Les relations avec l’Occident déchaînent les passions
Les relations entre les deux rives de la Méditerranée, et plus généralement entre “Occident et Orient“ sont au cœur des réactions dans le monde arabo-musulman.
A commencer par les commentaires des lecteurs sur nos propres pages, les passions se sont déchaînées après le carnage de Paris. Aujourd’hui, avec un peu plus de recul, peut-on trier les réactions? Et si les caricatures étaient l'occasion, pas la cause? Voici un petit survol.
>Je suis Charlie, Je ne suis pas Charlie.
C’est une réaction que l’on a malgré tout beaucoup vue, dans les médias ainsi que dans les nombreuses initiatives de sit-in, rassemblements et manifestations de soutien de ce côté ci de la Méditerranée.
Voici pourquoi “je suis Charlie“ et voilà pourquoi je ne le suis pas. C’est le genre de dialogues parfois violents que l’on a pu voir, surtout dans les forums et les réseaux sociaux.
Les arguments des uns et des autres sont connus, nous n’allons pas les rappeler.
>L’autocritique et la nécessité d’une réforme. L’Etat de droit.
67 laïcs, penseurs, créateurs, intellectuels, militants de la société civile venus de tous les horizons et de nombreux pays islamiques, signent une déclaration qui interpelle leurs concitoyens. Elle met en évidence la schizophrénie ambiante, les législations inadaptées, les programmes scolaires qui enseignent et légitiment le corpus violent de la tradition islamique. Ils rappellent que ce corpus existe dans toutes les religions révélées mais que des mesures doivent être prises pour qu’il ne soit plus activé. Ces mesures doivent être prises dans l’enseignement, les médias publics, la gestion du champ religieux, la législation, la reconnaissance de la liberté de conscience et l’instauration de l’Etat de droit.
Médias 24 publiera cette déclaration demain. En espérant qu'elle contribuera au débat. Car le progrès passera aussi par l'autocritique.
>Une émotion considérable et de l’incompréhension
Bien entendu, on ne peut comparer ni les morts ni les tragédies. Mais de nombreux citoyens issus du monde islamique ne comprennent pas une émotion aussi forte autour de la France, alors qu’il y a les tragédies de Gaza, la spoliation de la Palestine, les 76.000 morts en Syrie (rien qu’en 2014), les 130 enfants tués dans un attentat à Peshawar…
Les morts français sont-ils plus humains? s’interroge un internaute.
Bien sûr, d’autres lui répondent, et ainsi de suite.
>Et la Palestine?
La Palestine est une question centrale qui surgit périodiquement dans les débats chez les arabo musulmans. Pourquoi votre indignation est-elle sélective? écrit un lecteur. Les dessinateurs de Charlie Hebdo auraient-ils pu croquer des juifs?, poursuit un autre.
>Orient-Occident, des relations passionnelles.
Dans un texte brillant, la philosophe turque Seyla Benhabib, professeur à Yale, évoque une piste très intéressante: “l’humiliation, la rage et le désespoir civilisationnel“ des arabo musulmans. Ainsi, les caricatures ne sont pas la “cause“ du carnage, mais “l’occasion“ du carnage.
Depuis le débarquement napoléonien en Egypte, voire depuis le 17e siècle (défaite contre les Turcs), les Arabes ont l’impression de ne plus avoir leur destin en mains. A partir de ces dates, les défaites se sont succédées, ainsi que les humiliations: colonisations, Palestine, soutien aux dictatures, relations Nord-Sud, immigration…
Les peuples du sud ont besoin d’espérances, d’horizons. Dans leurs pays, peu d'entre eux ont une espérance. De ce tableau sombre, elle exclut seulement le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, la Turquie et l'Iran.
Entre rage, humiliation et désespoir légitimes, sentiment d'impuissance et de mépris, terrorisme et violences insoutenables, beaucoup d'entre nous se sentent ballottés et pour tout dire perdus.
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