Ouzzine le mal-aimé
Suite au naufrage organisationnel du Mondialito, le ministre se retrouve plus seul que jamais, en butte à la colère des Marocains qui réclament sa démission.
Depuis l’épisode tragi-comique des éponges, raclettes grand format et autres seaux à peinture utilisés par les jardiniers du stade Moulay Abdellah de Rabat pour essorer une pelouse transformée en patinoire, le ministre de la Jeunesse et des sports est au centre des critiques. Son départ est demandé avec insistance sur les réseaux sociaux où la plupart des intervenants le rendent responsable des défaillances de l’organisation.
L’état de la pelouse, le changement de dernière minute en déplaçant un match à Marrakech, les images diffusées au Maroc et à l’étranger, tout cela a été très mal vécu par le public marocain.
En 48 heures, une dizaine de pages ont été créées pour réclamer énergiquement la démission du natif d’Azrou : « Ouzzine dégage », « Ouzzine Out », « Ouzzine Irhal », « Tous pour la démission de Mohamed Ouzzine »… autant de pages regroupant des dizaines de milliers de membres visant peu ou prou le même objectif.
Ce que lui reproche la toile marocaine, outre sa totale responsabilité dans l'affaire, c’est sa tendance à rejeter systématiquement la faute sur l’autre. L’autre, ça peut être la pluie, les ennemis du Maroc ou son propre entourage.
Les anti-Ouzzine partagent massivement une vidéo datant de fin novembre et dans laquelle le ministre assure que le fait de partager les images de la pelouse défectueuse du stade de Rabat sert les intérêts des ennemis du Maroc.
Suite à la délocalisation in extremis de la demi-finale devant opposer le Real Madrid au club mexicain de Cruz Azul, le ministre a eu recours au même argument en accusant de nouveau une « cinquième colonne » de fomenter une conspiration pour servir des agendas étrangers. Mais cet argument n’a pas trouvé écho chez les Marocains. Comme quoi, brosser dans le sens du poil le chauvinisme de nos concitoyens est une technique qui ne marche pas à tous les coups.
Dans la même journée, Mohamed Ouzzine a tenté d’imputer la responsabilité à une pluie torrentielle imprévue, mais face à la levée des boucliers, il a annoncé l’ouverture d’une enquête ainsi que le limogeage provisoire du secrétaire général et du directeur sportif du ministère de la Jeunesse et des sports. Mais pour la toile marocaine, Ouzzine tente de faire diversion au lieu d’assumer ses responsabilités.
Par ailleurs, plusieurs internautes rappellent le ratage de la cérémonie d’ouverture du Mondialito 2013 qu’ils jugent folklorique et remettent en cause le bien-fondé de la demande marocaine de reporter la CAN en raison d’Ebola.
Avec la honte du #mondialito comment essayer de convaincre que la principal cause de la demande de report de la CAN est l ebola ?
— Mufti™RabbiJacoub (@Rabbijacoub) 16 Décembre 2014
Mais si certains n’hésitent pas à exprimer énergiquement leur colère sur ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’image du pays, d’autres préfèrent détourner des images et vidéos du stade de Rabat dans un but humoristique. C’est le cas des administrateurs de Moroccan Trolls, page de référence en matière de trolls marocains.
Sur Twitter également, les parodies sont légion. La raclette est devenue sponsor officiel de la compétition, Ouzzine « 5e dan en karrata ».
Les organisateurs marocains du #Mundialito seraient tous 5e Dan de Karratta. Tout s'explique ! pic.twitter.com/ZNR4PmSz7Q
— OUADIH وديع DADA (@ouadihdada2M) 14 Décembre 2014
La formule « Not in my name » (pas en mon nom) est utilisée par les Marocains pour se désolidariser de l’organisation du Mondialito.
#Mondialito Not in my name!
— mouna hachim (@mounahachim) 14 Décembre 2014
Certains croient même savoir que le ministre sera limogé dès jeudi. Mais selon nos informations, le ministre de la Jeunesse et des sports ne sera pas limogé et ne compte pas démissionner. Cette question n’est pas envisagée et ne peut pas l’être tant que la commission d’enquête n’a pas rendu son verdict. Le ministre a toutefois été convoqué lundi par le Chef du gouvernement au sujet de cette affaire.
Reste à savoir si ce soir, à l’occasion de la première demi-finale de la Coupe du monde des clubs entre le Real Madrid et Cruz Azul, les slogans anti-Ouzzine quitteront les sentiers battus de la toile et résonneront dans les gradins du stade de Marrakech.
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