Forum mondial des droits de l’Homme, quel bilan?
Le 2e Forum mondial des droits de l’homme s’est achevé dimanche 30 novembre à Marrakech. Les organisateurs l’ont qualifié de réussite totale alors que pour ses détracteurs, ce forum a été une simple opération de communication qui cache les droits humains bafoués au Maroc.
Pour illustrer la réussite de cette 2e édition mondiale du forum des droits de l’homme (FMDH), le site de l’organisation a mis en avant l’intérêt des foules pour cette grand messe des droits de l’homme.
A l’occasion de cet évènement organisé pour la première fois en terre africaine, arabe et amazigh, les questions de parité féminine, d’égalité, de migration, de handicap, et des violences de genre ont été soulevées. Le forum avait pour ambition d’inculquer la culture des droits de l’homme aux futures générations et d’annoncer la seconde génération des droits de l’homme.
On a noté la présence de représentants d’ONG locales et internationales, du gouvernement, marocain, d’agences des Nations-unies, de syndicats, et de diverses institutions pour débattre du 27 au 30 novembre dernier de toutes les questions ayant trait de près ou de loin aux droits de l’homme.
Pas moins de 7.000 participants venus d’une centaine de pays se sont pressés pour assister aux travaux du forum alors qu’il était prévu au départ la présence de 5.000 personnes.
Le FMDH a publié sur le net le contenu des 150 manifestations et ateliers qui ont émaillé les travaux du forum grâce à une web-tv et une web-radio. Cela a permis à 14 millions de personnes du monde entier de suivre en direct les débats du forum et le site a pu enregistrer près de 30 millions de vues.
Les administrateurs du site avancent que la presse nationale et internationale n’était pas en reste avec presque 400 journalistes de 20 pays de la planète venus couvrir l’évènement.
18 institutions internationales, réseaux et collectifs de défense des droits de l'Homme dont le réseau euro-méditerranéen des DH et la FIDH était présents.
Dans le discours d’ouverture lu par le ministre de la Justice Mustapha Ramid, le Roi Mohammed VI a annoncé aux participants l’adoption de nouvelles lois portant sur le travail domestique, la violence contre les femmes ainsi que la ratification du protocole optionnel de la convention contre la torture et son adhésion à la convention des droits de l’Enfant. Il s’est également félicité du fait que le débat sur l’abolition de la peine de mort ait été lancé au Maroc.
Le Roi a confirmé que l’universalité des droits de l’Homme ne saurait être sujette à des remises encause en assurant que l’appropriation des valeurs de droits de l’homme par les pays du Sud sera progressive ajoutant qu’ils peuvent contribuer à produire de nouvelles normes dans ce domaine. L’Afrique ne peut plus rester simple consommatrice de normes internationales conçues en son absence.
Pour contrebalancer le boycott de l’AMDH et ses accusations d’instrumentalisation du forum, la participation du chantre français de l’abolition de la peine de mort Robert Badinter et du juge espagnol anti-corruption Baltazar Garzon a été citée comme caution d’indépendance.
“La politique de l’événementiel“ décriée
Ce ne sont pas seulement quelques organisations marocaines qui ont boycotté l’événement. Des ONG de renommée mondiale ont décidé de ne pas participer au Forum.
Dans un communiqué signé de plusieurs organisations brésiliennes- dont le Mouvement des sans terre, la Marche mondiale des femmes, grands acteurs de la première édition du Forum tenue au Brésil- considèrent que le Maroc n’est pas le lieu idoine pour accueillir cette deuxième édition. Ils arguent cette position par le contexte de restriction des droits et des libertés et la persistance d’un arsenal juridique comportant des dispositions liberticides.
De leur côté, les organisations marocaines n’ayant pas participé attirent l’attention du public sur la “recrudescence des atteintes aux libertés fondamentales“, que le FIDH a constatée lors d’un rapport publié la veille des travaux du forum.
Ces organisations marocaines ont affirmé dans un communiqué qu’elles avaient l’intention de participer, mais les préparatifs de l’événement ont pris une tournure pas très droit-de-l’hommiste, selon leurs affirmations. «Nous avons affiché, avec bonne foi, notre volonté de participer à l’événement, le considérant comme une occasion de discuter la situation des droits de l’homme et ce, malgré le fait que le fond ait été unilatéralement préparé par l’Etat, laissant la préparation du comité ne tourner qu’autour des détails» affirme un communiqué, et d’ajouter: « notre revendication était d’appeler au calme, de libérer les prisonniers d’opinion, surtout ceux concernés par la résolution de l’équipe onusienne travaillant sur la détention arbitraire, résolution réclamant à l’Etat marocain leur libération immédiate».
Nos activistes ont d’ailleurs pointé du doigt la “contradiction entre les discours tenus par l’Etat dans le chapiteau du FMDH, et ses actions à l’extérieur“.
Le campus universitaire a été encerclé par la police, et plusieurs activistes ont été empêchés de force d’accéder au lieu de l’événement, où un sit-in était prévu, rapportent plusieurs sources ayant été sur place. A Rabat et Casablanca, tandis que deux procès de presse visant trois journalistes reprennent, une intervention musclée de la police visait un groupe d’étudiants devant le parlement. «C’est tout le contraste de ce pays» ironise un activiste, «on promet toujours monts et merveilles dans les salles. Seulement, c’est dans la rue que ça se passe».
Discours d'ouverture du Roi lu par Mustapha Ramid
Intervention du batonnier Abderrahim Jamaï
Driss Yazami s'exprime sur le forum des droits de l'homme au Maroc
Le peintre Mahi Binebine expose "Insoumissions" pour le FMDH
Le président de la fédération internationale des journalistes s'exprime
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