Youssef Courbage: “La transition démographique est en marche”
RECENSEMENT. Youssef Courbage, directeur de recherches en démographie à l'Institut national français des études démographiques et fin connaisseur de la situation démographique en Afrique du Nord et au Proche-Orient, revient avec nous sur les résultats du dernier recensement de la population au Maroc.
Pour ce démographe reconnu, auteur de nombreux essais de référence, la transition démographique au Maroc est non seulement en marche, mais elle va très vite. A terme, la baisse du taux d’accroissement observé au Maroc pourrait diminuer la pression sur le marché de l’emploi.
- Médias 24: Dans les années 1960, une Marocaine donnait naissance à 7,2 enfants en moyenne. La fécondité est descendue à 3 en 1998 et elle n'est plus que de 2,19 enfants par femme aujourd’hui. Nous sommes proches du seuil de renouvellement des générations…
Youssef Courbage: Oui, la baisse de la fécondité qu’a connue le Maroc est remarquable et place le pays à un taux proche de celui des pays occidentaux. Cette baisse explique aussi pourquoi le taux d’accroissement de la population a baissé pour atteindre 1,25% contre 1,38 % en 2004. Ce taux correspond à la différence entre naissances et décès, immigrés et émigrants.
- M24: Comment jugez-vous cette baisse du taux d’accroissement?
Y.C.: Dans le cas du Maroc, un taux d’accroissement de 1% serait plus convenable, car ce taux permettrait de retarder le vieillissement de la population. Il ne faudrait pas non plus que la population continue de s’accroître à des taux élevés comme c’est le cas en Egypte. Cela crée une forte pression sur le marché de l’emploi et accélère le chômage des jeunes.
Mais quand l’accroissement est lent, la pression diminue sur le marché de l’emploi. La confrontation entre l’offre et la demande devient plus équilibrée.

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- M24: Les premiers résultats du recensement font ressortir une urbanisation en croissance et une hausse du nombre d’étrangers qui résident au Maroc. Comment expliquez-vous ces deux phénomènes?
Y.C.: Les urbains sont en effet de plus en plus nombreux. Désormais, 60% de la population vit dans les villes, avec une croissance de la population urbaine de 2,1%. En revanche, cette tendance n’est pas observée dans le monde rural où la croissance est pour la première fois négative avec -0,01%.
La population étrangère au Maroc est passée de près de 51.000 lors du recensement de 2004 à 86.000 aujourd’hui. Cette hausse peut s’expliquer par l’augmentation du nombre de retraités européens qui viennent s’installer au Maroc, mais aussi celui des immigrés subsahariens et des réfugiés syriens qui s’installent au pays pour fuir la guerre.
Autre explication: en raison de la crise économique qu’a connue l’Europe à partir de 2008, beaucoup de Marocains sont rentrés au pays, de même que l’immigration vers des pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne a baissé. Si la migration avait été semblable à celle des années 2000, nous aurions eu un chiffre plus bas.
- M24: En 54 ans, la population marocaine a été multipliée par trois. Quelles sont les répercussions sur le niveau de vie ?
Y.C.: On vit mieux aujourd’hui avec 33,8 millions d’habitants qu’il y a 50 ans, car malgré la croissance importante de la population, le niveau de vie s’est amélioré.
- M24: Peut-on dire que la transition démographique est en marche ?
Y.C.: Oui, non seulement elle est en marche, mais elle est très rapide. Les deux éléments qui caractérisent cette transition sont bel et bien présents, à savoir la baisse de la mortalité et de la natalité. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il a commencé il y a quatre décennies. Et il n’y a pas de raison pour que les tendances s’inversent comme c’est le cas en Egypte, en Algérie ou en Syrie où on parle aujourd’hui d’une contre-transition démographique.
Biographie:
Né en 1946, Youssef Courbage a fait ses études en sciences économiques et en sociologie à Beyrouth avant de les poursuivre à Paris, où il s’est spécialisé en démographie et en urbanisme. Il a été expert à l’Unesco puis aux Nations unies à Beyrouth (1973-1975), Le Caire (1975-1977), Yaoundé (1977-1979), Port-au-Prince (1979-1984) et Rabat (1984-1989), puis chercheur à l'Institut national d'études démographiques (Ined), Paris. Entre 2003 et 2005, il a été détaché à l’Institut français du Proche-Orient à Beyrouth, dont il a dirigé le département des études contemporaines. En 2005, il est devenu directeur de recherches en démographie (2005) à l'Ined. Youssef Courbage est l’auteur de plusieurs essais parmi lesquels, Les caractéristiques démographiques des minorités nationales dans certains Etats européens (1998-2000), ou encore Nouveaux horizons démographiques en Méditerranée (2007), coécrit avec Emmanuel Todd.
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