Reportage. Le FMDH en dehors des chapiteaux
Hormis les activités officielles prévues dans le programme, le forum mondial des droits de l'Homme qui a pris fin le 30 novembre, a été l'occasion de la tenue de marches, de halaqyates et de réunions informelles d'ONG.
"Autrefois, il y avait le Fqih. Il nous disait: 'faites ceci, pas cela'. Pourquoi ? 'Pour ne pas aller en enfer'. Le Fqih est mort, puis est venu le caid. Lui aussi nous ordonnait la même chose. Et pourquoi ? 'Pour ne pas aller en prison'". Entouré d'une vingtaine de militants, un membre de Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l'homme (LMCDH) narrait l'histoire d'une injustice, pour lui, sans cesse renouvelée. Il s'emploiera, par la suite, à rappeler certains droits élémentaires, faisant allusion aux habitants de Guelmim et des régions touchées par les inondations: "Je ne suis pas une vache qui broute et dort dans le pré. Je suis un homme. J'ai besoin de nourriture, d'une couverture, d'un toit, de sécurité".
Ce même militant tiendra, un peu plus tard, une autre halaqya. "Chayllah Moulay Driss Yazami. On nous a dit que c'est le moussem, on est donc venus visiter". Rires dans l'assemblée. L'un des participants donne quelques coups de bendir, le cercle des spectateurs s'élargit. Du spectacle, de la dérision, du militantisme par dessus tout. Tant que la cause est défendue.
Pour ou contre le forum, les participants n'ont pas hésité à exprimer leur position au sein du village. Même l'AMDH (qui a pourtant boycotté le FMDH) s'est assuré une présence via des tracts distribués, hâtivement, par un participant. Si, contrairement aux attentes, l'AMDH n'y évoque pas les raisons du boycott, l'association détaille la liste des activités interdites par le ministère de l'Intérieur. D'une pierre deux coups: ainsi, la dignité de l'organisation est sauve, sa visibilité aussi: elle participe au forum tout en le boycottant.
A quelques mètres de la halaqya de la LMCDH, une femme implorait, larmoyante, l'intervention d'un responsable pour sa fille. Cette dernière aurait redoublé à cause d'un directeur qui aurait refusé de lui octroyer la note qu'elle méritait. Des cas individuels de ce type, il y en avait: entre la fille lésée et l'homme souffrant d'insuffisance rénale, accusant la CNSS d'avoir cessé de lui fournir "des médicaments nécessaires à sa survie", des citoyens sont venus revendiquer leurs droits. Avec l'espoir qu'un forum mondial dédié à la question puisse les aider à les recouvrer. Ou, du moins, internationaliser leurs revendications.
Quelques enjambées plus loin, on se retrouve au restaurant du village. Grande tente, ambiance festive, rires sonores. Membres d'ONG, journalistes et pique-assiettes s'y côtoient, accoudés aux tables ou discutant près des buffets. Une militante y circulait emmitouflée dans le drapeau arc-en-ciel des LGBT, tandis que dans une tente attenante, des militants proches des mouvements islamistes dialoguaient. Et, plus loin, certains participants venaient d'achever une marche en hommage à Mehdi Ben Barka, Ait El Jid Benaissa et d'autres martyrs politiques. En un mot: au FMDH, tout et son contraire.
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