Dans la peau d’une jihadiste, un récit français
Sous le pseudonyme d’Anna Erelle, une journaliste toulousaine publie ce mois-ci "Dans la peau d’une djihadiste" présenté comme une enquête au cœur des filières de recrutement de l’Etat islamique.
C’est une véritable plongée dans les réseaux qu’Anna Erelle a réussi à entreprendre au printemps dernier. Pendant plus de quatre mois, elle a suivi pas à pas les faits et gestes d’un lieutenant français d’Abou Bakr Al Baghdadi et ce qu’elle en rapporte est instructif sur le fonctionnement de la machine de l’Etat islamique.
A peine avait-elle fini son livre que Da'ech proclamait son Etat islamique au début de l’été dernier.
Drague et menaces
Pour son livre, Anna se fera passer pour une convertie tout d’abord et à force d’être approchée et draguée par Bilel Al Faranssi (Bilel le Français), elle jouera le jeu jusqu’au fond pour apprendre et nous apprendre comment les jeunes djihadistes sont recrutés à Toulouse, Roubaix, Sebta ou Nador.
Intelligente et séduisante, Anna saura «tomber» Bilel et celui-ci cherchera à l’épouser et la faire venir du côté de Raqqa dans l’est syrien. C’est cela qu’Anna raconte. Lui veut coucher avec elle; elle, journaliste, veut des informations. C’est ce qu’elle avance.
Elle se glisse dans la peau d’une future djihadiste, d’une jeune convertie qui veut vivre sa foi au Levant, pas dans «l’Occident corrompu». C’est ainsi qu’elle se fait passer pour Mélanie. De fil en aiguille, elle jouera le jeu jusqu’à quitter Toulouse puis se rendre à Amsterdam et prendre l’avion pour Istanbul puis Urfa à la frontière syrienne.
Sorti début janvier, le livre d’Anna Erelle est un succès de librairie. Victime d’une fatwa, elle vit désormais sous protection et a dû changer de numéros de téléphone plus d’une fois depuis l’automne dernier. Son ancien "ami" Bilel et ses camarades l'ont en effet reconnue et elle a reçu des menaces.
L'enquête d’Anna Erelle est publiée au moment où les interrogations sur le succès des recruteurs de Da'ech ne cessent pas. Outre les motifs identitaires, psychologiques et sociaux souvent invoqués par les experts et les observateurs pour expliquer la présence de plus de 15.000 combattants étrangers (dont 3.000 Tunisiens, 1.500 Marocains, 1.200 Français et 500 Espagnols) en Syrie, la technique du recrutement, un mélange de GRH et de drague, intrigue. Surtout qu’au bout il y a souvent la mort, pour soi et pour les autres.
Mélange de persuasion et de menaces, de carotte et de bâton, la technique est assurément efficace jusqu’à présent. Le danger est aussi qu’après leur recrutement, nombre de djihadistes en herbe deviennent des kamikazes. Comme à Tripoli mardi 27 janvier. Ou des tueurs comme à Bruxelles et à Paris au cours de ces dernières semaines.
Des familles et des services de sécurité défiés
Pour les familles et les services de sécurité du monde entier, les défis posés par le phénomène des djihadistes sont réels. Jeunes pour la plupart, ceux-ci quittent tout pour «donner leur vie à Dieu», pour mourir en martyr. Le djihadisme aujourd’hui mobilise sur une grande partie de la planète des ressources militaires, politiques et humaines sans commune mesure avec les 45 à 50.000 hommes qui forment les troupes de l’Etat islamique.
Lorsque Anna-Mélanie interroge Bilel sur ses motivations et ses objectifs, celui-ci se fait «pédagogue» et sa réponse fait froid dans le dos.
«Il y a trois types de combattants, lui dit-il: Ceux qui sont sur le front, ceux qui deviennent kamikazes et ceux qui reviendront en France pour punir les infidèles.»
Cela était une conversation du printemps dernier. Depuis, rappel non exhaustif, le musée juif de Bruxelles a été attaqué, la rédaction de Charlie-Hebdo décimée à Paris et Khadija Rouissi menacée de mort à Rabat. Et ça ce n’est pas de la littérature.
Dans la peau d’une djihadiste, Anna Erelle. Editions Robert Laffont
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