A Tanger, une malade du VIH acquittée, les plaignants condamnés
Les deux hommes qui poursuivaient la jeune femme ont été condamnés à 2 mois de prison avec sursis pour l’avoir stigmatisé comme malade du VIH.
C’est un jugement exceptionnel qui vient d’être prononcé à Tanger en faveur d'une jeune femme atteinte du VIH. Le tribunal de première instance a rendu son jugement jeudi dernier dans l'affaire opposant une jeune trentenaire atteinte du virus VIH à deux plaignants qui l'ont accusée d'avoir prémédité leur contamination.
En détention provisoire depuis son arrestation mi-décembre 2014, la jeune femme atteinte du syndrome d’immunodéficience a finalement comparu ce jeudi 26 février devant le tribunal de première instance de Tanger, après plusieurs reports de l'audience.
Une audience au terme de laquelle le juge a acquitté la jeune femme et condamné les plaignants à deux mois de prison avec sursis, pour l’avoir stigmatisé sur la base d'une maladie.
Médias 24 a contacté les avocats de la défense afin d'en savoir plus sur les éléments de leur plaidoyer. Me Najat Chentouf, avocate au Barreau de Tanger, déclare que sa cliente a été victime de rapports sexuels forcés, avec les deux agresseurs auteurs de l'action en justice. "Les deux hommes ont contraint ma cliente M. C. d'avoir des rapports sexuels avec eux. Elle leur a déclaré, avant l'acte, qu'elle était porteuse du virus du sida, chose qu'ils n'ont pas cru" nous a confié Me N. Chentouf, avant de nous détailler le contenu de la plainte: "les deux plaignants ont poursuivi ma cliente selon les dispositions de l'article 400 du Code pénal."
Cet article dispose : "Quiconque, volontairement, fait des blessures ou porte des coups à autrui ou commet toutes autres violences ou voies de fait, soit qu'ils n'ont causé ni maladie, ni incapacité, soit qu'ils ont entraîné une maladie ou une incapacité de travail personnel n'excédant pas vingt jours, est puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 200 à 500 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement."
Complété par l'article 401 du Code pénal : " Lorsque les blessures ou les coups ou autres violences ou voies de fait ont entraîné une incapacité supérieure à vingt jours, la peine est l'emprisonnement d'un à trois ans et l'amende de 200 à 1.000 dirhams."
L'avocate précise: "la partie plaignante espérait faire une interprétation large de cet article, et considérer comme violence, la transmission du virus, alors qu'il s'agit, au départ, d'une agression sexuelle."
"La remise en liberté de la jeune femme a été prononcée conformément aux dispositions de l'article 23 de la constitution marocaine" nous confie, de son côté, Me Mohamed Haskouri, avocat de la défense. Selon le premier alinéa de cet article: "Nul ne peut être arrêté, détenu, poursuivi ou condamné en dehors des cas et des formes prévus par la loi." Et pour cause, la transmission d'une maladie ne fait pas partie des actes punissables par la loi.
De plus, les avocats ont également invoqué la nullité du procès verbal pour non respect des procédures lors de la phase d'instruction.
Par ailleurs, la défense a également fait appel aux traités ratifiées par le Maroc en matière de protection contre la discrimination des personnes atteintes de maladies, et plus particulièrement à une convention signée entre le Maroc et l'Onusida, qui garantit les droits des personnes porteuses du virus.
Parallèlement, le parquet avait activé une action en justice contre le mari de la jeune femme, accusé d'avoir volontairement transmis le virus à sa conjointe. "Une accusation dont les faits sont prescrits" nous explique l'avocate de la défense, "les époux sont mariés depuis 2002, et l'action en justice pour délit est prescrite, passé le délai de 4 ans."
Pour l'heure, les attendus du jugement n'ont pas encore été dévoilés, et les plaignants disposent d'un délai de 10 jours pour faire appel du jugement. Affaire à suivre.
à lire aussi
Article : Liquidation de JK Hôtels : BCP et BMCI seront les premiers servis
Neuf ans après l'ouverture de la procédure de difficulté et six mois après la cession du complexe hôtelier situé à Marrakech, le tribunal de commerce donne son feu vert à des paiements anticipés au profit de plusieurs établissements bancaires créanciers.
Article : Le Royaume-Uni réaffirme son appui au plan d’autonomie marocain comme “la base la plus crédible, viable et pragmatique pour la paix au Sahara”
En visite à Londres, Nasser Bourita a reçu la confirmation du soutien britannique au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, que la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper a qualifié de solution "la plus crédible, viable et pragmatique". Londres a également réaffirmé son engagement en faveur du processus onusien et salué l’excellence du partenariat stratégique avec Rabat, notamment dans la perspective de la Coupe du monde de football 2030.
Article : Vendredi 24 avril 2026 : le dirham se déprécie face au dollar
Ce vendredi 24 avril 2026, vers 8 h 30, la première cotation centrale USD/MAD de la journée, telle que publiée par Bank Al-Maghrib (BAM), fait […]
Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.
Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.
Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.