La militante Fouzia Assouli porte plainte contre Chekhsar
Une vidéo récemment publiée par le rappeur véhicule des propos dangereux et d’une rare violence à l’égard des femmes. La Fédération de la ligue démocratique pour les droits des femmes a décidé de saisir la justice.
La réaction de Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la ligue démocratique pour les droits des femmes, ne s’est pas fait attendre suite à la diffusion de la vidéo du rappeur et à l’écho qu’elle a rencontré sur la toile.
Lors d’un entretien téléphonique accordé à Médias 24, elle a expliqué qu’elle a entamé une procédure judiciaire à l’encontre de Chekhsar, Ilyass Lakhrissi de son vrai nom.
Il s’agit d’une plainte pour violation des droits des personnes déposée mardi 25 novembre par l’association, qui s’est constituée partie civile dans l’affaire. « Le discours de cet individu est dangereux. Il instrumentalise la religion pour légitimer, encourager et sacraliser le harcèlement » estime la présidente.
Cette action en justice suffira-t-elle à donner l’exemple ? Permettra-t-elle au moins de rouvrir le débat sur le harcèlement et plus globalement sur les violences faites aux femmes ? C’est en tout cas ce que souhaite Fouzia Assouli : « nous espérons que le débat sera enfin lancé, après l’échec de la commission pour l’amendement de la loi sur la violence faite aux femmes, et le manque de volonté politique manifeste. »
Profond dégoût pour les femmes
Pour comprendre la réaction des féministes, il faut revenir sur l’affaire de la vidéo, et notamment son auteur.
Chekhsar - une connotation religieuse qui ne doit rien au hasard - s’est autoproclamé prêcheur de la bonne parole et de la vertu. Il dit employer son art pour rapprocher les jeunes du bon dieu. Un messie du dimanche qui cache derrière son sourire narquois un profond dégoût envers la gente féminine.
Et pour cause : il a mis en ligne, il y a quelques jours, une vidéo à travers laquelle il entend répondre à la jeune fille qui a réalisé le montage en caméra cachée afin de dénoncer le phénomène du harcèlement. Le discours du jeune entrepreneur du salut, mélange d’a priori convaincus et de frustrations à peine dissimulées, est aussi précis que le coup de scalpel d’un ivrogne sur le cerveau d’un patient. Son but dans la vie : lyncher la femme dite « aux mœurs légères ». Par mœurs légères, il faut comprendre l’aspect strictement vestimentaire.
L’excès de zèle a conduit ce super héros de la pureté à filmer les derrières de femmes marchant dans la rue, floutant la partie inférieure de leurs corps comme si elles étaient dévêtues, sans prendre la peine de cacher leurs visages.
Cette atteinte à l’intégrité des personnes a fait sourire certains, en a fait rager d’autres, mais la majorité écrasante des personnes qui ont visionné cet extrait ont félicité son auteur, comme si les jeunes n’attendaient qu’un feu vert, ou le soutien moral d’un « cheikh sans provisions » auto-plébiscité, pour se jeter, sans vergogne, sur leurs proies.
Il estime, dans la vidéo qu’il a récemment commise, que la femme reste la première responsable du harcèlement qu’elle subit. Il va jusqu’à déclarer qu’il se sent harcelé à la vue de femmes portant des pantalons serrés marcher sur la voie publique. Pour lui, la réaction du harceleur devient une réponse naturelle, voire un devoir citoyen !
D’autres podcasteurs ont suivi le « gourou » en surfant sur la même vague. Certains sont allés jusqu’à menacer les femmes qui ne portent pas le voile de moult violences et harcèlements. Des obscénités que la bienséance nous défend de rapporter.
On ignore si cela est dû à sa générosité, mais le cheikh du web a habitué ses fans à quelques fatwas sexistes concoctées avec soin et servies à un public jeune qui se chiffre à environ 100.000 fans - si on se fie à sa page Facebook - en mal d’identité.
Ces fans ne connaissent de leur religion que ce qu’on a bien souhaité leur raconter. Un pot-pourri dans lequel le vrai jouxte le mensonge, un cocktail toxique qui défie la raison et que les moins prudents n’ont aucun mal à avaler.
Le genre de discours pseudo-moralisateur porté par Chekhsar avalise les violences à l’égard des femmes. Inévitablement, les cibles les plus exposées à ces dérives sont les générations montantes et les natifs du digital.
Cet ennemi de l’égalité ne se contente pas seulement de partager ses capsules sur internet, mais investit également les médias grand public. Bon client de quelque station radio et chaîne nationale. Comment peut-on prétendre éduquer en permettant à ce genre de propos de se glisser dans le petit écran ou de permettre à ces individus de débiter leurs inepties sur les fréquences modulées ?
Qu’à cela ne tienne, Chekhsar, c’est aussi un artiste. Un rappeur engagé dans la voie d’Allah auquel il dédie un tempo mixé. Dans ses psaumes musicaux, le Snoop Dog du chapelet s’adresse presque exclusivement aux femmes à qui il colle, toute honte bue, des étiquettes taillées à leurs mesures, de la tête aux pieds, par plusieurs siècles d’arriération.
Pourtant, lorsqu’on s’attarde un moment sur les quelques détails techniques de ses vidéos virales, on remarque que le Gargantua des vues sur Youtube et moralisateur de l’Islam digital n’hésite pas à glisser des tags très peu catholiques pour combler son appétit des clics.
Il va jusqu’à utiliser des mots crus ou des expressions connotées (filles de joie, romance couple, danseuses du ventre, etc.) pour attirer les curieux de la toile. Dans le meilleur des cas, ses mots basculent entre le sensuel et le consensuel. Nous tairons le pire, par décence.
Il faut dire qu’au-delà de la fantaisie de ces tags attrape-nigauds, Chekhsar a le mérite de maîtriser l’expression corporelle avec un naturel déconcertant. Une aisance doublée d’un sourire à faire grimper dans les sondages le locataire de l’Elysée. En mode muet, le charisme du personnage est indiscutable. Mais dès lors qu’il ouvre la bouche, il se transforme en redoutable machine à influencer les illettrés.
Un danger dont les associations féministes ont bien conscience. Celles-là mêmes qui ont raté le coche de la pénalisation du harcèlement, il y a environ deux ans, ont trouvé, dans la vidéo du moralisateur, une occasion en or. Rien de mieux pour remettre au goût du jour le débat sur les violences faites aux femmes que de donner l’exemple.
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