Fouad Chafiqi: “Les élèves apprennent très peu de choses à l'école”
Le directeur des curricula au ministère de l’Education nationale commente les derniers chiffres officiels. Chiffres présentés lors d’un colloque scientifique international organisé du 19 au 21 novembre à Rabat par le MENFP, l’USAID et l’Université Al Akhawyn sur l’Etat de la recherche sur la lecture à l’échelle internationale.
Les données sur le Maroc montrent qu’un tiers des élèves de deuxième année du primaire ont des lacunes importantes en lecture. La plupart ont du mal à comprendre un texte court.
Les conclusions de quatre études, réalisées entre 2008 et 2014, ont été dévoilées le mercredi 19 novembre à Rabat par le directeur des curricula du ministère de l’Education nationale, Fouad Chafiqi.
Les rapports montrent, chiffres à l’appui, que l’enseignement souffre d’importantes lacunes; près de la moitié des enseignants du niveau primaire (soit 47%) déclarent que les enseignements dispensés ne peuvent apporter aucune valeur ajoutée aux élèves eu égard aux lacunes accumulées lors des niveaux scolaires précédents et à la non généralisation du préscolaire. Constat confirmé par le directeur des curricula.
Contacté par Médias 24, Fouad Chafiqi nous a déclaré: «la principale conclusion est que les élèves apprennent très peu de choses à l’école, par rapport à ce qui est prescrit dans le curriculum scolaire.»
Et pour cause, le dernier rapport en date (USAID 2014), réalisé par une équipe de consultants dont des chercheurs de l’Université Al Akhawayn, traite principalement de la question de la maîtrise de la lecture de la langue arabe dans les trois premières années du primaire. Il se base sur une analyse des programmes du manuel scolaire qui a fait ressortir plusieurs critiques suite à des comparaisons internationales avec les bonnes pratiques en la matière.
Si les orientations pédagogiques sur l’apprentissage de l’arabe sont globalement conformes aux exigences, sur le plan pratique, de nombreuses failles sont observées lorsqu’il s’agit de certains contenus et des manuels.
En effet, l’un des principaux problèmes dont souffrent les élèves au niveau primaire est la déviation vers un enseignement sur les règles linguistiques langue (introduction précoce des règles de grammaire) plutôt que l’enseignement de la langue elle-même. «Lorsque cela se traduit dans les manuels scolaires en activités d’apprentissage, les élèves sont plongés dans un univers d’abstraction au lieu d’apprendre des choses familières et faciles à digérer,» nous apprend notre source.
L’introduction des mots avec Tanween par exemple, l’usage de mots difficiles et non usuels ou l’absence de répétition dans des contextes différents des mots nouvellement appris compliquent énormément la tâche d’apprentissage aux élèves. Ajouté à cela la non-prise en considération par l’école du fait que la langue arabe littéraire ou classique n’est pas la langue parlée par l’enfant dans son milieu familial.
Toutes ces raisons expliquent donc les résultats obtenus par les élèves marocains dans les évaluations nationales. Pour les évaluations internationales, c’est essentiellement le manque observé dans les capacités des élèves à aller extraire d’un texte ou un discours des éléments pertinents et pouvoir les manipuler et les utiliser.
Parmi les chiffres révélés lors de la présentation du responsable ministériel, celui de la maîtrise élémentaire de la langue arabe :
-33% des élèves de deuxième année de primaire, et 17% des élèves de troisième année, de l’échantillon de l’enquête EGRA réalisée dans la région de Doukkala-Abda, n’arrivent pas à déchiffrer certaines lettres, ou à prononcer des mots simples ou basiques;
-les deux tiers des élèves de ces mêmes niveaux ont du mal à comprendre un texte court.
Une autre conclusion concerne cette fois-ci les manuels scolaires. Le rapport montre que la police (le caractère) utilisée dans les manuels scolaires, l’espace entre les lignes ou le nombre de mots par phrase et dans une page ne sont pas souvent propices à l’apprentissage. Il en est de même pour certaines illustrations accompagnant les textes. Chose à laquelle le directeur des curricula promet de remédier: «nous allons procéder aux modifications nécessaires dans les cahiers des charges, en tenant compte des résultats des recherches en la matière et en s’appuyant sur les standards internationaux en la matière. Ces éléments seront pris en compte lors du prochain appel à candidature pour la conception et l’édition des manuels scolaires.»
L’un des chiffres révélés lors de la présentation du ministère de l’Education nationale concerne les classes à niveaux multiples, où se confondent les élèves de niveaux différents, allant parfois de la première à la sixième année primaire. On en dénombre environ 25.000, sur un total de 130.000 classes du primaire.
Les enseignants qui y exercent ne sont souvent pas préparés pour gérer les apprentissages des élèves regroupés dans la même classe, mais de niveaux scolaires différents. «Les enseignants ne disposent, comme capital horaire, que de 30 heures de travail hebdomadaires pour assurer l’enseignement et le suivi des enfants de l’ensemble des niveaux dont ils ont la charge dans les classes multigrades,» fait savoir M. Chafiqi.
A cela s’ajoute la préparation insuffisante des enseignants des écoles primaires recrutés sans formation parmi les lauréats des universités et qui arrivent à un milieu qui exige, en plus d’une bonne connaissance des aspects psychologiques, pédagogiques et didactiques, une bonne maitrise de plusieurs disciplines scolaires qui peuvent différer de leurs formations de base. «Nous sommes dans l’urgence de la mise en place, au niveau des universités, de filières de formation de profils adaptés à l’enseignement primaire. D’autant plus que ce sont, annuellement, des milliers de postes qui sont ouverts par voie de concours par le département de l’éducation nationale», nous déclare M. Chafiqi.
En revenant sur l’étude réalisée en 2014, il convient de noter que si elle reste valide sur un plan méthodologique, les résultats sont à manipuler avec beaucoup de précaution selon M. Chafiqi car «l’échantillon utilisé pour l’étude ne peut prétendre être représentatif, de par sa taille, d’une part, et de par les biais que pouvaient comporter les questions posées oralement aux personnes interviewées». Mais il est sûr, au final, que l’état actuel du système éducatif nécessite une intervention urgente et radicale, notamment sur le plan des curricula et principalement pour les premières années du primaire, et ce, afin de garantir que tous les enfants puissent acquérir les outils essentiels pour leurs apprentissages futurs et pour leurs développements personnels.
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