaires de l’acheteur qui se sont avérées fausses.
Toutes les voies de recours judiciaires sont à l’étude pour contrecarrer à l’avenir ce genre de tromperie qui peuvent avoir plusieurs motivations:
- Nuire aux intérêts de la maison de vente ou du propriétaire du tableau
- S’amuser sans mesurer les conséquences préjudiciables d’une telle tromperie.
Notre interlocuteur de la maison Millon juge que le prix atteint par le tableau de Gharbaoui n’a rien d’étonnant car «plus ce genre d’œuvres est vendu à l’étranger, plus leur cote s’uniformise à la hausse».
Il en veut pour preuve le fait qu’au cours de cette vente aux enchères, une huile sur panneau du peintre Abbès Saladi de 2mX1,03 m intitulée «l’offrande» a été adjugé à 380.000 euros hors frais.
Comme l’adjudication de la toile sans titre de Gharbaoui a été annulée, c’est désormais celle de cet artiste qui marquera l’histoire comme étant la plus chère œuvre marocaine jamais vendue.
Pour le peintre Fouad Bellamine, ce niveau de prix est du jamais vu dans l’histoire de l’art marocain même s’il tient à préciser que la cote des artistes disparus est toujours plus élevée que celle des vivants.
Il rappelle que le dernier record enregistré était justement une toile de Gharbaoui vendue à 1,8 MDH.
Expert à titre grâcieux pour des maisons de vente et particuliers, Bellamine ne s'explique pas sur un tel sommet de prix et pense qu’un certain flou artistique a régné lors de la vente aux enchères du 3 juin dernier.
Connaissant bien l’œuvre dont l’adjudication a été annulée pour l’avoir longtemps admirée chez son ami Farid Belkahia qui en était l’avant-dernier propriétaire, il juge cependant le prix de vente excessif.
«En art, tout est relatif mais il faut dire que chez nous au Maroc, les enchères peuvent être truquées. C’est un grand classique dans le milieu des maisons de ventes qui envoient des chauffeurs de salle présents physiquement ou par téléphone pour faire monter les enchères».
Il est vrai que la concurrence est rude entre les 15.000 artistes marocains répertoriés désireux d’écouler leurs œuvres contre à peine 25 en 1975. «A cela, il faut rajouter le fait que de nombreuses galeries ont ouverts leurs portes récemment sans être dirigées par de vrais professionnels».
Une autre méthode dénoncée par Bellamine consiste à faire vendre ses propres tableaux dans les ventes aux enchères par l’artiste ou ses ayants-droits pour faire grimper la cote des autres œuvres.
Le peintre marocain cite notamment l’exemple célèbre de l’anglais Damien Hirst qui s’était fait prendre la main dans le sac en vendant et en rachetant ses propres œuvres en 2008.
«Ceci dit, si un collectionneur riche ressent le besoin irrépressible d’acquérir une œuvre, cela peut pousser les prix à la hausse contre toute logique. Seules les grandes maisons de vente comme Christie’s ou Sotheby’s sont fiables en termes de cotes car elles ont moins d’intérêt à trafiquer».
Il conclut que si le fait que de plus en plus de galeries du Golfe acquièrent des œuvres marocaines contribue à la hausse des prix, ce n’est que lorsque des grands musées internationaux en achèteront que la cote de ces artistes deviendra crédible.
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