“Made in Morocco“, folie des grandeurs ou coup de génie?
La plate-forme présentée comme un temple du e-commerce ressemble au premier abord à un projet bricolé.
« Made in Morocco », plus grande plate-forme de e-commerce jamais réalisée en Afrique? C’est du moins ce qui a été annoncé jeudi 22 janvier à Casablanca, lors d’une conférence organisée par la Fédération nationale de l’e-commerce au Maroc (FNEM) à la Chambre de commerce de Casablanca.
Le président de la FNEM et initiateur du projet, El Amine Serhani Al Idrissi, a même affirmé que sa fédération a mobilisé 217 producteurs marocains «pour former la plus grande entreprise au Maroc dans le cadre d'un groupement d'intérêt économique (GIE) dénommé Only Morocco».
La conférence a été marquée par la présence de nombre de personnalités: Mohammed Benayad, Secrétaire général du ministère du Commerce extérieur, Ahmed Toumi, conseiller du ministre de l'Industrie, du commerce, de l'investissement et de l'économie numérique, Najib Mikou, directeur général de l’Office de commercialisation et d’exportation (Maroc Taswiq), Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs, etc.
Un communiqué sobrement titré «Franc succès pour le lancement de la plateforme Made-in-Morocco » nous apprend que le «Ministre My El Hafid El Alami comptait vivement honorer de sa présence cette conférence, mais qu'il a été occupé par des activités de Sa Majesté».
« Plus grande entreprise au Maroc »
Made In Morocco est-il un temple du e-commerce? Contacté par nos soins, le président de la FNEM ne fait pas dans la demi-mesure: «nous sommes la plus grande entreprise au Maroc à tous les niveaux et nous avons tous les éléments qui le prouvent».
Parmi les arguments avancés par le président, le nombre élevé d’actionnaires, soit 278. Ces derniers « représentent près de 50% des exportateurs marocains», insiste El Amine Serhani.
Mais à en croire les registres du Tribunal de commerce, ils étaient 18 associés au lancement de Only Morocco en avril 2014 (GIE au capital social de 96.000 DH), aujourd’hui il n’en reste que deux. L’actionnaire majoritaire est El Amine Serhani Al Idrissi. Sur ce point, le président est catégorique : «les documents du tribunal de commerce ne sont pas à jour».
Autre critère qui fait la grandeur du projet: le nombre de produits référencés, soit plus de 420.000 produits. En faisant le compte, on se rend vite compte que le site propose exactement 3.443 produits. Par quel miracle? Pour le président, le nombre de produits proposés change en fonction de l’adresse IP de l’internaute. «Beaucoup de nos partenaires ne souhaitent pas proposer leurs produits au Maroc». Drôle de stratégie de vente en ces temps moroses!
Côté offre, le site est une mine d’or: on y trouve du poisson «frais» livrable à l’export entre 5 et 8 jours, mais aussi des tableaux présentés comme des produits du terroir, comme cette toile représentant un caftan marocain et dont le peintre est décrit comme «un bon cru, un bon peintre de terroir et un peintre qui a beaucoup de talent et qui arrive à convaincre, à séduire tous ceux qui savent apprécier la bonne peinture marocaine à sa juste valeur».
Tapage médiatique
Le lancement du site a été accompagné d’un énorme tapage médiatique: Trois passages successifs sur les journaux télévisés de 2M (arabophone, francophone et Eco news), une dépêche MAP bien fournie, des articles dans la presse papier et digitale…
Le site entend bien immortaliser cette notoriété fraîchement acquise puisqu’il affiche en bas de sa home page, les logos des médias qui ont parlé du projet. Parmi ces médias, on retrouve entre les logos de l’Economiste et de la RTM, celui du quotidien Le Monde. Mais en faisant des recherches, on se rend vite compte que le quotidien français n’a jamais parlé du fameux projet. Et lorsqu’on clique, le lien est cassé.
Peu importe la couverture médiatique qui lui a été consacrée, Made In Morocco se revendiquait avant même son lancement comme «La Market Place préférée des amoureux du Maroc».
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